Une semaine de jeûne pour se nettoyer, se retrouver ou se rapprocher de Dieu

TraditionA l’invitation des Eglises catholique et protestante, 600 personnes ont jeûné sept jours en Suisse romande.

Pascal Veillon, pasteur, distribue des quartiers de pomme aux 17 compagnes et compagnons de jeûne réunis à Lausanne après une semaine de privation de nourriture.

Pascal Veillon, pasteur, distribue des quartiers de pomme aux 17 compagnes et compagnons de jeûne réunis à Lausanne après une semaine de privation de nourriture. Image: FLORIAN CELLA

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En cette fin de carême, 17 compagnes et compagnons de jeûne, âgés de 26 à 81 ans, dégustent un quartier de pomme. Ils viennent de passer une semaine sans manger. Isabelle Veillon, coanimatrice du groupe qui s’est retrouvé chaque soir à la chapelle de Béthusy, explique: «On cherche à sortir en douceur du jeûne. Pour permettre à notre organisme de retrouver ses fonctions digestives, qui ont été mises au repos pendant une semaine, les fruits sont l’aliment idéal.» Pour manger les fruits, il faut encore attendre demain. Ce soir, on se contentera d’un morceau de pomme. Le plateau circule, chacun se saisit d’un quartier. Puis le mastique lentement. Murmures de satisfaction, échanges de sourires. Certains ferment les yeux, comme pour mieux savourer ce retour à la mastication. Les sensations sont décuplées par cette semaine sans manger d’aliments solides.

Les deux tiers du groupe avaient déjà jeûné plusieurs fois, mais, pour les autres, c’est une première expérience. Ces 11 femmes et six hommes ont répondu à l’invitation œcuménique «Jeûner ensemble au quotidien», proposée depuis 2002 pendant le temps du carême par les fondations Action de Carême (catholique) et Pain pour le prochain (protestante).

«La première année, nous étions une centaine», se souvient Harri Wettstein, initiateur de ces semaines de jeûne. Le nombre de participants n’a cessé de croître. «Cette année, 600 personnes se sont jointes à l’une des semaines de jeûne», estime Josette Theytaz, coordonnatrice pour la Suisse romande des semaines de jeûne, qui se sont déroulées du 7 février au 21 mars.

Jeûner en travaillant

La particularité de la formule est de proposer de jeûner sans rompre avec son quotidien, ni ses engagements. «Une activité professionnelle trop intense peut être un frein. Je me souviens d’un avocat qui devait assurer des plaidoiries pendant le jeûne. Il avait pu le faire, mais avait trouvé cela éprouvant. Pour bien vivre le jeûne, je conseille donc de réduire un peu son activité», avertit Roland Besse, coanimateur du groupe de Lutry.

L’expérience du jeûne est bien sûr physique, mais elle a aussi une dimension intérieure très forte. Pour accompagner ces deux dimensions, tous les groupes sont animés par deux personnes. L’une, en lien avec un médecin référent, est chargée des conseils d’ordre physiologique. L’autre prend en charge l’accompagnement spirituel. A la chapelle de Béthusy, c’est Pascal Veillon, pasteur retraité, qui a animé les retrouvailles quotidiennes des jeûneurs.

«Il y a une puissance dans le fait de jeûner en groupe. Cette dimension collective est un vrai soutien»

«Il y a une puissance dans le fait de jeûner en groupe. Cette dimension collective est un vrai soutien», témoigne le benjamin du groupe, qui préfère rester anonyme. Il jeûne pour la première fois. Non croyant, il est venu dans l’espoir de changer son rapport à la nourriture. Une autre participante jeûne pour se nettoyer et faire du bien à son corps. Marie-Thérèse Beboux, elle, attendait de cette semaine de privations «quelque chose de spirituel». Au sortir du jeûne, elle confie: «Quand j’ai accepté de lâcher prise, j’ai senti que je pouvais accueillir le Seigneur.»

