Il y a vingt ans, Vevey était pionnière de l’Agenda 21

ConférenceEn invitant Béa Johnson, la papesse du mode de vie «zéro déchet», la Ville rappelle qu’elle a deux décennies d’engagement pour un mode vie durable.

Michel Bloch, Monsieur développement durable à Vevey, revient sur le chemin parcouru depuis qu'il a lancé le premier Agenda 21 de Suisse romande en 1997. Image: Florian Cella

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Béa Johnson viendra-t-elle lundi à Vevey avec sa bouteille de 500 ml, même pas pleine, contenant les déchets accumulés par sa famille en douze mois? La fondatrice du mode de vie «zéro déchet» parcourt le globe pour prouver par l’exemple que remplir des sacs-poubelle à l’infini n’est pas une fatalité.

Quand il a appris sa venue pour une conférence à Montreux, Michel Bloch a saisi l’occasion. C’est lui, l’ancien étudiant de l’Ecole d’ingénieurs d’Yverdon reconverti dans le social, qui, en 1997, posait Vevey en précurseur romand du programme Agenda 21 et de ses actions en faveur d’un monde en phase avec les préceptes du développement durable. «Quand le 3e Sommet de la Terre en a jeté les bases, en juin 1992 à Rio de Janeiro, avec un catalogue de 2500 actions, j’étais délégué à la Jeunesse pour la Ville de Vevey. Je me suis dit: la question n’est pas seulement d’occuper ces jeunes, mais de savoir quel monde leur laisser demain.»

Toucher les politiques

Dès 1997, Michel Bloch a la chance de bénéficier du soutien du syndic, un certain Yves Christen: «Un radical humaniste. Le soutien d’un homme de droite a donné du crédit à mon projet.» Très vite, il ne se satisfait plus d’un catalogue de mesures, il veut peser sur les politiques. C’est notamment l’action «Vevey, ça vous regarde!?» qui fédère des «élus relais» de tout bord politique pour faire remonter des propositions de citoyens.

C’est aussi une grille d’analyse en onze questions établie avec le municipal de l’époque Pierre Chiffelle. «Elle permettait de passer les préavis municipaux à la moulinette. Certaines communes l’ont reprise. Cela a parfois permis de modifier des projets ou, à défaut de le faire, de poser le débat. Aujourd’hui, ce questionnaire est caduc, les chefs de service sont naturellement vigilants.»

L’administration a aussi acquis des réflexes durables, selon la syndique Elina Leimgruber, première femme Verte à la tête d’une ville vaudoise: «Les élus sont plus ouverts à ces questions. L’enjeu politique est davantage de savoir où mettre le curseur. Pour certains on en fait trop, pour d’autres pas assez».

L’exemple fait peu à peu parler, et Michel Bloch est régulièrement invité à s’exprimer. «En France, ils sont impressionnés qu’une ville de 20 000 habitants ait obtenu deux fois le très exigeant label Gold des Cités de l’énergie. Aujourd’hui, des collectivités nous ont bien sûr rattrapés et d’autres font bien mieux que nous.»

«Une palette fournie»

Vélos en libre-service, potagers urbains, plans de mobilité, site de sport en plein air, soutien aux produits locaux, chauffage à distance, etc.: vingt ans après, Vevey cueille les fruits de ses efforts. «Ce qui est réjouissant, c’est que les principes de développement durable sont très bien compris. Le film «Demain» (ndlr: documentaire à succès qui recense dans dix pays des initiatives durables) a boosté cette réflexion.» Vevey en fait une déclinaison locale avec son documentaire Héros ordinaires.

Plus encore, Michel Bloch se réjouit des initiatives de citoyens constructifs: «Les collectivités publiques doivent jouer leur rôle, mais les citoyens ont leur part à donner. On voit certaines personnes agir, comme par exemple une association de jardins privatifs. Mon boulot d’acteur social est de lier ces démarches. Histoire que chacun déroule sa pelote. Pour garder l’exemple du potager: je mets des légumes sur mon balcon… Oui, mais quels légumes? Et pourquoi pas de la permaculture? Où est-ce que j’achète mes graines?»

A 59 ans, Michel Bloch se réjouit de la mise en place d’une concertation au niveau romand. L’élection d’une syndique Verte à Vevey est-elle l’illustration de son action? L’intéressée rechigne à faire un lien si direct: «Mais il est vrai qu’on trouve de plus en plus d’élus Verts dans les Municipalités. Vevey a été précurseur et a fourni un travail de longue haleine. Quand je suis arrivée à la Municipalité, en 2011, les notions de développement durable et d’Agenda 21 restaient obscures.»

Michel Bloch abonde: «Au début, je me sentais seul au fond de la mine. Aujourd’hui, je me retrouve dans une belle galerie, avec d’autres qui creusent et de la lumière au bout.» (24 heures)

Créé: 13.09.2017, 07h19

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Vevey va s’emballer pour Béa Johnson

«C’est en Suisse que mon public propose le ratio hommes-femmes le plus équilibré. Les hommes sont-ils plus impliqués, leurs femmes ont-elles plus de pouvoir de contrainte?» En visioconférence, Béa Johnson se livre avec humour. L’auteure de Zéro déchet ne ménage pas ses efforts pour partager son modèle de vie, qui lui permet de limiter ses scories à moins d’un demi-litre par an! Lundi prochain, cette fille d’Avignon, qui vit en Californie avec son mari et ses deux ados, enchaînera deux interventions sur la Riviera.
A Vevey, elle proposera une conférence publique sur le gaspillage alimentaire en duo avec le médiatique cuistot Philippe Ligron. L’occasion de décliner, à force d’exemples concrets, quelques-unes des cinq règles qui composent son credo et qui en ont fait une icône de la consommation responsable: refuser, réduire, réutiliser, recycler, composter. «Par exemple, les gens pensent parfois que nous compostons tout le temps, mais non. Je prépare beaucoup de légumes avec la peau: c’est plus économique en temps, plus riche en vitamines et ce sont moins de déchets.» Plus tard dans la journée, elle ira se frotter aux professionnels de l’emballage au Fairmont Montreux Palace lors de l’EuroPack Summit. «Ça me rend nerveuse, mais je veux dire à ces entreprises qu’elles peuvent faire plein de choses pour promouvoir une consommation produisant moins de déchets.»

Conférence de Béa Johnson et Philippe Ligron, salle del Castillo, Vevey, lundi prochain, 15h30, entrée libre, inscription obligatoire sur www.zerowasteswitzerland.ch.

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