Pour Gilles Meystre, seul le plaisir de la table ne se discute pas

PortraitL’hypermédiatique libéral-radical, président de GastroVaud, s’éloigne de la politique pour mieux y revenir.

Gilles Meystre, très médiatique président de Gastrovaud.

Gilles Meystre, très médiatique président de Gastrovaud. Image: Vanessa Cardoso

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«Mais alors on mange une assiette, hein!» Pour réaliser un portrait de Gilles Meystre, il faut se mettre à table. «Monsieur GastroVaud» organise l’affaire du début à la fin, prend les devants. La photo se fera au siège de son organisation «pour voir l’effervescence des cuisines, tous ces jeunes en formation, je trouve bien». Sa foi en la jeunesse s’affiche aussi bien dans ses activités professionnelles que politiques. L’élu PLR au Conseil communal de Lausanne a lâché son fauteuil cet été après 16 ans, histoire de «faire place aux jeunes». Il avoue en plaisantant qu’il espère que ses collègues députés au Grand Conseil feront de même pour lui, et d’autres. Car à cet échelon, il a raté son entrée pour 48 voix. Il prend son mal en patience, convaincu qu’il finira par y arriver. Et surtout résolu à ne pas s’écarter de la politique trop longtemps.

J’aimerais avoir une maison d’hôtes, un truc beau et simple. Avec mes enfants, mes petits-enfants, et un bon potager

Le repas prend place dans le cadre spectaculaire de l’Auberge de la Gare de Grandvaux. S’il est très ému en parlant de ses étés à la plage d’Yvonand auprès de sa grand-mère adorée, il est depuis longtemps accro aux bords du Léman. N’essayez toutefois pas de lui faire dire que seuls les vins de Lavaux valent la peine d’être bus. Le président de la faîtière des cafetiers, restaurateurs et hôteliers ne ferait pas l’erreur de «comm’» d’avouer une préférence.

Il n’hésite en revanche pas à déplorer l’esprit de clocher qui strie parfois la branche. Peut-être parce qu’il est le premier président de l’histoire à ne pas émaner de l’un des secteurs qu’il défend. Mais surtout parce qu’il est allergique à la rigidité des clivages. Cheville ouvrière du rapprochement vaudois des radicaux et des libéraux, il s’est distingué, comme élu, par son dialogue facile avec ses adversaires politiques. Qu’on ne s’y trompe pas: il a le goût du débat, de la lutte pour ses idées. Son grand combat contre la taxe sur le divertissement lui a appris à encaisser les coups. Et une défaite, seule vraie déconvenue qu’il voit à son compteur. Il est en revanche de ces élus qui partageront un verre avec leurs adversaires. Pour preuve, sa lettre de démission comportait des clins d’œil adressés à des membres de tous les bords politiques.

Il ratisse tout aussi large hors du sérail politique. Son grand sourire et ses yeux verts sont connus aux quatre coins du canton et à son entrée à l’Auberge, il est accueilli comme il se doit, serre des mains, plaisante avec les patrons. Un vigneron voisin s’arrête pour lui parler de ses difficultés. Fin communicateur, l’homme met à l’aise. Ses études en journalisme, la gestion de la communication de Beaulieu, ses coups médiatiques pour GastroVaud, sa présence quasi frénétique sur les réseaux sociaux en sont des marqueurs.

Une bonne humeur «jamais feinte»

Son ami, le photographe Jean-Bernard Sieber, affectionne sa simplicité d’accès et sa bonne humeur «jamais feinte. Il aime rire de tout, y compris de lui.» Ses interventions publiques en sont empreintes. Soignées, elles comportent toujours des jeux de mots, des rimes, des piques, de la dérision, de l’ironie. Il regrette de ne pas pouvoir lire assez: «Je m’endors tout de suite. D’ailleurs je peux m’endormir n’importe où.» Mais l’écriture est la seule chose qui lui manque vraiment, «maintenant que je n’ai plus que GastroVaud».

Plus que ça? Dans sa vie publique et professionnelle, oui. Même s’il donne l’impression d’être partout. «Ça ne me fait pas de mal de lever le pied de la politique, j’ai bien assez de travail. Le week-end, quand je peux, je reste chez moi et je ne fais rien à part cuisiner.» Souvent en compagnie de ses deux filles. La séparation d’avec leur mère, il y a près de deux ans, a été «plutôt» pénible. D’autant que le couple s’était largement exposé en faisant de la politique côte à côte. «Ça va mieux maintenant.» Il ne concède aucun regret. Et n’affiche pas de propension à la mélancolie, celle-ci étant certainement tenue à distance par l’épicurisme qui l’habite. Il y a la nourriture et le vin, bien sûr. Mais aussi son paquet de Camel Bleu, collé à sa main autant que son portable. «Jamais de sport, ça m’ennuie.»

Quelques heures suffisent à nous convaincre qu’il doit peu goûter la monotonie. «En ce moment je suis à 200% dans l’action.» Loin d’être lassé de GastroVaud, dont il a pris la tête il y a deux ans, le quadragénaire ne s’éternisera pas pour autant. Ce qu’il considère être sa deuxième vie fera place, «probablement dans une dizaine d’années», à une troisième étape qu’il rêve en indépendant. «J’aimerais avoir une maison d’hôtes, un truc beau et simple. Avec mes enfants, mes petits-enfants, un bon potager.»

Par moments désarmant de simplicité, Gilles Meystre semble osciller entre une aspiration au calme et une addiction au mordant des débats politiques. Il dit aimer la contemplation. «Mon précédent appartement n’avait pas de vue, pas de jardin. J’ai constaté que ça n’allait pas. J’ai besoin de voir le lac et de pouvoir en même temps planter mes racines. Maintenant, je suis dans une vieille maison de 1910 pleine de défauts, mais elle a une vue et un jardin.» Ce dernier élément fait revenir, comme souvent, le souvenir de sa grand-mère. «Elle ne me manque pas, elle est toujours avec moi. C’est mon modèle. Elle m’a appris les grands moments de bonheur: à donner, à recevoir. Pas besoin d’aller très loin pour tout ça.» On peine cependant à le voir sortir de la scène publique dans un avenir proche. Mais voilà près de vingt ans qu’il y baigne. Joie ou inconvénient d’une carrière précoce… Il ne sait s’il se sent jeune ou vieux. (24 heures)

Créé: 01.12.2017, 09h02

Carte d'identité

1975

Naissance à Yverdon. Il passera les vingt premières années de sa vie entre le Nord vaudois et le Gros-de-Vaud.

1992

La Suisse refuse l’entrée dans l’Espace économique européen. La campagne le décide à faire de la politique. «J’avais écrit une lettre anonyme au doyen de mon gymnase parce que seuls les 3e année pouvaient assister à une table ronde sur le sujet. Je trouvais ça injuste.»

2000

Il mène la campagne qui conduit à l’élection d’Olivier Français à la Municipalité.

Septembre 2010

naissance de Roxane,

Août 2012

naissance de Nicky.

2015

Élection à la présidence de GastroVaud. Sans venir de l’une des professions qu’il défend, puisqu’il est licencié en lettres (histoire, journalisme et langues slaves) et titulaire d’un postgrade IDHEAP.

2017

Premier vient-ensuite pour le Grand Conseil vaudois.

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