Danielle Gruaz remarque pourtant que, «socialement, ce n’est pas très évident». Sur un plan intérieur, le jeûne la fait se sentir «à la fois petite et grande». Anne Descombes résume le vécu de plusieurs jeûneurs: «Une plus grande acceptation de soi, dans toute sa vulnérabilité.» Tous en témoignent, la sensation de faim disparaît au fil des jours, mais pas l’envie de manger! Chacun s’est senti plus disponible et plus sensible à l’autre. Le jeûne métamorphose donc la perception de soi et du monde, mais aussi celle du temps. Un jeûneur vit au ralenti. «Dans ma vie, j’essaie toujours d’en faire un peu plus. Là, je fais l’expérience d’un temps où je ne peux rien ajouter. Je n’ai plus aucune emprise sur lui», détaille Philippe de Vargas. De fait, cette pause de nourriture a aussi donné aux jeûneurs l’occasion de faire un tri parmi leurs activités, faute de pouvoir forcer leur corps. Pour les 17 jeûneurs, le plus difficile reste à faire: emporter dans leur quotidien un peu de cette conscience accrue.

Créé: 26.03.2016, 12h40

Le jeûne en pratique

Au «menu» de ces semaines de jeûne: des tisanes à volonté et plusieurs litres d’eau, ainsi qu’un grand verre de jus de fruits et un autre de bouillon de légumes, soit 500 ml de vitamines, de sels minéraux et d’acides aminés. Et une cuillerée de miel par jour. Mais aussi de l’exercice (au moins une heure de marche) et une sieste avec une bouillotte sur le foie pour soulager son travail intense de purification.

Protocole Les semaines de jeûne se conforment au protocole du Dr Buchinger (fondateur des cliniques du même nom), qui préconise avant le jeûne quatre jours de «désalimentation» progressive, puis autant avant de réintroduire tous les aliments, afin de permettre au corps de retrouver en douceur ses fonctions.

Santé Seules les personnes en bonne santé physique et psychique peuvent jeûner, et certaines pathologies sont contre-indiquées (troubles de la thyroïde, anorexie, décollement de rétine, dépression).

Une pratique en hausse

Historiquement, le jeûne est plus une tempérance qu’une privation totale de nourriture. «Lorsque le jeûne chrétien est institué en Orient, à la fin du IVe siècle, il s’agit de se contenter de pain sec et d’eau», détaille Olivier Bauer, théologien, spécialiste de la nourriture et professeur à l’UNIL. Au Moyen Age, poursuit-il, les Eglises catholique et orthodoxe ont défini le jeûne comme «l’absence de produits d’origine animale et sucrés». Il y avait plusieurs périodes de jeûne (carême, mais aussi Pentecôte, Noël) et l’année comptait 150 «jours maigres». Avec la Réforme, la pratique n’est pas systématisée: Luther appelait à s’en remettre «au bon vouloir de chacun». Selon Olivier Bauer, c’est moins du jeûne que Luther se méfiait que de son côté obligatoire et systématique.

Aujourd’hui, «la pratique du jeûne est en hausse. Elle demeure cependant minoritaire», estime le professeur, qui souligne que la démarche est mixte: dans notre société d’hyperabondance et de troubles écologiques profonds, jeûner est une manière d’incarner un contre-exemple. Au consumérisme, le jeûneur oppose l’ascétisme et la capacité à revenir à l’essentiel. Il rejoint en cela la conviction que la frugalité est une piste pour améliorer la santé de l’être humain, mais aussi celle de la Terre.

Pour les Eglises, le jeûne du carême vise avant tout à favoriser le lien à Dieu. Parmi les personnes qui, en Suisse, rejoignent les Semaines de jeûne, la démarche relève tout autant de la spiritualité que du wellness. De fait, si 50% des jeûneurs sont des pratiquants, les autres ne sont pas nécessairement chrétiens. Cette année, 1200 personnes ont rejoint le mouvement, dont la moitié en Suisse romande. La plupart des jeûneurs ont entre 40 et 60 ans, mais, cette année, un groupe d’étudiants de l’Université de Berne a jeûné pour la première fois. «Leurs retours sur l’expérience ont été enthousiastes», rapporte Dorothea Loosli-Amstutz, coordinatrice pour la Suisse alémanique de la campagne «Jeûner ensemble
au quotidien».

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