Le «vieux ski» n’a pas perdu tous ses adeptes

Sports d'hiverLe carving a conquis les stations mais des irréductibles résistent et ne jurent que par les skis droits.

André Hefti tient deux générations de lattes.

André Hefti tient deux générations de lattes. Image: Florian Cella

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«Ils sont collectors, tes skis!» – «Tu veux pas les donner à un musée?» – «Tu veux pas te mettre au goût du jour?» Voici pour le best of des remarques entendues par Sandrine Martin lorsqu’elle chausse ses lattes. Et pour cause: la Gryonnaise ne s’est jamais résolue à lâcher ses «vieux» skis droits au profit de skis taillés ou «paraboliques», plus actuels. «J’ai essayé trois fois le carving. J’ai plutôt un bon niveau, mais, à chaque fois, je me suis demandé si j’avais oublié comment skier. J’avais l’impression de n’avoir aucune stabilité, de flotter, d’avoir des spatules à tartiner le beurre aux pieds.» Un avis partagé par Florence Paschoud. La Collombeyroude de 37 ans a essayé le carving à de multiples reprises. «Déjà à la fin des années 1990, avec les premiers modèles. Ce n’est pas pour moi. Ça me pète les genoux. Il y a quelques semaines, j’ai encore tenté le coup: je me suis rétamée au bas de la Quille du Diable (ndlr: aux Diablerets). Je ne suis pas une débutante: j’ai fait un peu de compétition, j’ai appris à skier avant de savoir marcher.»

Blessée aux genoux il y a plusieurs années, Sandrine Martin ne pratique plus que quelques fois par saison. «Pour moi, le problème avec le carving, c’est que ce sont les genoux et les chevilles qui travaillent. Du coup, j’ai peur de me lancer avec ces modèles. En plus, on prend trop de vitesse, on maîtrise moins.» Et Florence Paschoud d’ajouter: «Le carving a démocratisé le ski. Il est plus facile d’accès. Mais le revers de la médaille est que les gens se croient invincibles.»

L’impossible quête

Le bel enneigement de cet hiver a donné des envies de glisse à la Gryonnaise, dont le chalet surplombe l’arrivée de la Populaire, la piste bleue menant à Barboleuse. Elle s’est lancée en quête d’une paire de skis droits. «Je suis passée dans un magasin de sport tout près de mon chalet. J’ai demandé si je pouvais en louer une paire ou en acheter. On m’a conseillé d’aller voir à la déchetterie.» Florence Paschoud passera aux skis paraboliques dans les prochaines semaines. «Je n’ai pas le choix. Mes skis datent de 1996. C’est devenu impossible d’en trouver des neufs.»

Dans presque tous les magasins des Alpes vaudoises que nous avons visités – une dizaine – on confirme: impossible de louer et encore moins d’acheter des skis droits. «Vous allez peut-être en trouver d’occasion sur Internet», suggère Brice Thibault, chez Happy Ski à Villars. «On a encore deux ou trois clients, chaque hiver, qui nous posent cette question, ajoute Claude Paschoud, patron du magasin Holiday Sports, aux Diablerets. Mais c’est totalement marginal.»

Subsiste toutefois une petite demande pour le service de vieux skis. «Quatre ou cinq paires par saison», indique-t-on chez McBoard, à Gryon. «C’est l’effet Magic Pass, ajoute André Hefti, à Leysin. Une part de clientèle qui ne skiait plus a acheté cet abonnement (ndlr: qui donne un accès illimité à 25 stations romandes) et ressorti ses vieux skis du galetas.» Cette disparition quasi totale désole Sandrine Martin. «En quinze ans, on a complètement enterré le ski droit. Un peu hâtivement, je pense. Il devrait rester une petite offre.» D’autant que la mode est au vintage. «Peut-être que ça reviendra un jour, note Brice Thibault. À un moment, les gens ont commencé à s’arracher les vieux téléphones, le vinyle est à la mode…»

Mais, pour Claude Paschoud, le ski d’antan est définitivement enterré. «Je ne connais personne qui est passé au carving et est revenu en arrière. J’ai des clients retraités qui viennent me voir et me disent qu’ils ont l’impression d’avoir de nouveau 20 ans.» À l’inverse, Florence Paschoud raconte pourtant avoir prêté ses skis à un ami d’enfance. «À la fin de la journée, il m’a remerciée de lui avoir permis de refaire du vrai ski.»

Que dans la tête?

Pour Jean-Daniel Dätwyler, à Villars, l’attachement au ski droit est avant tout psychologique. «J’ai vécu toute cette évolution en compétition. Le nouveau matériel est beaucoup plus facile, plus agréable.»Sa fille Céline, professeure de ski, invite toutefois ceux qui voudraient faire le pas à prendre une heure de cours avec un moniteur. «Je pense que moins de 10% des skieurs savent vraiment carver, c’est-à-dire utiliser les carres pour tourner.» La preuve que la différence n’est peut-être pas que dans la tête. (24 heures)

Créé: 24.02.2018, 09h31

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