Savary-Despot: unies face à l’atome, opposées sur l’UE

Elections fédéralesLa socialiste et l’UDC s’affrontent au Conseil des Etats. Vision proche sur le nucléaire, éloignée sur l’Europe, divergente sur la fiscalité des entreprises.

Géraldine Savary, Parti socialiste,Conseillère aux Etats depuis 2007 et Fabienne Despot, UDC, Candidate au Conseil des Etats.

Géraldine Savary, Parti socialiste,Conseillère aux Etats depuis 2007 et Fabienne Despot, UDC, Candidate au Conseil des Etats.

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Deux des cinq principaux candidats vaudois au Conseil des Etats – sur un total de 15 concurrents – sont des femmes: la socialiste Géraldine Savary et l’UDC Fabienne Despot. Mais elles ne partent de loin pas sur un pied d’égalité.

Elue depuis 2007 avec son collègue Vert Luc Recordon, Géraldine Savary est la championne de la gauche dans cette élection. Le duo rose-Vert est favori et bénéficie du soutien unanime de leurs partis, par ailleurs majoritaires au gouvernement vaudois depuis 2011.

Quant à Fabienne Despot, même si elle préside l’UDC vaudoise, elle doit faire face aux guerres de clans de son propre parti. S’y ajoute la division plus générale de la droite vaudoise, sans alliance entre l’UDC et le Parti libéral-radical (PLR).

Après le débat organisé par 24 heures entre Luc Recordon et le PLR Olivier Français, Géraldine Savary et Fabienne Despot livrent leurs visions de deux thèmes importants de la prochaine législature: le nucléaire, où elles se rejoignent, et les relations avec l’Union européenne, où tout les divise.

Géraldine Savary, la championne de la gauche

Pourquoi le parlement n’a-t-il pas pris de décision concrète, depuis l’annonce de l’abandon du nucléaire?

Géraldine Savary : Durant cette législature, nous sommes passés d’un monde à un autre et c’est déjà exceptionnel. Certes les annonces ont principalement été déclamatoires. Cela prend du temps de construire des projets concrets. La Suisse connaît un nombre important d’acteurs: cantons, communes, entreprises privées, consommateurs. Chacun tire sur sa prise électrique. Mais cela a débouché sur des mesures visant à l’efficacité énergétique, ainsi que sur des décisions de soutien aux énergies renouvelables qui favorisent la prospérité du pays et la création d’emplois. Les reproches envers la conseillère fédérale démocrate-chrétienne Doris Leuthard sont infondés.

Quelles sont les décisions du Conseil des Etats dans ce domaine que vous regrettez?

G.S. : L’affaiblissement par le Conseil des Etats de l’Autorité de surveillance, l’Inspection fédérale de la sécurité nucléaire (IFSN), est dommageable. Je me réjouis néanmoins que les centrales soient fermées à long terme. Aurions-nous pu imaginer cela, il y a 6 ans? Nous avons eu besoin de temps, mais cette maturation est indispensable pour asseoir la décision. Il s’agit maintenant d’établir un calendrier pour la fermeture de la centrale de Beznau.

Comment préserver nos relations bilatérales avec l’Europe?

G.S. : Un produit suisse sur deux est exporté vers l’Europe. Les bilatérales sont donc un axe prioritaire de notre prospérité. Notre économie, en particulier vaudoise, a besoin que nous maintenions des relations bilatérales avec l’Union européenne, tout comme nous avons besoin que la libre circulation des personnes ne soit pas menacée. Ceci d’autant plus que la politique monétaire de la Banque nationale suisse affaiblit des secteurs économiques de première importance pour notre canton, comme l’industrie d’exportation, l’agriculture ou le tourisme. Il serait illusoire de croire que des marchés comme la Chine, les Etats-Unis ou la Russie compenseraient la perte de nos relations avec l’Union européenne.

«Il faut inciter les entreprises à mieux utiliser la main-d’œuvre indigène exclue du marché du travail»

Comment sortir de cette situation?

G.S. : Il faut éviter de rompre nos relations avec l’Europe malgré l’acceptation de l’initiative contre l’immigration de masse. La loi d’application sera l’un des enjeux les plus importants de la législature. Plutôt que la mise en place de contingents, je plaide pour une politique qui incite les entreprises à mieux utiliser la main-d’œuvre indigène exclue du marché du travail, tels que les femmes, les travailleurs âgés ou les jeunes.

Comment le Parti socialiste peut-il s’opposer à la troisième réforme de l’imposition des entreprises au niveau fédéral, mais la soutenir au niveau cantonal?

