Vevey prolonge encore les contrats des régies privées

Gérances La Ville retarde l’internalisation de ses 273 logements, alors que le municipal en charge est suspendu.

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«Nous sommes très satisfaits!» Jacques Delessert, directeur général de la régie immobilière Rilsa, se réjouit de la lettre par laquelle la Ville de Vevey prolonge son contrat jusqu’à la fin de juin 2020. Il s’agit là d’un deuxième sursis: après avoir dans un premier temps résilié en 2018 ses contrats avec trois régies privées (dont Rilsa) gérant 273 de ses logements, la Ville avait déjà prolongé jusqu’à la fin de juin de cette année. Jacques Delessert n’est pas surpris: «Compte tenu de la situation actuelle de la ville (ndlr: avec trois élus suspendus), il leur fallait d’abord éteindre cet incendie, donc nous nous y attendions un peu.» Il s’agit pourtant d’un énième rebondissement dans cet épineux dossier des gérances (lire l’encadré).

À l’échéance de leurs contrats fin juin, les régies auraient dû passer la main, en principe à une gestion communale publique (appelée internalisation) de ces appartements. En vue de cette échéance, le dicastère dirigé par le municipal Vevey Libre Michel Agnant avait mis au concours en automne dernier un poste de gérant d’immeubles à 100%. Les candidats avaient jusqu’au 30 novembre pour postuler. Les premiers entretiens ont eu lieu en décembre déjà. Sauf qu’à la fin de l’année, Michel Agnant a été suspendu (car sous le coup d’une enquête pénale pour violation du secret de fonction) et le processus d’engagement a été interrompu. Une nouvelle offre d’emploi a ensuite paru. Cette dernière demande non seulement des compétences de gérant d’immeubles, mais également un rôle dans des tâches d’adjoint au chef de service. Les personnes intéressées avaient jusqu’à la fin de février pour se faire connaître.

Court-circuitage

Pourquoi changer ainsi d’avis en cours de route sur la personne à engager à l’Administration communale? Michel Agnant ne cache pas son sentiment d’être court-circuité sitôt suspendu.

Pourtant, cela peut paraître sensé d’engager une personne qui pourra également suppléer au chef de service, voire le remplacer pendant ses absences. Michel Agnant y voit au contraire «l’anéantissement» de sa politique: «Pour le dicastère des Affaires sociales, du Logement et de l’Intégration, les compétences sociales sont très importantes pour un adjoint au chef de service. Ce n’est pas les mêmes qualités que l’on recherche chez un gérant d’immeubles!»

Michel Agnant ajoute que cumuler ces deux facettes nuirait à la bonne marche des affaires pour les locataires. «Le gérant d’immeubles ne peut pas avoir d’autres casquettes, puisque le service a déjà très peu de ressources humaines disponibles, ayant été démantelé: il y avait auparavant trois personnes pour les gérances de la Ville, chapeautées par le chef du Service des finances. Ces employés (ndlr: s’occupant notamment, mais pas seulement, des 160 biens locatifs gérés par la ville) ont été transférés vers d’autres services.»

«Le temps de souffler»

«En juin, tout devait rentrer dans l’ordre», se désole encore l’élu suspendu. Michel Renaud, qui a dû reprendre le dossier au pied levé, avance de son côté les explications suivantes: «Cette prolongation du contrat des régies n’est que le temps pour souffler. Trop de personnes retiraient leurs candidatures pour le poste de gérant d’immeubles mis au concours. Il n’y avait plus les délais suffisants pour effectuer une internalisation dès fin juin. C’était la seule décision pratique possible.»

Pour mémoire, après un tour d’observateur, l’ancien élu d’Ollon a été nommé municipal à part entière par le Conseil d’État au début de l’année pour épauler l’Exécutif veveysan, amputé de trois de ses membres. À l’occasion de sa prise de fonction, Michel Renaud avait déclaré à «24 heures» que sa priorité serait «d’engager une personne avec de l’expérience de gérance d’immeubles».

Pourquoi, avec la syndique Verte Elina Leimgruber et le municipal PLR Étienne Rivier, avoir changé en cours de route le cahier des charges de ce futur employé? «Je comprends que les journalistes se posent des questions. De mon côté, j’ai été nommé pour ramener le calme et faire de mon mieux pour livrer des analyses objectives, éloignées de tous les conflits. Tout le monde sait désormais que le dossier des gérances est la source de tous les problèmes, qui a dressé les gens les uns contre les autres. Je suis en train de procéder à une analyse organisationnelle, avec l’aide précieuse de la cheffe de service, Stéphanie Zufferey, pour faire au mieux, si possible en dépensant moins. Il faut nous laisser du temps. Il est encore trop tôt.»

Si bien que Jacques Delessert n’attend pas de politique du logement «avant la nouvelle législature» et espère pouvoir continuer à s’occuper d’appartements veveysans au-delà de 2020. (24 heures)

Créé: 15.03.2019, 06h42

Les errements qui ont cristallisé le conflit

La volonté politique de départ, à Vevey, était d’internaliser (soit de reprendre en gestion communale publique) les 273 logements actuellement gérés par trois régies privées (dont Rilsa). Un conflit a éclaté avec les deux municipaux Vevey Libre actuellement suspendus, Michel Agnant et Jérôme Christen, lorsque leurs collègues ont au contraire mené des démarches dans le sens contraire. Après la résiliation au 30 juin 2018 des contrats des régies privées, une première prolongation avait été annoncée jusqu’à la fin du premier semestre de cette année: la Ville avait communiqué qu’elle se laissait ainsi une année «pour envisager l’avenir avec sérénité» sans fermer la voie à l’internalisation. Un préavis demandant au Conseil communal de choisir entre les deux options (un choix pourtant de compétences municipales) avait été déposé avant d’être retiré.

En automne dernier, en vue de l’échéance de juin prochain, le dicastère de Michel Agnant (qui avait enfin récupéré les gérances sous sa houlette, comme promis en début de législature) avait mis au concours un poste de gérant d’immeubles. La prolongation des contrats des régies à la fin de juin 2020 et la nouvelle mise au concours constituent donc le dernier rebondissement dans ce dossier.

La Ville de Vevey possède 433 biens locatifs, pour l’essentiel des appartements (298), mais également des caveaux, des salles publiques, etc. Sur les 298 logements, 273 ont été confiés à des régies. La Ville continuait à gérer à l’interne certains logements de service de concierges par exemple.

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