Ces roses qui hésitent à présenter leur vraie star

Nomination Les socialistes décident samedi qui envoyer à l’élection au Conseil d’Etat. Intellectuelle, femme de tête, stratège, Cesla Amarelle pourrait pourtant ne pas être choisie.

La prétendante Cesla Amarelle, ici au congrès de septembre, affronte une campagne singulière.

La prétendante Cesla Amarelle, ici au congrès de septembre, affronte une campagne singulière. Image: JEAN-BERNARD SIEBER-A

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Comme l’ont été Pierre-Yves Maillard en 2004 puis Nuria Gorrite en 2012, Cesla Amarelle se profile comme la candidate naturelle des socialistes. Or, la partie s’annonce plus compliquée que prévu. L’Yverdonnoise pourrait ne pas être choisie samedi lors du congrès d’investiture. Des manœuvres agitent les hautes sphères du parti. A bas bruit, elles semblent viser davantage à contrer Cesla Amarelle qu’à promouvoir une autre personnalité. Ce constat découle d’observations d’élus de gauche comme de droite.

Samedi, à Montreux, c’est dans ce contexte difficile que le congrès socialiste devra choisir entre trois candidates, pour accompagner les deux sortants sur le ticket. Différents éléments de réflexion vont devoir être soupesés. Quel est le poids électoral de chacune des trois candidates? L’Yverdonnoise Cesla Amarelle, l’Avenchoise Roxanne Meyer Keller ou la Nyonnaise Fabienne Freymond Cantone sont-elles capables de récolter suffisamment de suffrages pour conserver le siège laissé vacant par Anne-Catherine Lyon?

Il faudra aussi apprécier la nature de leur ancrage idéologique, leurs capacités respectives à nouer des majorités avec leurs adversaires politiques, leur potentiel de séduction auprès des électeurs de la droite et, enfin, leur compatibilité avec l’équipe actuelle du Conseil d’Etat, qui a de grandes chances d’être reconduite.

Des critiques ont circulé

Ces dernières semaines, des pontes socialistes lausannois ont fait circuler des critiques sur la personnalité de Cesla Amarelle (nos éditions du 16 décembre et du 7 janvier). Le format taille patron de l’Yverdonnoise inquiète ceux qui sont au Conseil d’Etat et ceux qui caressent le rêve d’y parvenir un jour.

La conseillère nationale a su montrer son envergure au long de son parcours politique. Pointure en droit, femme de dossiers, parlementaire fédérale en vue, ancienne présidente remarquée du Parti socialiste vaudois (PSV), l’Yverdonnoise ne paraît pas jouer dans la même catégorie que ses deux concurrentes. Fabienne Freymond Cantone, députée et municipale de Nyon, la cinquième ville du canton, ainsi que Roxanne Meyer Keller, députée et syndique socialiste d’Avenches, dans un district bourgeois, ont moins d’atouts.

Samedi, les délégués se demanderont avec qui ils ont le plus de chances de conserver la majorité au gouvernement. Mais peut-être aussi: pourquoi la garder. La candidate choisie par le congrès aura de bonnes chances d’entrer au Conseil d’Etat. Elle intégrera ainsi un Collège composé de cinq, voire de six sortants, et pas tous des tendres. Il faudra une sacrée personnalité pour réussir à s’y imposer et peser sur la marche du canton.

Bousculer ou conforter

Les socialistes oseront-ils choisir quelqu’un capable de bousculer, un peu, le jeu politique, verrouillé par le tandem Broulis-Maillard? Ou alors préféreront-ils un profil plus discret, dont la fonction principale au Conseil d’Etat serait d’assurer la majorité actuelle.

Parmi les poids lourds du parti, Géraldine Savary ne cache pas qu’elle milite pour Roxanne Meyer Keller. «J’ai été claire avec Cesla, dit-elle. Elle n’est pas la candidate la plus complémentaire pour entrer au Conseil d’Etat aux côtés de Nuria Gorrite et de Pierre-Yves Maillard. Je pense en outre que celles qui ont le plus de chances de gagner, ce sont celles qui ont déjà fait l’exercice au système majoritaire. Roxanne Meyer Keller et Fabienne Freymond Cantone ont le plus de potentiel électoral: elles ont réussi cet exercice dans leur région. Je peux me tromper, mais j’estime que Roxanne Meyer Keller fera un carton. Fabienne Freymond Cantone, quant à elle, est arrivée à 50 voix de Daniel Rossellat.»

