Un Veveysan apprend l’autodéfense aux Indiennes

SociétéMartial Vout enseigne sa méthode dans les bidonvilles. Il vient de publier un livre au pays de Gandhi.

Martial Vout a mis au point une méthode basée sur l'instinct qui utilise des gestes simples.

Martial Vout a mis au point une méthode basée sur l'instinct qui utilise des gestes simples. Image: LDD

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Il mesure 1,75 m et pèse 63 kilos. Un petit gabarit sous nos latitudes, mais une carrure de costaud du côté de Bombay. Martial Vout (40 ans) a été videur de boîte de nuit et garde du corps en Suisse, avant de s’intéresser de près à l’autodéfense féminine.

Il a imaginé sa propre méthode, qu’il a couchée sur le papier d’un livre publié en 2002, préfacé par la féministe Isabelle Alonso, illustré par l’actrice Isabelle Mergault et vendu à plus de 40 000 exemplaires.

En 2008, le Veveysan fait un premier voyage en Inde. Conquis par «l’hospitalité extraordinaire» des habitants, il y restera six mois. «Là-bas, on prend encore du temps pour les rapports humains. Les gens n’ont pas d’écran plat dans leur salon, mais la misère affective est beaucoup moins répandue qu’en Europe», résume-t-il.

De retour en Suisse, l’idée de dispenser des cours d’autodéfense aux femmes des bidonvilles germe rapidement et Martial Vout la met en pratique en 2009. Cinq ans plus tard, des milliers de jeunes filles et de femmes à Bombay et à New Delhi ont été initiées à sa technique, fondée sur l’instinct. «Ma méthode n’a rien à voir avec les prises des sports de combat. Car le combat de rue est très différent de celui qui se pratique dans les salles de sport», explique celui qui a pourtant longtemps pratiqué le kickboxing.

Martial Vout prône des gestes simples et efficaces, faciles à mettre en pratique quand le rythme cardiaque s’accélère et que le cerveau s’emballe: frapper au menton, viser les tibias, voire, si la situation tourne vraiment au vinaigre, agripper les oreilles de son agresseur par leur pavillon et les tirer vers le bas pour les déchirer.

«Un geste très efficace et qui ne nécessite que peu de force. Mais l’essentiel, c’est la réaction verbale, qui doit être très forte. J’apprends à mes élèves à hurler. Dans l’immense majorité des cas, on peut se défendre verbalement et avec les yeux, et ça en reste là.»

«Elles dérouillent»

La méthode surprend, dans un pays où les femmes n’ont pas souvent voix au chapitre. «Elles sont beaucoup plus soumises qu’en Occident. Je m’y attendais en allant là-bas, mais la réalité m’a choqué. Toutes les décisions sont prises par des hommes, surtout dans les couches défavorisées de la population. Une femme n’existe pas sans son mari. Et ce sont elles qui dérouillent, qui se font violer, voire tuer. Selon les derniers chiffres officiels, 60% des maris usent de violence physique ou psychologique contre leur épouse. Je vois souvent de la détresse dans le regard de celles que j’entraîne.»

Perpétré il y a tout juste deux ans à New Delhi, l’abominable viol collectif d’une étudiante de 23 ans, décédée quelques jours plus tard, avait suscité de vives réactions dans le pays. «C’est encore dans toutes les mémoires. Statistiquement, les Indiennes sont davantage appelées à pratiquer l’autodéfense qu’en Europe, mais il y a des réticences. Elles appréhendent le contact physique avec un homme, car, jusqu’à leur mariage, elles ne se mélangent que très peu aux garçons. Et elles voient l’autodéfense comme un sport, activité qu’elles n’aiment pas du tout pratiquer.»

A l’inverse des hommes, qui, eux, courent les salles de musculation indiennes pour ressembler aux balèzes de Bollywood. Le Veveysan ne craint-il pas qu’une femme qui ose réagir à l’assaut d’un adversaire plus athlétique ne décuple la hargne de ce dernier? «C’est un risque, concède-t-il. Mais je pense qu’il vaut mieux vivre debout et courir certains risques plutôt que de rester à genoux toute sa vie.»

Ces onze derniers mois, Martial Vout a dispensé ses cours non-stop au pays de Gandhi, parfois en collaboration avec des ONG, parfois comme indépendant, le plus souvent dans des zones pauvres, où il travaille gracieusement.

Il s’est également lancé dans l’écriture d’un nouveau livre, en anglais, qui vient tout juste de sortir de la presse d’un éditeur indien. «Il résume ma vision de l’autodéfense, de la prévention aux frappes dures. Au fil des ans, ma méthode s’est radicalisée et s’inspire de plus en plus des mouvements instinctifs et naturels des animaux. Mon livre est vendu moins de 5 fr. là-bas et sera bientôt traduit en hindi.»

Créé: 06.12.2014, 17h43

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