Salt invente un acte de vandalisme et rate son buzz

Réseaux sociauxSalt a fait diffuser sur Instagram une vidéo montrant un acte de vandalisme dans une de ses officines. Une grossière fake news.

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Trois lascars habillés de noir et encagoulés en train de taguer un magasin Salt avant de prendre la fuite en trottinant. C’est ce que les utilisateurs d’Instagram ont pu voir le 13 mars dernier. Si le contenu de la vidéo de 13 secondes interpelle, ses diffuseurs intriguent tout autant.

En effet, tous sont des influenceurs, soit des personnes suivies par plusieurs milliers d’abonnés et habitués à monnayer leur audience auprès des marques. De plus, ils identifiaient systématiquement le média «20 minutes» dans leur publication afin qu’il soit alerté. Contactée, une célébrité vaudoise du réseau social qui a diffusé la vidéo, tournée à Zurich, avoue: «Ne faites pas d’article sur cette histoire. Il s’agit d’une «fake news.»

D’après des documents consultés par «24 heures», «20 minutes» ne s’est pas fait piéger, malgré des sollicitations insistantes. «Déjà vu cinq fois aujourd’hui. Qui paie pour cette campagne?» demande notre confrère à une influenceuse, sans obtenir d’explications. Après vérification, la réponse à cette question paraît surréaliste. L’entreprise qui paie pour que la vidéo montrant le magasin Salt pris d’assaut se répande comme une traînée de poudre ne serait autre que… Salt.

«C’était sûrement l’espoir d’offrir une publicité gratuite à Salt qui était derrière toute cette histoire»

«J’ai reçu un e-mail d’une agence de communication, comme cela m’arrive presque tous les jours, confie une des célébrités vaudoises à avoir partagé la vidéo. Sauf que cette fois, la demande était un peu particulière.» L’agence précise dans son e-mail que les influenceurs doivent publier cette vidéo contre rémunération «dans le cadre du lancement d’un nouveau service de l’opérateur téléphonique Salt Mobile» et les consignes sont très claires. «Je devais identifier «20 minutes» dedans, explique une source. C’était sûrement dans l’espoir de voir la vidéo reprise par le média afin d’offrir une publicité gratuite à Salt qui était derrière toute cette histoire.» De plus, l’agence incite les influenceurs à mettre en légende de leur publication des phrases telles que: «Quelqu’un sait qui a fait ça?» «Qu’est-ce que ces gens ont contre Salt?»

Salt paie donc des influenceurs pour diffuser cet acte de vandalisme et induire en erreur leurs abonnés. Mais est-ce que l’opérateur a poussé la supercherie jusqu’à taguer lui-même son propre magasin? Toujours d’après l’e-mail envoyé par l’agence aux influenceurs, «la vidéo montrera un acte de vandalisme (mis en scène, évidemment) qui se déroulera cette nuit au Salt Shop de Zurich. L’idée est de créer du buzz autour de ce qui aura lieu au Salt Shop afin que votre audience cherche à savoir ce qu’il s’est passé exactement et pourquoi les auteurs ont fait cela.»

Salt ne répond pas

Cette question, «24 heures» a quand même voulu la poser directement à Salt. Mais l’opérateur n’a répondu à aucune de ses sollicitations. Impossible non plus de savoir si Salt voit dans l’information erronée une manière de faire sa publicité, alors que les «fake news» inondent déjà les réseaux sociaux.

Une chose est sûre: les graffitis n’ont pas été effacés la nuit même. Le site how-often-did-we-smile.org a publié une photo du magasin vandalisé prise de jour. Cette étrange adresse n’a elle aussi pas donné suite à nos demandes de contact. (24 heures)

Créé: 27.03.2018, 22h01

«C'est absurde et ridicule»

La campagne publicitaire de Salt basée sur une vidéo montrant un faux acte de vandalisme n’est pas du goût de la Fédération romande des consommateurs (FRC). «C’est tout ce qu’on déteste, assène Valérie Muster, juriste à la FRC. Faire du buzz sur une fausse information est absurde, ridicule et contre-productif.» Elle ajoute: «Si Salt a vraiment monté de toutes pièces cette histoire, on tombe vraiment dans ce qu’il faudrait éviter. Salt ferait mieux de mettre de l’énergie pour satisfaire ses clients plutôt que de faire des coups de communication pareils.»

Mais est-ce que faire de la publicité grâce à une information mensongère est autorisé? «Il n’y a pas de disposition pénale qui punit le mensonge, poursuit Valérie Muster. Toutefois, la manipulation d’une population volontairement ciblée, en l’occurrence les jeunes sur Instagram, peut se retourner contre l’entreprise.»

La juriste rappelle, citant sa collègue Florence Bettschart, qu’«est déloyal et illicite tout comportement ou pratique commerciale qui est trompeur ou qui contrevient de toute autre manière aux règles de la bonne foi et qui influe sur les rapports entre concurrents ou entre fournisseurs et clients. À mon avis, une plainte à la Commission suisse pour la loyauté ne serait pas impossible.»

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