«Si c’était ce que je voulais, j’aurais été candidate plutôt que de me lancer dans une stratégie aussi difficile»

La sénatrice nie par ailleurs vertement vouloir ainsi influencer le jeu dans l’espoir d’être invitée à sauver le parti au deuxième tour. «Si c’était ce que je voulais, j’aurais été candidate plutôt que de me lancer dans une stratégie aussi difficile, s’exclame-t-elle. Cette analyse est complètement idiote. J’espère de toutes mes forces que nous ne nous retrouverons pas dans cette situation après le premier tour. Ce serait d’ailleurs difficile pour moi.»

Trop marquée à gauche, trop doctorale, trop tranchante, Cesla Amarelle est-elle cette personne avec qui il serait difficile de travailler? Au Conseil national, la PLR Isabelle Moret témoigne de l’inverse: «Je fais partie de la commission des institutions avec Cesla. Nous avons pu, notamment sur la mise en œuvre de l’initiative «Contre l’immigration de masse», trouver des majorités ensemble. C’était parfois à une voix près. Au PLR, nous tombons des nues quand nous lisons qu’elle est une personne avec qui l’on ne peut pas travailler.»

A la gauche du PSV, le profil de la candidate séduit aussi. «Ces dernières années, la base du parti a dû accepter plusieurs compromis comme la RIE III, on ressent un besoin d’avoir une personnalité combative, ce qui devrait favoriser Cesla Amarelle», observe un militant.

Curieuses déclarations de Maillard

Quelle que soit l’issue du congrès de samedi, cette primaire qui ne dit pas son nom laissera des traces et des interrogations. A commencer par le rôle curieux qu’a joué Pierre-Yves Maillard dans cette précampagne. Le président du Conseil d’Etat a jeté le trouble dans son parti avec des déclarations anti-élites qui semblaient surtout servir la candidature la plus faible .

Créé: 12.01.2017, 06h47

Les règles du jeu d’un congrès tendu

Le comité directeur du Parti socialiste vaudois s’est réuni mardi soir pour édicter les règles du jeu de ce congrès. Samedi après-midi, quelque 500 délégués sont attendus à la salle du Pierrier à Clarens afin de choisir le ticket pour le Conseil d’Etat. Au vu de l’enjeu, il y avait une certaine tension autour de la procédure à suivre.

Après deux ou trois formalités d’usage, le congrès commencera par les nominations des deux sortants, Nuria Gorrite et Pierre-Yves Maillard. Les conseillers d’Etat feront un speech, puis leurs deux candidatures seront votées ensemble à main levée. Les magistrats évitent ainsi l’épreuve du bulletin secret.

Viendra ensuite le plat de résistance. Les trois candidates seront d’abord présentées par un membre de leur régionale. Dans la foulée, elles feront un discours. Puis les délégués auront le droit de les interroger. Mais ce «round» de questions sera très cadré et assez court. Les questions seront écrites à l’avance et tirées au sort. Le parti explique cette procédure par le fait que les trois prétendantes se sont déjà présentées devant les assemblées régionales. Les militants ont ainsi pu leur poser des questions. Pour finir, deux soutiens pour chaque candidate pourront prendre la parole.

Le vote se jouera à scrutin secret, les deux premiers tours à la majorité absolue et le troisième à la majorité simple. Il ne devrait pas y avoir d’intervention entre les tours. Pendant le dépouillement, la conseillère d’Etat Verte Béatrice Métraux devrait venir dire bonjour aux camarades. Elle profitera de l’occasion pour leur parler du paquet logement, soumis au vote le 12 février. Mais l’opération doit surtout servir à montrer l’unité de la gauche.

Articles en relation

La dernière ligne droite d’une drôle de primaire

Elections cantonales Le 14 janvier, le Parti socialiste choisira sa candidate pour remplacer Anne-Catherine Lyon. Interview pour différencier les trois prétendantes Plus...

Les candidates à la primaire socialiste face à la section lausannoise

Elections cantonales La section a entendu mercredi les candidates à l'investiture pour le Conseil d’Etat. Les jeux restent ouverts, sur fond de critiques toutefois. Plus...

La rédaction sur Twitter

Restez informé et soyez à jour. Suivez-nous sur le site de microblogage

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.