Samira Asgari mise sur la loi pour contrer Donald Trump

ImmigrationLa chercheuse iranienne de l’EPFL engagée à Harvard a été refoulée deux fois à l’aéroport. Une décision de justice de la cour fédérale du Massachusetts joue pourtant en sa faveur.

Samira Asgari, qui a été engagée à Harvard pour deux ans, avec possibilité de prolongation, se bat pour pouvoir s’y rendre. Son visa prévoit qu’elle puisse rester cinq ans aux Etats-Unis.

Samira Asgari, qui a été engagée à Harvard pour deux ans, avec possibilité de prolongation, se bat pour pouvoir s’y rendre. Son visa prévoit qu’elle puisse rester cinq ans aux Etats-Unis. Image: FLORIAN CELLA

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Refoulée à l’aéroport allemand de Francfort alors qu’elle devait s’envoler pour Boston le week-end dernier, Samira Asgari pensait avoir plus de chance mardi. Son billet d’avion Swiss en poche, cette ancienne chercheuse de l’EPFL, qui a décroché une place à la prestigieuse Université Harvard, devait décoller de Zurich en fin d’après-midi pour rallier Boston.

Mais son espoir aura été de courte durée puisque, pour la deuxième fois en moins de cinq jours, la jeune femme s’est à nouveau vu interdire d’embarquer en vertu du décret anti-immigration de Donald Trump. Pourtant, entre ses deux tentatives, une différence de taille: mardi, Samira Asgari avait la loi pour elle.

Bagages déjà en soute

Sa mésaventure du week-end dernier ayant fait le tour du monde, la chercheuse a été contactée par un cabinet d’avocats de Boston. «Ils m’ont transmis une décision de la Cour fédérale du Massachusetts qui stipule que les personnes qui, comme moi, sont au bénéfice d’un visa valable sont autorisées à se rendre à Boston, décret de Donald Trump ou pas», explique Samira Asgari.

Daté du 29 janvier dernier, le document indique en effet que les ressortissants des sept pays visés par le décret anti-immigration (Irak, Syrie, Iran, Soudan, Libye, Somalie et Yémen) au bénéfice d’un visa, d’un statut de réfugié ou qui sont résidents permanents au pays de l’Oncle Sam ont le droit de prendre l’avion pour les Etats-Unis. A la condition expresse de prendre un vol direct pour l’aéroport Logan de Boston. La décision de la Cour, qui peut faire l’objet d’un recours et qui n’est valable que sept jours, enjoint également au service américain des douanes et de la protection des frontières (Customs and Border Protection) d’avertir les compagnies aériennes concernées d’agir en conséquence.

C’est donc confiante que Samira Asgari s’est présentée à Kloten, mardi. «Le check-in était réglé, mes bagages étaient même déjà partis en soute. C’est à la porte d’embarquement que les soucis ont commencé. On ne m’a pas laissé passer. J’ai longuement insisté, mais la compagnie Swiss n’est finalement pas entrée en matière, poursuit la chercheuse. Le problème est que le service américain des douanes et de la protection des frontières n’a pas donné le feu vert aux compagnies aériennes.»

Ses bagages ont donc été sortis de l’avion et Samira Asgari, la mort dans l’âme, a rebroussé chemin. Elle est de retour en terre vaudoise.

Du côté de Swiss, la porte-parole Meike Fuhlrott indique: «Nous avons connaissance de la décision de justice du Massachusetts, mais notre compagnie est légalement contrainte de respecter les conditions d’entrée sur le territoire américain et suit les recommandations du Customs and Border Protection. De manière générale, il n’appartient pas à Swiss d’évaluer les conséquences de cette – ou d’ultérieures – décision de justice américaine sur le décret lui-même ou sur certaines personnes.» Elle ajoute que Swiss autoriserait les personnes frappées par l’interdiction si le service des douanes le leur demandait.

Harvard maintient son offre

Bien que «triste et déçue», Samira Asgari ne perd pas espoir. «J’ai l’impression qu’on m’a volé mon rêve, mais je m’accroche. Le laboratoire de Harvard où j’ai été engagée me garde ma place, j’essaierai de toutes mes forces d’y aller. Avant cette affaire, toutes mes expériences avec les Américains, que ce soient des collègues ou des amis, ont été positives. Les avocats de Boston qui m’aident dans ce dossier continuent de plaider ma cause. J’espère obtenir une réponse très prochainement.»

«J’ai l’impression qu’on m’a volé mon rêve (…) Harvard me garde ma place, j’essaierai de toutes mes forces d’y aller»

Contactée à plusieurs reprises, mercredi, l’ambassade des Etats-Unis à Berne n’a pas répondu à nos sollicitations.

Créé: 01.02.2017, 18h45

«Cette décision de justice est valable»

Oui, la décision de justice de la cour fédérale du Massachusetts est parfaitement valable. Voici, en substance, l’avis de Mes Gloria Capt et Christophe Piguet, fins connaisseurs du droit américain. «Il s’agit d'une mesure superprovisionnelle, soit d’une décision d’extrême urgence, qui indique clairement que Samira Asgari peut atterrir à Boston dans les sept jours», explique Me Gloria Capt, par ailleurs binationale américano-suisse.

Rappelant que le temps presse, l’avocate relève un point crucial: la décision ne concerne pas seulement ceux qui ont saisi la cour fédérale, mais tous ceux qui sont concernés par l’autorisation (les personnes au bénéfice d’un visa, du statut de réfugié ou qui sont résidentes permanentes aux Etats-Unis). «Cette décision stipule qu’on ne peut refuser à ceux qui sont déjà au bénéfice d’un visa valable de se rendre dans l’Etat du Massachusetts, qui relève de la juridiction du Juge fédéral qui a rendu sa décision. Ils peuvent donc y entrer, mais je rappelle que c’est sur place que le visa est formellement délivré», ajoute Me Piguet, admis au barreau de New York.

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