Un savant passionné par le nez des mouches à vinaigre

DistinctionLe lauréat 2015 du prix Latsis est un biologiste de l’UNIL spécialiste de l’odorat chez les drosophiles.

Pour Richard Benton, la Suisse est le paradis pour la recherche fondamentale.

Pour Richard Benton, la Suisse est le paradis pour la recherche fondamentale. Image: Odile Meylan

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Il pensait devenir pianiste ou violoncelliste. Mais une biographie reçue à Noël alors qu’il était étudiant en biologie l’a convaincu qu’il fallait devenir chercheur. La vie racontée dans ce livre était celle de Seymour Benzer, l’un des pionniers de la neurogénétique. Et aujourd’hui, le Britannique Richard Benton est professeur au centre intégratif de génomique de la Faculté de biologie et médecine de l’Université de Lausanne, spécialiste de l’odorat des mouches. Il est même lauréat 2015 de l’une des plus hautes distinctions suisses décernées à des savants de moins de 40 ans, le prix Latsis.

«Pour moi, les mouches ne sont qu’un modèle», déclare Richard Benton. Il parle de la drosophile, dite aussi mouche à vinaigre (Drosophila melanogaster). La communauté scientifique étudie cette espèce depuis plus d’un siècle.

«Son génome est séquencé depuis l’année 2000, et on peut très facilement manipuler et changer ses gènes». Et comme elle se reproduit très rapidement, on peut observer les effets de ces manipulations, notamment sur l’aspect et le comportement des insectes. «Ce qui m’intéresse, c’est de trouver des liens entre les côtés génétique et moléculaire, le comportement et l’évolution», détaille le biologiste.

Une de ses publications très connue dans le monde des sciences du vivant établissait ce genre de lien entre la perception de certaines odeurs de fruits pourris et le déclenchement de la parade nuptiale chez Monsieur et Madame Drosophile. Là où les humains ne perçoivent que des fumets infâmes, ces petits insectes voient un signal d’abondance future pour leurs larves.

«L’odorat est un sens très complexe, continue-t-il. Les mélanges possibles de molécules sont très nombreux. On ne sait même pas combien il peut y en avoir. Nous pouvons survivre sans l’odorant; par contre, pour les insectes, c’est un sens essentiel.»

Contre les ravageurs

Ses recherches sont fondamentales, de la science pour la science. Mais leur résultat, par contre peut «très facilement» être utilisable dans la lutte contre certains nuisibles. Il donne l’exemple des mouches Drosophila suzukii, cousines des drosophiles de laboratoire, qui font des ravages sur les cultures de raisin ou de fraise. «En sachant quels sont les récepteurs qui transmettent au cerveau de la mouche le message de nourriture, on pourrait trouver un agent chimique capable de les inhiber,» avance-t-il. Il rappelle aussi que les moustiques, qui sont notamment responsables de la transmission à l’homme de maladies graves et mortelles dans de nombreux pays, trouvent leurs victimes humaines grâce à l’odorat.

La Suisse, un «paradis»

Au Centre intégratif de génomique, le jeune professeur (38 ans) dirige une équipe de 14 personnes (le nombre exact varie régulièrement) qui viennent de toute la planète: Argentine, USA, France, Suisse, Allemagne, Malaisie… S’il est venu à l’Université de Lausanne, c’est pour des raisons à la fois professionnelles et familiales.

Son épouse, rencontrée à Cambridge, une autre scientifique de talent qui travaille au Département de microbiologie fondamentale de l’UNIL, est Suissesse. Elle avait envie de revenir dans son pays d’origine. «Et puis la Suisse, pour la recherche fondamentale, je dois dire que c’est le paradis, s’enthousiasme-t-il. Il y a une telle sécurité, au niveau du financement…» Il est aussi sous le charme des lieux, et depuis que leurs deux enfants sont un peu plus grands (8 et 5 ans) il s’est remis à des «hobbies», explique-t-il dans un français parfois un peu lent, mais sans aucune faute: ski, course à pied, vélo, musique… le piano est toujours là, mais le violoncelle ne quitte que très rarement sa boîte.

Quant au prix, il se dit évidemment honoré de se le voir attribuer, mais souligne qu’il récompense l’ensemble de son équipe. (24 heures)

Créé: 24.11.2015, 08h56

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