SolidaritéS, le poids plume qui crie fort

PolitiqueAffaire Broulis, soins dentaires, fiscalité: ces intellectuels de la gauche radicale sont en première ligne. Et ils agacent.

Hadrien Buclin, Jorge Lemos et Pierre Conscience sont parmi les militants de SolidaritéS les plus visibles dans les  Médias depuis les élections communales en 2016.

Hadrien Buclin, Jorge Lemos et Pierre Conscience sont parmi les militants de SolidaritéS les plus visibles dans les Médias depuis les élections communales en 2016. Image: Florian Cella

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Mardi dernier, ils ont réussi un joli coup: obliger le Conseil d’État et la Municipalité de Lausanne à chausser leurs petits souliers pour dire ce qu’ils savaient du dossier fiscal de Pascal Broulis. Eux, ce sont les jeunes de SolidaritéS, le parti de gauche radicale. On les entend d’ailleurs de plus en plus. Ils en sont au point d’éclipser le POP, avec qui ils font souvent figure de seuls opposants au gouvernement cantonal. Jusqu’à récemment, les figures du mouvement avaient les tempes grisonnantes. Leurs nouveaux snipers ont entre 25 et 35 ans, et sont pour la plupart universitaires ou diplômés d’une Haute École. Leur atout? Ils n’ont aucun élu dans un exécutif, contrairement au POP qui compte un municipal à Lausanne. Résultat: ils ont développé un côté rentre-dedans et critique qui agace, autant à droite qu’à gauche. Parfois même plus à gauche. Référendums contre la réforme RIE III, interdiction de la mendicité, initiative pour les soins dentaires, affaire Broulis: à chaque fois, un jeune de SolidaritéS est allé au front.

Sont-ils des politiciens? «Non, des militants.» Ils se construisent contre l’«esprit de corps» façonné par le compromis entre le PS et le Parti libéral-radical. «Cela a émoussé la gauche, or les conquêtes sociales ont toujours été arrachées au terme de rapports de force tendus», note le député Hadrien Buclin. Lui s’est forgé comme candidat à la Municipalité de Lausanne en 2016 pour dénoncer la RIE III.

Le conseiller communal lausannois Pierre Conscience abonde: «Vous ne nous entendrez jamais dire: «Nous, les politiciens». Dans les autres partis, on sent une vision du type «Nous sommes une caste particulière, politique», ou «Nous devons être exemplaires face à la population’.»» Lui aussi candidat à la Muni en 2016, Pierre Conscience est le secrétaire du parti. Il a coordonné la campagne sur les soins dentaires. «La dynamique de copains-copains hors des séances parlementaires me révulse», ajoute-t-il.

«On peut avoir un diplôme universitaire et, malgré tout, connaître la précarité»

À l’inverse du POP, SolidaritéS est souvent vu comme un parti d’intellectuels. Ils rétorquent que la démobilisation de la «classe salariale» est générale. «Il faut se méfier de la division entre diplômés privilégiés et ouvriers, ajoute Hadrien Buclin. On peut avoir un diplôme universitaire et, malgré tout, connaître la précarité.» Les échecs, nombreux, ne les inquiètent pas. «Les jeunes qui s’engagent n’ont pas d’attente électoraliste, contrairement à d’autres partis», répond Jorge Lemos, ancien secrétaire du parti, profilé sur la mendicité. «Les jeunes veulent agir collectivement et lutter sur le terrain. Nos manifestations les motivent.» Ils disent se faire violence en se mettant en avant en public. Ils débarquent d’ailleurs en groupe de huit pour rencontrer les médias.

Et l’important serait de donner des impulsions, à entendre Hadrien Buclin: «Notre rôle est de pousser la gauche.» Pierre Conscience illustre: en annonçant un référendum contre la RIE III fédérale, SolidaritéS a forcé la main du PS. En lançant des débats cantonaux sur le salaire minimum, cela a permis le débat fédéral.

Ils savent (et s’en moquent) qu’adversaires et alliés les traitent de «râleurs». Mais ces mêmes adversaires relèvent aussi des qualités. «Ils ont une très forte préparation doctrinale. Ils connaissent les grands auteurs de la gauche radicale et leurs références idéologiques», explique l’élu PDC Axel Marion. «Au Grand Conseil, leur rôle est celui de trublions, dynamiteurs du compromis dynamique. C’est différent à Lausanne. La gauche s’y est institutionnalisée en gouvernant et a laissé la place à l’extrême gauche. Celle-ci est devenue en quelque sorte sa conscience pour lui rappeler ses fondamentaux.»

Ce qui agace surtout, c’est leur opposition quasi systématique aux projets gouvernementaux. «Ils sont contre tout», pointe Philippe Jobin, chef du groupe UDC au Grand Conseil. «Ils monopolisent le débat et sont surtout à l’aise avec leurs sujets. À un moment donné, on ne sait plus ce qu’ils veulent.» (24 heures)

Créé: 12.03.2018, 16h59

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