Passer au contenu principal

«Rurality» veut rapprocher les multinationales des petits paysans

Créée en 2015 à Nyon et lancée officiellement jeudi, l’initiative veut transformer la chaîne qui va du petit producteur au consommateur.

Le film "Paysan", du Vaudois Sylvain Renou, a été tourné en Normandie et en Côté d'Ivoire pour expliquer la démarche de Rurality.
Le film "Paysan", du Vaudois Sylvain Renou, a été tourné en Normandie et en Côté d'Ivoire pour expliquer la démarche de Rurality.
Sylvain Renou

Jeudi soir, le producteur de cacao ivoirien s’est un peu rapproché du paysan éleveur du Gros-de-Vaud. Devant une salle comble du Cinéma CityClub de Pully, l’organisation non gouvernementale The Forest Trust, basée à Nyon depuis 1999, a lancé son initiative Rurality avec le film Paysan de Sylvain Renou. Son objectif: transformer les chaînes d’approvisionnement des grands groupes agroalimentaires afin de redonner de l’importance aux petits exploitants, responsables de près de 90% de la production de certaines matières premières.

L’ONG vaudoise, active depuis un an et demi dans sept pays, n’a pour l’instant pas de projet concret en Suisse. Mais l’envie d’y en développer est palpable. «On pense trop souvent qu’ici il faut être industriel pour être rentable, et que, a contrario, le producteur artisanal et respectueux de l’environnement ne peut pas s’en sortir, résume Marianne Martinet, responsable de Rurality. On peut assurément trouver d’autres modèles.»

Lisa Gerber, agricultrice à Naz (Montilliez), en est convaincue. Invitée à débattre de ces nouveaux modèles avec cinq autres participants, elle a rapidement évoqué un manque qui se révèle cruel: le lien direct avec le consommateur. «Les gens doivent avoir la possibilité de voir d’où viennent leurs patates. S’ils constatent avec quel soin elles sont produites, ils seront d’accord d’y mettre le prix.»

Besoin de traçabilité

Face à elle, Benjamin Ware, chef de l’approvisionnement durable chez Nestlé, adhère. C’est bien ce besoin nouveau de traçabilité qui a poussé des entreprises comme son employeur à mordre à l’hameçon de la transparence. Ce sont d’ailleurs les géants de l’agroalimentaire (Nestlé, Ferrero, Mars, Lindt ou encore Cargill) qui financent à 80% l’initiative Rurality, qui n’a pas de but lucratif.

Mais il faut se rendre à l’évidence, si les challenges sont similaires pour les petits producteurs du monde entier, la réalité n’est pas la même pour les citadins de Lausanne ou de São Paulo. Et si les marchés à la ferme, les coopératives et les offres de livraison de proximité sont primordiaux, la réalité industrielle ne peut pas être niée.

Benjamin Ware assure y travailler. «Mais il est clair qu’à 10 personnes (ndlr: nombre de postes ETP dans son département, créé il y a sept ans), nous ne pouvons pas nous connecter aux millions de fermiers auxquels on achète de la matière première…» C’est là que Rurality entre en scène. L’ONG s’est donné le mandat de travailler à recréer ce lien.

Quand on questionne Benjamin Ware sur la sincérité de la démarche de son employeur, l’ingénieur agronome ne nie pas: «Probablement, il y a l’idée de grossir certaines parts de marché, oui. Nous ne sommes pas une organisation de charité, mais bien dans le business agroalimentaire.»

«On a mal fait les choses»

Mais il poursuit: «Nestlé a 150 ans d’expérience. Aujourd’hui, elle reconnaît que les choses ont été mal faites et qu’elle porte une part de responsabilité. Et elle s’engage à tenter de faire changer les choses.» Comment? En liant le salaire et le bonus des collaborateurs plus uniquement au résultat mais à la connaissance qu’ils ont de la filière, des producteurs, de leurs besoins et de ce qui ne fonctionne pas pour eux. «Nous nous sommes rendu compte que cela ne servait à rien de dire «il ne faut pas couper des arbres» à des gens qui les rasent pour planter de quoi nourrir leur famille», explique le responsable.

Le gros travail de Rurality est donc d’aider les petits producteurs à faire les choix opportuns, à éviter la monoculture, à produire une meilleure qualité qu’ils pourront vendre plus chère, en bref, à s’installer dans une durabilité. «On n’adhère pas au discours «les petits producteurs sont les victimes des multinationales», s’enflamme Marianne Martinet. Notre but n’est pas de prendre aux gros pour donner aux petits, mais de donner de l’importance à ces producteurs, que nous considérons comme des chefs d’entreprise.»

L’exploitante Lisa Gerber compte bien jouer son rôle entrepreneurial. Celle dont l’exploitation familiale termine bientôt sa transition vers le bio déplore la «standardisation» des denrées, qui provoquent «des grosses pertes pour les agriculteurs, alors que les consommateurs n’ont rien demandé». Et rêve d’une union paysanne qui reprendrait le marché en main.

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.