Simonetta Sommaruga flashe sur un drapeau pas comme les autres

MigrationsConstitué de tissus du monde entier, le drapeau offert par Fernand Melgar orne le bureau de la conseillère fédérale

Fernand Melgar, son fils Ruben, l’artiste lausannoise Christine Matthey-­Isperian et Simonetta Sommaruga

Fernand Melgar, son fils Ruben, l’artiste lausannoise Christine Matthey-­Isperian et Simonetta Sommaruga Image: JEAN-PAUL GUINNARD

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Une grande croix suisse a fait son entrée dans le bureau de Simonetta Sommaruga. La ministre l’a fait accrocher au mur derrière elle. Ce patchwork d’étoffes différentes est l’œuvre d’une Lausannoise, Christine Matthey-­Isperian. Celle-ci a été invitée jeudi au Palais fédéral pour une cérémonie d’inauguration de l’œuvre, en présence des collaborateurs directs de la ministre. Et du réalisateur vaudois Fernand Melgar. Pourquoi Fernand Melgar était-il du voyage? C’est le cinéaste qui a acquis ce drapeau helvétique il y a quatre ans. «Cette toile m’a immédiatement frappé, je n’ai même pas réfléchi avant de l’acheter», assure-t-il. L’artiste avait utilisé des étoffes du monde entier, de l’Afrique à l’Inde, pour l’assembler. Des tissus essentiellement dénichés dans des commerces lausannois. Pour le réalisateur, «cette œuvre évoque parfaitement notre pays qui s’est construit par des vagues successives de migrations. Ce symbole dit beaucoup de la Suisse.»

Fernand Melgar a peu gardé le drapeau chez lui, le prêtant à de nombreuses reprises. «J’estime que les œuvres sont faites pour être vues, pas comme les toiles de Hodler que Christoph Blocher garde dans son coffre-fort.» Il décide cette année de l’offrir à la Confédération. Un geste hautement symbolique pour le réalisateur de «Forteresse» (2009) ou de «Vol spécial» (2011) qui a dénoncé à de nombreuses reprises la politique de renvois des migrants.

Réponse en deux jours

Il s’adresse alors à Simonetta Sommaruga, ministre socialiste en charge du Département fédéral de justice et police (DFJP) qu’il connaît pour l’avoir déjà rencontrée. La ministre lui fait répondre dans les deux jours que le cadeau est accepté… et qu’elle souhaite le faire mettre dans son bureau personnel. Une occasion de faire la paix? Fernand Melgar avait déclaré en 2011 qu’il «n’avait pas confiance» en Simonetta Sommaruga pour la gestion de l’asile. «Je n’ai jamais été en conflit avec elle, nuance-t-il aujourd’hui. Cette déclaration se voulait provocatrice. Elle fait au mieux avec ce qu’on lui demande de faire. Disons que c’est une piqûre de rappel… Les vols spéciaux ne sont pas plus acceptables qu’en 2011, au contraire: aujourd’hui on ne peut plus dire qu’on ne savait pas. les choses bougent lentement, bien que des familles continuent de se faire expulser manu militari.»

Conviction commune

Simonetta Sommaruga a précisé jeudi qu’elle trouve l’œuvre «extraordinaire car elle rassemble beaucoup de ce qu’on peut dire sur l’identité suisse. C’est un symbole fort de notre pays.» Elle ajoute: «En tant que conseillère fédérale, j’ai une approche très différente mais nous partageons une conviction avec les artistes: à savoir que les cultures différentes font partie de la richesse de notre pays.»

Malgré cette conviction commune, la ministre conduit la politique fédérale de l’asile qui mène à expulser des requérants, ce que dénoncent précisément Christine Matthey-­Isperian et Fernand Melgar. Comment le vit-elle? «C’est vrai que le dossier de l’asile est difficile, très polarisé, a-t-elle expliqué. Mais j’ai toujours veillé à mettre l’être humain au centre des préoccupations tout en ayant une politique crédible.» Et de rappeler que la nouvelle loi permet «d’accélérer les procédures afin que les gens ne doivent pas rester pendant des années dans l’inconnu. Et chaque requérant a droit à un avocat spécialisé qui peut l’informer et le soutenir dès le premier jour: c’est une protection juridique très importante. Il n’est jamais facile de devoir dire à quelqu’un qu’il doit quitter le pays et s’en aller. J’essaie de soutenir au mieux les collaborateurs afin qu’ils puissent faire leur travail le plus soigneusement possible.» Constat commun des deux artistes: «Nous ne pourrions pas être politiciens.»

Fernand Melgar avait amené son fils, Ruben (8 ans): «J’étais moi-même un fils de saisonnier, un enfant caché, a-t-il rappelé, très ému. Le fait d’être reçu aujourd’hui à Berne me montre à quel point ce pays est fantastique.»

Créé: 25.05.2018, 06h45

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Une bannière pour réalistes et idéalistes

D’un côté il y a Fernand Melgar et Christine Matthey-Isperian. Ceux qui ne transigent pas avec leur conscience, militants aux idéaux intacts, opposés aux renvois forcés de migrants. En 2009, le réalisateur était allé défendre Fahad, le requérant irakien protagoniste de «La forteresse», dans le bureau d’Eveline Widmer-Schlumpf, alors en charge de l’asile. Depuis il n’a jamais cessé de s’élever contre les expulsions forcées.

De l’autre côté, il y a Simonetta Sommaruga qui assume le fait d’être au pouvoir et d’appliquer ce qu’une majorité politique décide. Avec un réalisme qui peut rappeler un Pierre-Yves Maillard et sa politique des petits pas concrets dans le «compromis dynamique» vaudois. En 2010, la majorité de droite à Berne avait fourgué le Département fédéral de justice et police (DFJP) à la dernière arrivée au Conseil fédéral. Simonetta Sommaruga n’en voulait pas, mais elle a relevé le défi et a tenu le choc, entre les tirs croisés de la droite
et de la gauche militante.

Mais la différence entre réalistes et idéalistes se réduit à peu de chose. Les premiers agissent, les seconds aiguillonnent. Leurs valeurs sont cependant identiques. Et tant les artistes que la ministre sont les bêtes noires d’une droite nationaliste qui les déteste sans faire de jaloux. Le drapeau suisse «made in Lausanne», inauguré ce jeudi à Berne, est leur bannière commune. Cette œuvre, désormais inscrite dans le fonds officiel de la Confédération, rappellera que le débat sur les migrations a enflammé la politique suisse au tournant des années 2010. Il est loin d’être terminé.

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