La santé des travailleurs se heurte au lobby agricole

Grand ConseilLes députés ont refusé que l’Etat étudie les conditions de travail des employés agricoles. Les paysans disent leurs craintes.

Image: Odile Meylan

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«Les mesures qui feraient suite à une étude sur la santé des travailleurs agricoles font réellement peur.» La phrase est de Laurence Cretegny. Cette libérale-radicale fait partie de l’un des plus grands lobbies du Grand Conseil: les agriculteurs. Ils sont 27 sur les 150 députés. Mardi, en refusant d’étudier les conditions de travail des travailleurs agricoles, le parlement cantonal a suivi leur recommandation par 77 voix contre 44 et une abstention.

La demande émanait d’un postulat du député de La Gauche Jean-Michel Dolivo. Celui-ci pointe du doigt la dureté du travail des ouvriers agricoles, notamment saisonniers. Le récent contrat type de travail prévoit une durée hebdomadaire de travail de 51 h 30 avec bétail et de 49 h 30 sans bétail, avec un salaire minimum brut de 3370 francs. «On assiste à une féminisation de ces emplois, avec des horaires de travail importants», note-t-il.

Pas de timbreuse
Outre la pénibilité du travail, la socialiste Monique Weber-Jobé souligne l’exposition des travailleurs agricoles aux produits phytosanitaires. Des produits qui peuvent avoir comme conséquences des maladies graves, telles que le parkinson, selon la députée de La Gauche Christiane Jaquet-Berger.

«Peut-être bien», estime pour sa part Laurence Cretegny, qui s’est faite la porte-parole du milieu agricole. Mais le risque est similaire avec d’autres produits, selon elle. Elle cite deux exemples: les shampooings antipoux que les parents utilisent pour leurs enfants, ainsi que les traitements que certains touristes doivent utiliser quand ils ont contracté la malaria en vacances.

Quant aux conditions de travail, les salaires sont effectivement bas, selon elle. Mais ils sont en partie contrebalancés par des avantages particuliers aux travailleurs agricoles saisonniers. «Nous leur apprenons le français, souligne-t-elle. Nous les invitons régulièrement à table. Nous leur apprenons des tas de choses.»

Le Vert Andreas Wüthrich est l’un des seuls députés de gauche à s’être opposé à l’étude proposée par Jean-Michel Dolivo. «Ma profession permet de vous nourrir, de maintenir le paysage, demande des sacrifices et ne connaît pas la timbreuse, souligne-t-il. Mes animaux ne connaissent pas la timbreuse. Nous n’avons pas besoin qu’on nous impose des horaires. Sur le plan salarial, nous sommes exemplaires par rapport à d’autres cantons.» Selon lui, le risque est de provoquer des charges financières insupportables pour les exploitants qui les empêcheraient de se nourrir et de protéger le paysage.

Agriculture déconnectée
Plusieurs députés de gauche regrettent que les milieux agricoles ressentent cette demande d’étude comme une attaque contre leur profession. «Nous avons l’impression que, lorsque nous abordons ce genre de thèmes, nous n’avons pas le droit de critiquer la situation de ces professions, observe Nicolas Rochat Fernandez, chef du groupe socialiste. Cela donne le sentiment que la profession est déconnectée des autres secteurs économiques.» (24 heures)

Créé: 30.06.2015, 22h00

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