G.S. : Nous ne nous opposons pas au principe de supprimer les statuts spéciaux des entreprises étrangères, de permettre aux cantons d’obtenir des compensations financières et au fait que les cantons puissent trouver leur propre solution pour la mise en œuvre de la réforme. Là où nous disons stop, c’est aux pertes fiscales fédérales, avec par exemple l’abolition du droit de timbre. J’attends de mon canton qu’il convainque ses collègues fédéraux de ne pas supprimer cet impôt. Par contre, la solution vaudoise est intéressante car elle accompagne la baisse du taux d’impôt sur le bénéfice par une redistribution pour la classe moyenne, avec des mesures telles que l’augmentation des allocations familiales et des contributions pour la petite enfance.

Comment compenser les pertes pour les communes vaudoises?

G.S. : Comme conseillère aux Etats, je n’ai pas les compétences constitutionnelles pour négocier avec les communes. Je comprends leur inquiétude. Je ne peux que m’engager pour que la compensation versée aux cantons par la Confédération soit la plus importante possible. Personne n’a intérêt, dans cette affaire, à donner à Jean pour reprendre à Paul.

Fabienne Despot, la seule candidate de droite

Comment expliquez-vous qu’on ne constate pas d’avancée concrète concernant le nucléaire?

Fabienne Despot : Le changement d’état d’esprit que nous connaissons prend bien plus de temps que les changements techniques. Abandonner le nucléaire doit être entrepris rapidement. Mais le faire maintenant et d’un seul coup serait aventureux. Se priver d’une source importante de notre énergie sans solution de remplacement conséquente, serait dangereux. Il ne faut pas déstabiliser ainsi l’économie du pays. Je le dis même si je suis moi-même opposé depuis toujours au nucléaire pour des raisons technologiques. Il s’agit d’une technique extrêmement difficile à maîtriser. On ne peut pas jouer avec quelque chose qui ne tolère pas l’erreur.

Quelles sources d’énergie faut-il privilégier?

F.D. :La question du remplacement du nucléaire n’est au fond plus un problème, car chacun sait – même les pronucléaire – que nous ne construirons plus de centrales. Je milite pour un système large, avec de multiples voies, en favorisant la recherche et la réflexion. Nous pouvons beaucoup innover dans la production, l’utilisation, l’économie et le stockage de l’énergie. L’essentiel est l’hydroélectricité et l’Etat doit encourager la petite hydraulique, ainsi que le solaire. Il faut garantir un prix de production fiable, pour que les investisseurs puissent compter sur un retour sur investissement fiable.

Comment préserver nos relations bilatérales avec l’Europe?

F.D. :La solution est de montrer que nous sommes souverains chez nous, que l’Union européenne n’a pas à s’opposer au peuple suisse. Les bilatérales sont avantageuses pour l’Europe pour des raisons économiques, elle n’a donc pas intérêt à les briser. De plus, l’Union européenne connaît de plus en plus de problèmes internes, avec par exemple la volonté de la Grande-Bretagne de la quitter. Face à des situations politiques instables, les institutions de l’Union européenne risquent de considérer comme une menace un petit pays qui prend des décisions seul.

Quelles sont les conséquences économiques du refroidissement de nos relations avec l’Europe?

F.D. :Je ne ressens pas de dégradations particulières pour les PME. La plus grande difficulté est le problème du franc fort. Il ne faut pas en vouloir à la Banque nationale suisse (BNS) qui ne pouvait pas tenir plus longtemps dans sa politique d’achat massif d’euros. La solution est d’être meilleurs que les autres, d’offrir des produits innovants et des services de meilleure qualité, par exemple aux touristes qui viennent en Suisse.

«L’Union européenne risque de considérer comme une menace un petit pays qui prend des décisions seul»

Comment éviter que les cantons et les communes pâtissent de la troisième réforme de l’imposition des entreprises?

F.D. :Je soutiens cette réforme qui permet à la Suisse de rester fiscalement attractive. D’importantes dépenses peuvent être économisées dans presque tous les domaines. Je pense par exemple au social, où nous devons mieux prévoir les coûts engendrés à tous les niveaux par les nouvelles structures et décisions – par exemple en matière d’accueil de jour des enfants dans le canton de Vaud. Les finances ne sont pas extensibles. L’effort ne doit pas être porté sur l’armée : le budget de la Confédération a doublé depuis 1990 et l’armée a perdu simultanément 15% de son budget, alors que celui de la formation a été multiplié par 2.5 et le social a triplé.

En quoi la Suisse reste attractive malgré l’augmentation de l’imposition des entreprises étrangères?

F.D. :Il s’agit d’un ensemble très complexe et délicat. Le conseiller d’Etat libéral-radical Pascal Broulis a fait la pesée des intérêts des grandes entreprises au niveau vaudois. Il a défendu ce paquet avec force et conviction au Grand Conseil. Je lui fais confiance pour élaborer un paquet assurant l’attractivité pour les entreprises.

Créé: 10.10.2015, 17h58

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