Vevey tire la chasse sur plus d’un tiers de ses WC publics

SanitaireUn an avant la Fête des Vignerons, la Ville préfère fermer des lieux d’aisances insalubres.

Des toilettes à l’image de celle-ci, repoussantes, seront fermées.

Des toilettes à l’image de celle-ci, repoussantes, seront fermées. Image: CHANTAL DERVEY

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Une photo du Manneken-Pis, accompagnée du commentaire: «À Bruxelles, il peut pisser librement… sans être amendé…» Voici un exemple de ce qui fleurit sur Facebook (celui-ci posté par le président d’honneur du PDC Vevey, Vladimir D’Angelo). Raison de l’agacement – voire de l’énervement – de certains membres du réseau social: Vevey a décidé de fermer plus d’un tiers de ses WC publics. «Ils pourront donner des amendes… ça rapporte plus qu’entretenir et nettoyer des toilettes», écrit un internaute.

C’est devant les annonces placardées sur les portes de certains lieux d’aisances dorénavant fermées que les Veveysans l’ont appris. Ce texte dit: «Les toilettes publiques situées sur le territoire communal sont dans un état qui laisse à désirer – équipement ancien et vieillissant, mauvaise aération, éclairage peu satisfaisant, possibilité limitée de se laver et de se sécher les mains, difficulté de les nettoyer comme il se doit. Cette situation donne, malgré les efforts entrepris par le service de la voirie, une mauvaise image de notre ville.» À la fin du texte sont indiqués à chaque fois les prochains WC les plus proches pour pallier la désaffection de ceux en cause.

«C’est quoi encore, cette Vevey’z’ânerie? (Les toilettes en bas de chez moi) étaient superpropres! Le fait de fermer quasi toutes les toilettes publiques en été donne une bonne image de notre ville? Je me demande encore pourquoi je paie des impôts sur Vevey», s’énerve un habitant, dont les commodités se situaient au boulevard Charmontey, pas au centre-ville, mais à moins de 100 mètres d’une école.

En effet, sur les 21 possibilités de faire ses besoins, 8 passent à la trappe, dont 3 sont situées en plein centre, 1 juste derrière la gare et 4 dans les hauts de la ville.

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«Un état catastrophique»

«De manière générale, nous avons eu peu de réactions, même sur les réseaux sociaux, tempère Jérôme Christen, municipal en charge. Notamment une plainte d’un citoyen, qui a été mal orienté et est allé jusqu’à d’autres toilettes qui étaient désaffectées elles aussi. Certains se sont émus de la fermeture des toilettes proches de la tour Saint-Jean (ndlr: à l’entrée de la vieille ville et à deux pas des Collèges Bleu et Kratzer), mais il y en a d’autres à 200 mètres. Il faut souligner que nous avons tenu compte de leur répartition géographique, en privilégiant celles au centre-ville et sur les lieux de passage, et surtout de leur fréquentation. À ce titre, nous avons eu des surprises, car nous étions nombreux à ignorer l’existence de certains WC. Nous avons constaté qu’existaient des toilettes publiques à la rue du Musée lorsque nous avons dressé l’inventaire des lieux.»

942 habitants pour une seule toilette, c’était jusqu’à présent le ratio en vigueur à Vevey. Un chiffre très éloigné des autres villes vaudoises comparables.

Tout est parti d’une motion de ce même Jérôme Christen, en 2013, alors qu’il n’était à l’époque que conseiller communal. Ce texte («pour des toilettes décentes, en suffisance et l’égalité des droits au pipi») demandait, entre autres, de dresser pareille liste des commodités, mais aussi d’envisager de nouvelles constructions pour augmenter celles à destination des femmes. Pourquoi, à l’inverse, en fermer? «Ces toilettes sont glauques et dans un état catastrophique! Nous n’en sommes pas encore à l’étape de viser davantage de lieux pour les femmes», répond Jérôme Christen. Malgré cinq cas considérés en ordre par la Ville, «puantes», «nauséabondes» et «vétustes» sont en effet des adjectifs qui reviennent sous la plume des internautes. «Pour celles restantes, certaines seront rénovées avant la Fête des Vignerons et d’autres après», souligne Jérôme Christen. «Nous devrions présenter le préavis en octobre», confirme Claude Lehrian, chef du Service de l’architecture et des infrastructures de la Ville.

