«Passé simple» gagne son pari sur l’histoire locale
MédiasLa revue basée à Moudon fête ses 5 ans et le bonheur d’avoir trouvé son public. Interview avec ses têtes pensantes.
Cinq ans, 50 numéros et 3400 abonnements. C’est le bilan que fête «Passé simple», la revue d’histoire locale dont le premier numéro, en décembre 2014, accrochait à sa une: «Adélaïde, la plus romande des impératrices».
Son fondateur, Justin Favrod, qui partage les commandes avec son épouse, Christine Mercier, avait plaqué son métier de journaliste à
Alors que la presse papier est chahutée, la revue annonce qu’elle tourne à 97% sur ses abonnements. Ceux-ci n’ont cessé de progresser en cinq ans, au fil d’éditions consacrées à l’école ménagère, aux fêtes fédérales de gymnastique, à l'origine des malakoffs ou encore au genre dans la publicité horlogère.
Cette revue était un pari fou. Comment expliquez-vous que ça ait fonctionné?
Justin Favrod: C’était de l’inconscience totale. J’ai été journaliste durant des années, mais je me suis rendu compte que j’ignorais tout du coût et même du fonctionnement d’un journal. Aujourd’hui, la grande force de la revue est de ne pas dépendre de la publicité, mais c’était un modèle farfelu au départ et beaucoup de gens ne lui donnaient aucune chance.
Christine Mercier: Il y avait aussi ceux, surtout dans le domaine de l’édition d’histoire suisse, qui voyaient un créneau à combler! Je suis montée dans le bateau au bout de deux ans et j’ai senti que les calculs était justes. Mais il faut se battre pour faire connaître la revue. Sur 100 exemplaires que nous distribuons gratuitement, on compte une personne qui s’abonne.
Justement, qui sont vos abonnés?
CM: Avant le lancement, nous tablions sur 3000 abonnements souscrits par des professionnels de l’histoire. En fait, pas du tout. Nos lecteurs ont en général plus de 50 ans, mais ils proviennent de tous les milieux socioéconomiques. C’est une de nos petites fiertés.
Comme ancien journaliste à
JF: Nous recevions au début beaucoup de propositions liées au centenaire de tel ou tel événement, mais il se trouve que la presse s’en occupe déjà très bien. Ensuite, il y a des hasards qui font bien les choses, notre numéro sur les loups était prévu depuis un an quand c’est devenu un sujet chaud. Nous sommes surtout le reflet d’une recherche historique qui part dans toutes les directions en Suisse romande.
Quels sont les sujets d’histoire qui passionnent les Romands?
JF: On se fie aux réactions des lecteurs, et elles sont parfois inattendues. Il y a eu peu de commentaires sur notre numéro sur les loups, et beaucoup sur celui sur Jacques-Dalcroze, par exemple. Récemment, un article qui a cartonné parlait de l’école ménagère. Des gens nous ont écrit pour raconter que leur mère avait renoncé à une carrière artistique parce que ses parents l’avaient forcée à s’y inscrire. Ce sont des sujets qui résonnent. Dans nos choix, notre philosophie est d’être ouverts à tous, à tous les thèmes et tous les auteurs.
Il n’y donc a pas que des spécialistes dans vos pages?
CM: Il y a aussi des quidams qui n’ont aucune formation particulière, mais qui ont des choses à dire et des compétences en lien avec le passé de la Suisse. Ça apporte des angles de vue complètement différents.
JF: L’un d’eux nous a proposé un dossier sur les pierres à sabot qui a très bien marché. Ce sont des bornes qui étaient placées au bord des routes pour obliger les gens à mettre un sabot sous les roues des chars pour préserver la chaussée. C’est spécifique au canton de Vaud, et il en existe encore une trentaine. Il les a toutes répertoriées. Un travail énorme.
Les historiens locaux avaient besoin d’une telle vitrine?
JF: Nous avons surtout un soutien fort de nombreuses institutions qui ont un rôle de médiation avec les publics, comme les musées et les archives. Elles nous mettent systématiquement à disposition les illustrations que nous publions, sans quoi, nous ne survivrions pas!
CM: Dans le canton de Vaud, par exemple, on nous propose un tel nombre d’articles qu’un auteur qui arrive aujourd’hui devra attendre un an et demi avant d’être publié.
Créé: 31.12.2019, 12h41
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