Le rush final des partis contre l'abstention

Elections cantonalesLes votes anticipés laissent craindre une baisse inquiétante de la participation au scrutin. Les familles politiques tentent de mobiliser leurs électeurs.

Les militants sont très actifs dans la rue - ici Andrea Münger, du PS lausannois, distribuant une rose à la place de l’Europe mardi.

Les militants sont très actifs dans la rue - ici Andrea Münger, du PS lausannois, distribuant une rose à la place de l’Europe mardi. Image: Félix Imhof

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A trois jours du scrutin, l’abstention menace de devenir le grand vainqueur des élections cantonales. Des pointages effectués dans plusieurs villes laissent présager que la participation sera inférieure à ce qu’elle était en 2012. A Lausanne, les bulletins rentrés pour le vote anticipé étaient mercredi de 39% inférieurs aux chiffres des précédentes élections pour le Conseil d’Etat et le Grand Conseil.

Un constat similaire est fait, avec des comparaisons parfois chiffrées, dans les greffes communaux d’Yverdon-les-Bains, de Montreux, de Vevey ou encore de Nyon. Les baisses vont de 20% à plus de 40%. «Nous en avons discuté mardi soir avec les différentes communes du canton lors d’une réunion pour préparer le scrutin de dimanche et cette baisse semble générale», explique Sylvie Ecklin, secrétaire municipale adjointe de Lausanne.

Bien sûr, un vote anticipé ne constitue pas encore un vote final. Un rattrapage pourrait théoriquement être fait ces prochains jours, mais plusieurs responsables politiques du canton n’attendent «pas de miracle» en si peu de temps. On risque en tout cas d’être loin des 58% de participation aux cantonales valaisannes.

Pas une surprise

Ce constat n’est pas une surprise pour les partis politiques. «On s’y attendait forcément, estime Philippe Miauton, secrétaire général du PLR. Les élections cantonales ne se doublent pas d’une votation fédérale, contrairement aux élections du premier tour en 2007 et 2012. Le matériel de vote est donc arrivé deux semaines avant le scrutin, plutôt que trois semaines. Et c’était pile au début des vacances de Pâques: l’enveloppe est sans doute restée sous la pile chez beaucoup de gens.» Ajoutez à cela que la campagne, qui consiste à reconduire une grande partie de l’équipe en place à l’Exécutif, a moins de nerf qu’une mêlée ouverte. «Je dirai surtout que le canton est en campagne depuis deux ans, avec les fédérales et les communales, cela peut susciter une sorte de lassitude chez certains électeurs», ajoute Philippe Miauton.

Les cuisines politiques ont anticipé et pris en compte l’épouvantail de l’abstention. Dans le rush final de cette semaine, le PS a lancé une grande mobilisation: ses 149 candidats au Grand Conseil arpentent tout le canton pendant 48 heures pour distribuer quelque 25'000 tracts destinés à susciter la mobilisation à gauche: «L’heure tourne! Et si votre voix faisait la différence?» Cette action «était planifiée de longue date car nous savions que ce serait compliqué en termes de mobilisation à cause des vacances de Pâques», explique Stéphane Montangero, président du PS.

Porte-à-porte et tournée des bistrots

«Cette campagne doit se faire à la mobilisation», martèle-t-il auprès de ses militants depuis des semaines. Et ce serait d’autant plus vrai dans un contexte de faible participation. Les militants PS distribuent des tracts en faisant du porte-à-porte, notamment à Vevey et ils ont prévu une tournée des bistrots à Nyon et à Lausanne. Le porte-à-porte s’est révélé payant aux élections communales à Moudon. Cette action s’ajoute à plus de 500 événements d’une campagne qui est devisée à environ 400'000 francs pour les deux tours.

Les partis concurrents ne sont pas en reste, «sauf qu’on ne le claironne pas sur les toits comme le PS, explique Philippe Miauton au PLR. Nos 150 candidats se mobilisent tous les jours, c’était au Comptoir d’Oron la semaine dernière et à toutes sortes de visites et d’événements cette semaine. Nous avons envoyé un courriel à nos 15 '000 membres pour leur rappeler de ne pas oublier de se rendre aux urnes dimanche.» La campagne libérale-radicale affiche un budget officiel de 525'000 francs pour les deux tours.

Sur les réseaux sociaux

Les Verts ne se sentent pas plus menacés par l’abstention que les autres partis. «On ne fait pas de téléphone et on ne va pas frapper aux portes, disons que nous restons plus traditionnels», admet Alberto Mocchi, président du parti vaudois. Cela dit, le parti écologiste (qui affiche un budget de campagne de 180'000 francs) travaille énormément sur les réseaux sociaux. «Sur Facebook, on a plus de suiveurs que le PLR», se félicite le président. Des actions ponctuelles sont menées sur le Web. En début de semaine, le parti indiquait sur la Toile que c’était «le dernier jour» pour un vote anticipé en courrier B et, ce jeudi, l’ultime occasion de voter en courrier A.

