Les sages-femmes indépendantes se rebiffent

SantéAu 31 décembre, les accoucheuses vaudoises n’assureront plus le système de permanence qu’elles avaient mis gracieusement en place. Elles revendiquent une subvention qui ne vient pas.

Laurence Juillerat et Karine Allaman, à la tête du Groupement des sages-femmes indépendantes vaudoises, estiment que le tournus de permanence doit être intégré à au système de santé publique.

Laurence Juillerat et Karine Allaman, à la tête du Groupement des sages-femmes indépendantes vaudoises, estiment que le tournus de permanence doit être intégré à au système de santé publique. Image: Florian Cella

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Faire partie du système de santé publique sans être reconnues, c’est le sentiment qu’éprouvent les sages-femmes indépendantes vaudoises. Après avoir mis en place un tournus de permanence, qui semble aujourd’hui adopté par bon nombre d’institutions, elles peinent à faire admette l’utilité de ce service qu’elles assument gratuitement. Elles espèrent des subventions pour le professionnaliser. Mais la manne cantonale tarde à venir. Pour se faire entendre, elles ont décidé de supprimer ce tournus dès le 31 décembre. Cette mesure suscite l’étonnement. Au final, il semble bien que cette affaire ne soit née que d’incompréhensions entre le Canton et le groupement des indépendantes.

Ce n’est pas la grève des sages-femmes qui est annoncée à partir du 1er janvier 2017. Elles continueront d’assurer leurs visites à domicile auprès des familles, comme à l’habitude. En revanche, les hôpitaux, médecins et autres institutions de santé ne recevront plus de liste des sages-femmes de permanence. Celle-ci est le fruit d’un tournus que les accoucheuses organisent entre elles, réparties sur tout le territoire cantonal. «Trouver une sage-femme disponible en un seul appel, c’est un vrai plus pour tous nos partenaires», assure Laurence Juillerat, présidente du Groupement des sages-femmes indépendantes vaudoises. Elle regrette le surcroît de travail que pourrait représenter l’absence de cette liste. «Jusque-là, ça tournait et personne ne se posait la question de savoir comment», ajoute la présidente.

Surcharge de travail

Alors pourquoi supprimer ce service? «Depuis sa mise en œuvre en 2000, cela a pris de l’ampleur et nous peinons à répondre à la demande», constate Karine Allaman, vice-présidente du groupement. Augmentation de la population et séjours raccourcis à l’hôpital expliqueraient un recours fréquent aux sages-femmes, tant en cours de grossesse qu’après le terme. Or il se trouve que la mise à disposition d’un système de permanence prend du temps, et le groupement constate la tendance de ses membres à s’en retirer en raison de la surcharge qu’il induit.

«Nous avons à cœur de pérenniser et professionnaliser ce système», assurent les sages-femmes indépendantes. Pour cela, elles ont entrepris depuis deux ans des démarches visant à obtenir une subvention. «Le but est d’établir un vrai système d’appel et d’indemnisation des sages-femmes pour ces périodes de permanence», explique Laurence Juillerat.

Une rencontre avec le conseiller d’Etat Pierre-Yves Maillard s’est révélée porteuse d’espoir. Le Canton a d’ailleurs octroyé aux sages-femmes une «aide ponctuelle» de 200 000 francs pour 2016. «Nous avons engagé une personne pour nous aider à rendre l’analyse de notre activité demandée par le Canton, précise Laurence Juillerat. Mais elle ne nous permet pas de rémunérer les sages-femmes pour la permanence.»

Sur la base de leur rapport, les services de Pierre-Yves Maillard ont répondu n’avoir pas été convaincus du «caractère économique, efficace et efficient» de la permanence mise en place. Invitant les sages-femmes à préciser leur copie, le Canton a toutefois promis de renouveler les 200 000 francs d’aide pour 2017. Pour le groupement, qui espérait une institutionnalisation de sa permanence, la réponse ne convient pas. En assemblée générale, les sages-femmes ont décidé de supprimer le tournus de permanence, de refuser l’aide cantonale pour l’an prochain, allant jusqu’à rendre le surplus accordé en 2016. «On nous fait perdre du temps avec des études alors qu’on est dans la réalité du terrain», estiment Laurence Juillerat et Karine Allaman.

Incompréhension

Pour Pierre-Yves Maillard, ce retournement est une surprise. «Visiblement, cette association est mal conseillée, juge le chef du Département de la santé et de l’action sociale. Je n’aurais pas de problème à fournir une subvention pérenne, mais pour cela il faut un peu de temps.» Le message n’est pas passé entre l’Etat et le groupement des sages-femmes. Au point que l’incompréhension prédomine. «Nous n’avons pas octroyé de subvention pour réaliser une étude mais aussi pour permettre de poursuivre et consolider la prestation que l’association dit fournir, précise Pierre-Yves Maillard. Avec ces 200 000 francs, on aurait pu attendre par exemple au moins la mise en place d’un numéro d’appel unique.»

De son côté, le groupement estime avoir été clair. «On a toujours dit qu’on ne réclamait pas d’argent pour notre association mais pour rémunérer un service devenu évident pour tout le monde», dit Laurence Juillerat. Au final, cette incompréhension mutuelle trouvera peut-être une issue l’an prochain: les unes se disent «ouvertes au dialogue», tandis que l’autre déclare sa «porte toujours ouverte».

Créé: 22.12.2016, 06h41

En chiffres

2849 En 2000, les indépendantes sont intervenues dans 2849 naissances, soit 37% des nouveau-nés du canton.

5283 En 2008, elles sont intervenues dans 70% des naissances, soit 5283 sur les 7520 nouveaux petits Vaudois.

7684 En 2015, c’est autant de mamans prises en charge à un moment ou un autre de leur grossesse. Soit 92% des 8300 naissances.

Faciliter la prise en charge

Le Groupement des sages-femmes indépendantes vaudoises compte quelque 115 membres. Elles travaillent en milieu extrahospitalier en visitant les futurs parents à domicile. Le suivi des grossesses se poursuit jusqu’à huit semaines après la naissance. Soins, prévention et promotion de l’allaitement font partie d’un cahier des charges rémunéré par la LAMal.
Le tournus de permanence mis en place par le groupement existe depuis 2000 et visait à favoriser la prise en charge des familles. Hôpitaux, pédiatres, gynécologues font appel à ce réseau, ainsi que des associations telles que l’AVASAD, PROFA et même l’EVAM pour les femmes migrantes.

Divisé en neuf régions, tout le territoire cantonal est couvert par le réseau des sages-femmes indépendantes. Celles-ci s’organisent entre elles, au sein de chaque région, pour établir la liste des personnes de permanence, cela tous les jours de l’année, de 8 h à 20 h. Cette liste permet aux différents partenaires de trouver une sage-femme en un seul coup de fil.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 7

Paru le 19 septembre 2019
(Image: Bénédicte) Plus...