Les scénarios pour la suite de la bataille dentaire

VotationQue les Vaudois acceptent ou non une assurance dentaire dimanche, l’affrontement va persister. Les camps avancent leurs pions

Image: Keystone

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Vous croyez que le vote de dimanche sur une assurance dentaire marquera la fin de la bataille? Pas du tout. Quel que soit le résultat après une campagne qualifiée de «rude» par tous les acteurs (lire encadré), la bataille va continuer sur le plan politique. Si les Vaudois disent «oui», le parlement bataillera pour écrire la loi qui construira cette assurance. S’ils disent «non», les députés s’écharperont sur le projet de loi sur la santé bucco-dentaire, présentée l’an dernier par Pierre-Yves Maillard. Tour d’horizon des différents scénarios.

– Le référendum des partisans
– Si c’est «oui», les combats seront acharnés au Grand Conseil, comme ils l’étaient l’an dernier pour discuter de l’initiative. La droite a déjà prévenu que, pour elle, une franchise à 300 francs pour les adultes et 100 francs pour les enfants est un minimum, comme l’a esquissé Pierre-Yves Maillard dans la campagne. Mais le comité d’initiative n’en veut pas. «Si la droite et nos opposants veulent nous la faire à l’envers, on les attend au contour avec un référendum», clame Pierre Conscience, le coordinateur de la campagne des partisans.

– Le recours devant la justice
– Quant aux opposants, ils pourraient faire recours devant la justice en cas de «oui». Ils ont dans leur viseur la «territorialité» de l’assurance, comme le dit Patrick Éperon, leur coordinateur. «Le cercle des bénéficiaires ne coïncide pas avec celui des payeurs. Un Vaudois travaillant à Genève ne financerait pas cette assurance, mais pourrait en bénéficier. À l’inverse, un Genevois travaillant à Lausanne et son employeur la financeraient, sans pour autant que l’employé en bénéficie. Recours il y aura et ce n’est pas un chantage.»

– Le combat au niveau fédéral
– Les partisans de l’initiative n’aiment pas trop discuter du scénario en cas d’échec. Mais si cela arrivait, ils seront attentifs au sort des initiatives jumelles à Genève, à Neuchâtel, en Valais et au Tessin. À terme, le but est d’en faire un débat fédéral pour inclure les soins dentaires dans le catalogue de l’assurance-maladie de base.

– Taxe sur les boissons sucrées
– Sur le plan purement vaudois, en cas de «non», le Conseil d’État demandera au Grand Conseil de reprendre ses travaux concernant la loi sur la santé bucco-dentaire et sa fameuse taxe sur les boissons sucrées, de 30 centimes par litre. Le parlement les avait mis en pause pour se concentrer sur le contre-projet du Conseil d’État face à l’initiative. Et les députés avaient finalement enterré ce contre-projet. «Si le parlement veut enterrer cette loi, il le fera, commente Pierre-Yves Maillard. Mais pas nous, car nous sommes convaincus que des problèmes d’accès aux soins existent.»

– Peut-être un moratoire
– Pierre-Yves Maillard, encore lui, a esquissé récemment devant le Grand Conseil une autre mesure: un moratoire sur l’ouverture des cabinets dentaires. Il se base sur une étude de la Société suisse des médecins-dentistes, qui a montré qu’un certain nombre de cabinets sont sous-exploités. «C’est une telle entorse au principe du libéralisme qu’ils hésitent, assurait Pierre-Yves Maillard devant les députés. Mais je sais qu’un jour ou l’autre les dentistes viendront me demander de créer un moratoire sur l’arrivée des médecins-dentistes, simplement parce qu’il y a un certain nombre de cabinets qui ne tournent plus.» (24 heures)

Créé: 02.03.2018, 10h25

«Fluctuants» contre «stigmatisants»

Cette campagne a été dure, dans la rue et sur Internet. C’est l’avis unanime et chaque camp accuse l’autre d’avoir biaisé le débat. Ce n’est pas une surprise quand on se souvient de la virulence des débats au Grand Conseil l’an dernier.
«Cette campagne a été rude dans l’échange d’arguments et les moyens financiers de nos adversaires», dénonce le député Jean-Michel Dolivo (SolidaritéS), membre du comité d’initiative. «Nos opposants ont présenté des arguments extrêmement fluctuants, comme sur la question de la franchise, qu’ils demandent pourtant dans le cadre de l’assurance-maladie.»
Stéphane Montangero, le président du Parti socialiste, ajoute: «Dans une campagne normale, chaque camp présente ses arguments. Or là, les opposants ont été incapables de dire trois phrases sans citer Pierre-Yves Maillard. Ils ont utilisé sa crédibilité, en déformant ses propos.»
Les opposants, eux, accusent les partisans d’avoir provoqué un débat clivant. «On nous a jetés dans la campagne avec un système jusqu’au-boutiste, commente le député libéral-radical Marc-Olivier Buffat. Cela a permis aux partisans de tomber le masque, en promettant de se faire soigner aux frais d’autrui et en accusant les dentistes de gagner leur vie sur la santé des patients.»
Patrick Éperon, le coordinateur de la campagne des opposants, fait la même analyse: «Les dentistes ont été stigmatisés, c’est une réalité. Certains professionnels ont été étonnés. Mais c’est classique des campagnes d’une certaine gauche.»

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