Les robots interactifs font leur entrée dans les EMS vaudois

TechnologieDeux EMS du canton ont adopté un robot humanoïde à des fins de divertissement. Débat.

Plongez au cœur d'une après-midi avec Zora, à l'EMS La Diligence.
Vidéo: Julie Kummer

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

D’habitude, à l’EMS La Diligence à Morges, 16 h, c’est l’heure du thé. Mais cet après-midi-là, ce sont les riffs de guitare électrique du morceau You Shook Me All Night Long, d’AC/DC, qui résonnent entre les murs de la grande bâtisse bleue. Frieda Enderli, 93 ans, bat la mesure avec la tête. Face à elle, sur une table, Zora se déhanche, les bras en l’air. Ce robot humanoïde rouge et blanc aux grandes oreilles a été adopté par l’établissement en août dernier.

«Nous vivons aujourd’hui dans un monde où nous sommes entourés de robots. L’EMS voulant toujours être en adéquation avec le monde réel et ses technologies, nous avons été les premiers en Suisse romande à acquérir Zora», annonce fièrement Danièle Bonhomme, directrice de La Diligence. L’établissement s’est déjà distingué plusieurs fois ces trente dernières années en concrétisant des projets visionnaires, tels que la zoothérapie. Comme ce fut le cas avec les animaux, Danièle Bonhomme souhaite qu’une relation s’installe entre Zora et les pensionnaires. «Mais nous ne la considérons pas comme un objet thérapeutique. Il s’agit plus d’un jeu qui doit rester interactif. Cela ne doit pas remplacer un être humain.»

Un modèle similaire, baptisé NAO, a été acquis par la Ville d’Yverdon et l’Association pour le développement du Nord vaudois pour 25 000 francs. Ils l’ont symboliquement remis aux Etablissements hospitaliers du Nord vaudois afin de permettre à des enfants malades de rester en contact avec leurs camarades de classe. Depuis leur chambre, ils peuvent piloter un avatar robotisé qui les remplace à leur pupitre.

Crainte des proches

Zora, tout comme sa «sœur» Sia, acquise au début du mois par l’EMS Primeroche à Prilly, chante, danse, fait de la gym, propose des quiz ou joue au loto avec les résidents. «Nous avons organisé une soirée avec les proches et les collaborateurs afin de leur présenter Sia. La crainte principale des gens est de voir ce robot se substituer à de vraies personnes. Mais ils se rendent très vite compte que ses fonctionnalités sont limitées», expose Sandrine Bron, directrice de l’accompagnement.

Mais pas pour longtemps. Les capacités de ces humanoïdes sont en perpétuel développement en Belgique, lieu de leur conception. «L’idée est d’aller plus loin, de travailler avec des élèves de la région pour programmer de nouvelles fonctions et de travailler sur la surveillance, puisque Zora est munie d’une caméra. Mais tout cela demande encore un gros travail aux niveaux légal et éthique», ajoute Sandrine Bron.

L’éthique semble d’ailleurs être la principale préoccupation des spécialistes en gériatrie. «Parfois, un soignant doit répéter 600 fois par jour la même chose à un résident. Finalement, un robot pourrait peut-être faire l’affaire, estime Tristan Gratier, directeur de Pro Senectute Vaud. Sans fantasmer sur la science-fiction et imaginer le pire, tout élément technologique qui peut être utile, sous réserve d’une éthique fouillée, pourrait être essayé.» C’est l’aspect lié à la promotion du mouvement qui séduit Christophe Büla, chef du Service de gériatrie du CHUV. «Si vraiment c’est en complément et pas à la place de l’humain, je suis intimement convaincu qu’il y a tout un champ à explorer avec ces robots pour amener l’activité physique dans des établissements qui n’ont pas les moyens d’engager une monitrice.»

Georgette Bucher, 88 ans, qui s’anime au son de Y viva España, ne va certainement pas le contredire. «Il faut que je me calme, tempère-t-elle. J’ai quand même fait un infarctus il y a deux ans!»

Créé: 19.11.2015, 21h32

Sia, surveillante humanoïde

Sia, acronyme de Service de l’interaction et de l’accompagnement, et Zora ont été créés en Belgique par la société QBMT. Développés il y a quatre ans, ces robots sont désormais présents dans 200 établissements en Europe.

Capables de parler dix-huit langues, ils ont été imaginés à la base pour des hôtels. «Un hôpital belge nous a demandé s’ils étaient capables de faire des tâches répétitives et des démonstrations d’exercices de gymnastique. Grâce à Zora, le kinésithérapeute peut se trouver à côté du patient pendant qu’elle leur montre les mouvements à effectuer», explique Fabrice Goffin, l’un des deux fondateurs de QBMT.

Outre les fonctions déjà utilisées par les deux EMS vaudois, ces humanoïdes, qui valent environ 16 500 francs pièce, peuvent lire le journal, annoncer le menu du jour et interagir avec les pensionnaires. Il suffit d’entrer les questions-réponses dans sa base de données, et Zora est ensuite capable de détecter une question et de donner la réponse correspondante. Des accessoires connectés sont en cours de développement. «Les résidents porteront une montre ou une broche avec un senseur dedans. Le robot sera capable de détecter si une personne se dirige vers un endroit où elle ne devrait pas», détaille Fabrice Goffin. Cela enverrait une alarme silencieuse au personnel soignant et Zora pourrait demander à la personne où elle compte se rendre. «Connaissant les goûts des pensionnaires, elle pourrait tenter de les retenir en posant une question du type: «Ne préféreriez-vous pas manger de la mousse au chocolat?»

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.