L’UDC (qui affiche un budget de 75'000 francs) multiplie elle aussi les événements de campagne. Jacques Nicolet a participé à environ 130 manifestations depuis le mois de décembre. L’UDC sera présente sur les marchés en fin de semaine. «La campagne a manqué de dynamisme et de vivacité en raison de la volonté des conseillers d’Etat sortants de se neutraliser mutuellement», estime Kevin Grangier, secrétaire général de l’UDC. Il lui paraît «certain qu’un faible taux de participation favorisera une forme de stabilité dans le choix des électeurs.» Et de rappeler que c’est le Conseil d’Etat qui a fixé la date du scrutin.

Créé: 26.04.2017, 23h33

Les candidats du Grand Conseil racontent leur campagne

Pas facile pour les candidats au Grand Conseil de lutter contre l’abstentionnisme. Une brève revue aux quatre coins du canton et dans les différents partis montre que les prétendants n’ont pas ménagé leur peine. Pourtant, comme le dit le PDC Michele Mossi, «on va au marché et on en repart avec du pain et du fromage frais, mais pas avec une valise pleine de votes.» A cette apathie de la campagne, plusieurs explications sont avancées. L’élection de dimanche est la troisième après celle des fédérales en 2015 et celle des communales en 2016. Elle tombe en même temps qu’une présidentielle française particulièrement captivante et a été coupée par les vacances de Pâques. Un autre phénomène se dessine cependant, celui de la fin de l’affrontement gauche-droite, à l’enseigne du «compromis dynamique» lancé par le Conseil d’Etat sortant. Plusieurs candidats notent que le débat politique dans ses aspects fondamentaux leur a été en quelque sorte confisqué. «Les dirigeants des partis ne s’attaquent pas, observe l’UDC Jean-François Thuillard, candidat dans le Gros-de-Vaud. Nous nous adaptons donc à cette donne.» A Morges, le PLR Steven Kubler fait valoir que les six sortants du Conseil d’Etat qui se présentent ne combattent pas non plus et «se contentent des bilans des uns et des autres». Valentin Christe, Lausannois du Parti libéral-conservateur dissident de l’UDC, évoque un débat «anesthésié» où les gens se mettent d’accord avant qu’il y ait discussion. Le déficit de débat ne concerne pas que la campagne électorale, rappelle la Verte Céline Ehrwein, mais le Grand Conseil actuel aussi: «L’équipe gouvernementale fonctionne. Les conseillers d’Etat débattent entre eux. Le Grand Conseil se sent un peu dépossédé et c’est frustrant.» La députée, qui se représente cette année dans le district Jura-Nord vaudois, espère que la prochaine législature amènera un peu plus d’ouverture: «L’entente collégiale est agréable et positive. Les politiques publiques avancent, poursuit-elle. Mais cet état de fait risque de diminuer la dimension participative et démocratique. Or, je crois qu’il faut favoriser l’intelligence collective et ne pas la garder dans un cercle restreint.» Il s’agit cependant de ne pas se tromper: le travail sur le terrain reste intense et les candidats sont fatigués. Taraneh Aminian, sortante socialiste de la Riviera, admet que la campagne n’a pas l’air très vivante sur le plan politique. Mais elle fait valoir que les candidats la vivent quant à eux de manière forte: «Nous sommes beaucoup sur le terrain, dans les gares, sur les marchés.» Pour elle, le débat mis en sourdine est une réalité aujourd’hui et peut-être aujourd’hui seulement. Le popiste de Pully Georges Tafelmacher raconte que les «prises de position fermes» de la gauche radicale sont «bien appréciées» dans ce contexte alors même que sa région est plutôt à droite. Pour lui, il faut distinguer la campagne du Conseil d’Etat de celle du Grand Conseil où «les discussions parmi les candidats sont plus ouvertes.» Membre de Chavannes Ensemble et présent sur la liste du Centre dans le district de l’Ouest lausannois, Alain Rochat pointe que ce ne sont pas les enjeux qui manquent. Dans son périmètre, des questions aussi massives que celles du remplacement du M1 dans le futur, de la couverture de l’autoroute ou de l’intégration du bâtiment Vortex auraient dû «aiguiser» le débat. Mais dans cette campagne, la seule perspective d’avenir semble être d’assurer la continuité. On verra dimanche ce qu’en pense l’électorat.
Lise Bourgeois

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