«Les soins à domicile sont devenus une usine à gaz»

SantéAlors que la faîtière promet des changements, d’anciens cadres de CMS dénoncent à leur tour des dysfonctionnements.

Image: Pascal Frautschi

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«De toute évidence, le bien-être au travail a diminué.» C’est le constat de l’Association vaudoise d’aide et de soins à domicile (Avasad), qui vient de livrer les résultats de son enquête sur les conditions de travail. Les employés des centres médico-sociaux (CMS) se disent stressés et insatisfaits de leurs salaires. La faîtière promet d’agir rapidement pour améliorer les choses.

Ces changements sont très attendus, si l’on en croit les témoignages qui continuent d’affluer à la rédaction de «24 heures». Après les soignants, c’est au tour d’un groupe de cadres de dénoncer une organisation «inadéquate, tant pour les professionnels que les patients», et la déshumanisation d’un métier qui semble désenchanté.

Tensions

Quatre ex-cadres de CMS dans l’Est vaudois évoquent «des dysfonctionnements majeurs». Ils souhaitent garder l’anonymat et disent être partis «écœurés» de l’association régionale Asante Sana, qui gère les CMS situés entre Aigle, Vevey et Château-d’Œx. Depuis le début de l’année, l’absentéisme chez les cadres frôle les 13%. «Dont 4% dus aux accidents et à la maternité», précise la direction.

«Les gens sont à bout de souffle», assurent nos interlocuteurs, qui pointent du doigt le management. «Flicage, cadences infernales, organisation absurde… Il n’y a pas de concertation, peu de temps d’échange et le dialogue est pratiquement impossible. Quand on rapporte des difficultés vécues sur le terrain, la direction nous répond que la clientèle est satisfaite. C’est une fin de non-recevoir. Il n’y a pas de remise en question.»

Les chiffres tendent à confirmer un malaise au sein du personnel. Le taux d’absentéisme dans les CMS de l’Est vaudois est le plus élevé parmi les associations de soins à domicile du canton (8,9% en 2017). Le turn-over atteint 15%. Des indicateurs «proches de la moyenne cantonale» dans le secteur, relève la directrice d’Asante Sana, Leila Nicod, qui fait savoir que le turn-over est en baisse depuis 2013 et que «la grande majorité des cas sont des départs tout à fait naturels».

Un autre chiffre interpelle: près de 40% des collaborateurs en poste fin 2013 n’étaient plus là trois ans plus tard. Leila Nicod indique que pendant cette période, «pour faire face aux besoins, notre organisation a grandi d’environ 100 personnes. Engager, former, intégrer et fidéliser tant de collaborateurs dans un contexte de croissance a été un immense travail, avec aussi parfois bien des difficultés. Notre souhait est évidemment d’augmenter la durée moyenne d’engagement, dans un contexte où la jeune génération désire diversifier sa trajectoire professionnelle plus rapidement que par le passé.» Elle ajoute que la santé des collaborateurs est «primordiale» et que «l’enjeu est d’assurer les conditions pour qu’ils restent, pas qu’ils partent! Ils sont la richesse de notre institution.»

«Déconnectés de la réalité»

Nos interlocuteurs en doutent et relèvent des incohérences. «Je voyais les infirmières s’épuiser pour satisfaire des exigences venues de la direction, déconnectées de la réalité, témoigne un ancien cadre. Les responsables de la planification n’ont jamais été sur le terrain; ils ne connaissent pas les clients. Même avec la meilleure volonté du monde, c’est compliqué.» Les planificatrices des tournées se succèdent à un rythme soutenu. «Nous constatons effectivement un turn-over légèrement plus élevé que la moyenne pour ces fonctions exigeantes, indique Leila Nicod. Les nouveaux outils de planification visent à permettre une amélioration de ce point de vue en facilitant la transmission des informations et leur traitement.»

Les anciens cadres s’étonnent que l’évaluation du client et le plan de soins ne soient pas assurés par les infirmières officiant sur le terrain. «On est en train de dupliquer les rôles et de créer une usine à gaz. À partir du moment où le client fait une demande jusqu’à ce que quelqu’un arrive chez lui, son dossier peut être traité par quatre personnes différentes. Quand l’infirmière arrive, ça ne correspond pas toujours et elle doit tout refaire.»

Plus largement, ils remettent en cause l’efficience des soins à domicile vaudois et le «corset de directives» imposées par l’Avasad, structure créée en 2010 et financée à 64% par les collectivités publiques (237 millions de francs l’an dernier). «On a détruit une machine qui marchait très bien. Avant, les gens discutaient, s’organisaient entre eux, se répartissaient les tâches. Cette souplesse, c’est fini. La standardisation est poussée à l’extrême. Il y a une volonté de tout cadrer avec pléthore d’outils informatiques contre-productifs. Quand on sort de la norme, c’est la catastrophe. On parle en formulaires, en chiffres, en logiciels – qui d’ailleurs ne fonctionnent pas bien.» (24 heures)

Créé: 03.12.2018, 12h28

La direction convient qu’il faut s’améliorer

Décidée à entendre les critiques et à améliorer la situation, l’Association vaudoise d’aide et de soins à domicile (Avasad) a divulgué la semaine dernière les résultats du sondage interne sur les conditions de travail. Près de 70% des sondés sont insatisfaits des mesures de bien-être offertes au travail et 63% se disent stressés, principalement en raison de la quantité de tâches à effectuer, de la charge administrative et du temps à disposition. Pour approfondir les réflexions et trouver des pistes d’amélio­ration, deux forums se sont déroulés, les 19 et 20 novembre, avec des représentants du personnel et des syndicats. Les collaborateurs ont formulé plus de 700 propositions, qui seront analysées et synthétisées d’ici à fin janvier, dit l’Avasad. Des priorités d’actions seront définies sur cette base. La directrice, Susana Garcia, insiste sur «la grande sensibilité de l’Avasad pour les aspects soulevés par les collaborateurs de terrain et sa ferme volonté de les traiter, pour tout ce qui relève de sa sphère actuelle de compétences, et en pleine conscience des enjeux élevés pour la population vaudoise dont nous avons la charge».

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