Les soignants se mobilisent face aux inégalités salariales

SantéUne pétition forte de 7300 signatures demande une revalorisation des revenus dans le secteur sanitaire parapublic.

Image: Keystone

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Andreia Lazarim, 24 ans, et Florian Rose, 25 ans, sont tous deux infirmiers diplômés HES. Lui a un an d’expérience, elle deux. Et pourtant, à la fin du mois, elle reçoit environ 100 francs de moins que son compagnon. Ses indemnités de nuit et du dimanche sont également plus basses. La raison? Il travaille à l’Hôpital Riviera-Chablais (HRC), qui offre de meilleures conditions salariales, et elle, à l’Hôpital de Lavaux.

Un scandale pour l’un comme pour l’autre. «Déjà qu’on est mal payés, mais si en plus on n’est pas tous à égalité entre nous, ça ne va pas!» proteste Florian Rose, solidaire. «Pour tout ce qu’on fait, on mérite plus. On travaille pour l’humain, on a des responsabilités. Dans les politiques de santé, il faut toujours économiser. Mais tu ne peux pas économiser sur la vie!» renchérit Andreia Lazarim.

Et cette situation ne concerne pas que les infirmiers. Dans le secteur de la santé parapublique vaudoise, les autres professions des soins, de l’accompagnement, de l’hôtellerie et de l’intendance connaissent également des disparités salariales. Une pétition lancée il y a quelques mois par les syndicats de la branche demande l’augmentation des salaires du personnel du secteur. «Mêmes patient-e-s = Même travail = Même salaire!» tel est leur slogan. Déposée le mercredi 10 juillet auprès des faîtières patronales, elle a récolté 7300 signatures.

Pour mieux comprendre la situation, il faut connaître les spécificités des différents acteurs du système de santé vaudois. Il y a d’un côté le CHUV, considéré comme un service de l’État et dont les employés sont soumis à la loi sur le personnel (LPers). D’un autre, les cliniques privées, qui ont leur propre convention collective de travail (CCT). Et pour finir, les établissements privés à but public. Concernant ces derniers, on y retrouve un certain nombre d’employeurs différents: hôpitaux bien sûr, mais également EMS et CMS. Pendant longtemps, aucune convention n’existait au sein du secteur parapublic. Cependant, en 2008, une coopération s’est mise en place entre divers acteurs sanitaires donnant naissance à la convention collective de travail du secteur sanitaire parapublic vaudois (CCT san), à laquelle quasi tous les employeurs du secteur parapublic sont soumis. Font exception quelques établissements comme l’hôpital ophtalmique, par exemple.

Depuis, un certain nombre d’améliorations ont été introduites, comme un salaire minimum ou l’indemnisation du travail de nuit, du dimanche et des jours fériés. Mais aux yeux des pétitionnaires, ce n’est pas assez. Les inégalités persistent au sein de la profession. Selon une étude de l’Institut de hautes études en administration publique (IDHEAP), si l’on se concentre sur la fonction d’infirmiers diplômés, la différence s’élève à près de 8500 francs par an de moins pour un salarié d’un hôpital membre de la Fédération des hôpitaux vaudois par rapport au CHUV. En somme, un infirmier perd l’équivalent d’une fois et demie son salaire minimum mensuel selon l’établissement pour lequel il travaille.

Rendre le métier attractif

Martine Barraud, membre du comité de l’Association suisse des infirmières et infirmiers section Vaud (ASI-VD), relève que le nombre d’étudiants formés dans les soins n’atteint même pas la moitié des effectifs nécessaires. Faire converger les pratiques salariales dans le secteur sanitaire vaudois permettrait de rendre la profession plus attractive. Alberto Mocchi, secrétaire général de la section vaudoise de l’ASI, abonde: «Les employeurs se rendent compte que, dans la situation de pénurie de personnel que l’on vit actuellement, ils ont besoin d’être attrayants et les salaires font partie de la réflexion.»

Créé: 23.07.2019, 19h11

Une solution à trouver

Dans une décision rendue le 1er mai, le Conseil d’État avance que la nouvelle convention collective de l’Hôpital Riviera-Chablais (HRC) constituera la norme dans le secteur sanitaire parapublic à partir du 1er septembre 2019 dans les EMS, et d’ici au 1er janvier 2020 dans les hôpitaux et les soins à domicile. L’Exécutif vaudois explique que, pour les EMS, le coût sera couvert par la part du prix des soins assumé par l’État et les régimes sociaux.

Concernant les hôpitaux et les soins à domicile, le changement sera payé grâce aux marges dégagées par les établissements. Si besoin, l’État pourra octroyer un financement complémentaire. Augmenter le salaire du personnel du secteur de la santé parapublique vaudoise semble convaincre tout le monde sur le fond, mais pas sur la forme, explique Catherine Labouchère, présidente de la Fédération des hôpitaux vaudois: «C’est un chantier compliqué, ce n’est pas un simple calcul. Il y a un côté politique mais également un côté technique.»

Ces propos sont appuyés par l’Association vaudoise d’aide et de soins à domicile. Car ce changement aura un prix. Le coût maximal de l’harmonisation des salaires, estimé par l’Institut de hautes études en administration publique (IDHEAP), s’élève à 13 millions de francs. À cette facture s’ajoute l’application de certaines conditions de la CCT de l’HRC comme l’indemnisation des heures de nuit, de piquet, des dimanches et jours fériés. Pas convaincue par ce calcul, la Commission paritaire professionnelle, l’organe ayant pour but de veiller à la bonne application de la CCT du secteur sanitaire parapublic, va écrire au Conseil d’État pour lui demander plus de précisions ainsi que des moyens plus importants.

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