«Enlever n’est jamais bon!»

«Vevey était dotée de beaucoup de toilettes, soit 1 pour 942 habitants, alors que ce chiffre était de 1 pour 2550 à Lausanne, souligne Laurent Dällenbach, adjoint du chef des Espaces publics de Vevey. Nous avons préféré nous rapprocher des moyennes d’autres villes comparables, comme Renens ou Nyon, plutôt que de garder des lieux en mauvais état, générant un entretien qui coûte cher. Nous avons aussi calculé la densité: il y avait trois fois plus de WC par km2 à Vevey qu’à Renens.» Il est vrai que la densité veveysanne était probablement la plus haute du canton.

Reste que la décision peut étonner à un an de la Fête des Vignerons: la ville accueillera durant l’été autour d’un million de personnes, sans doute désireuses de soulager leurs vessies après avoir goûté aux vins vaudois. «La Confrérie, qui gère son périmètre, va installer des toilettes», dit Jérôme Christen. «En enlever n’est jamais bon!, répond Frédéric Hohl, directeur exécutif de la Fête. De notre côté, nous allons en installer beaucoup, car c’est un point auquel nous sommes superattentifs. C’est même mon combat quotidien de réussir à ajouter des toilettes dans les arènes par rapport à la direction artistique, qui voudrait davantage de décors.»

Les raisons invoquées par Frédéric Hohl sont de deux ordres: «Non seulement pour le confort des spectateurs et le respect du voisinage, qui n’apprécie guère que les gens se soulagent sur leurs façades. Mais aussi pour un aspect mercantile: les gens consommeront moins s’il n’y a pas suffisamment de toilettes, et en particulier les femmes. N’importe quelle ville devrait y prêter attention.» Les uritrottoirs ne convainquent pas Frédéric Hohl: «Il faudrait davantage d’intimité.»

Pour l’avenir, Jérôme Christen annonce la mise en place d’une nouvelle mesure: «Sur le modèle de ce qui se fait à Renens, des macarons sur les établissements publics qui acceptent que des personnes utilisent leurs toilettes sans forcément consommer sur place.» (24 heures)

Créé: 24.08.2018, 06h49

Les autres villes vaudoises moins dotées en toilettes

De manière générale, les autres villes vaudoises ne s’inscrivent pas dans la logique de fermer des toilettes publiques. Peut-être parce qu’elles ne sont pas aussi bien dotées que Vevey. Les interventions tendent plutôt à les rénover ou les rendre plus accessibles aux personnes à mobilité réduite et plus faciles d’entretien. Un projet en ce sens est dans le pipeline à Aigle. À Nyon, le Conseil communal a même voté en juin un crédit d’étude pour de nouveaux cabinets. «C’est une demande récurrente.

Dans les nouveaux quartiers ou à la plage, il n’y en a pas assez», note la municipale Roxane Faraut Linares. La Ville a aussi un partenariat avec certains restaurateurs qui, en échange d’un défraiement, mettent à disposition leurs toilettes aux passants qui ne sont alors pas tenus de consommer. Un autocollant sur la porte d’entrée le signale. Une formule qu’a aussi adoptée Renens. «On a lancé ça en 2016 dans le cadre de la campagne «Respecte Renens»: on est allé devant les restaurateurs sur la pointe des pieds et beaucoup ont accepté: il y en a 25 qui jouent le jeu», indique la municipale Patricia Zurcher Maquinaz. Tous reçoivent 150 francs par an pour cela.

À Yverdon ou à Montreux, il n’y a pas non plus de plans visant à réduire le nombre de toilettes, jugé suffisant pour permettre aux personnes d’être autonomes. À titre comparatif, il y a 1 WC public pour 942 habitants à Vevey, alors que le ratio est de 1/2800 à Renens, 1/1800 à Nyon, 1/1332 à Morges, 1/1280 à Yverdon. Et 1/1000 à Montreux. «Mais on en a un nombre élevé dans les hauts de la Commune, du fait du tourisme de montagne», nuance le municipal Olivier Gfeller.

Autre échelle à Lausanne qui, forte de ses 48 toilettes publiques, se place dans le peloton de tête des grandes villes suisses les mieux pourvues avec un lieu pour 2920 habitants. Le projet lancé cet été vise à en rénover dix-sept. Six seront autonettoyantes et certaines payantes. V.MA.

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