Lausanne veut contraindre Uber à poser les plaques

TransportL’Association intercommunale des taxis considère désormais les conducteurs de la société californienne comme illégaux. Uber prépare néanmoins la riposte depuis Paris

Les taxis ont menacé de faire la grève générale si UberPop n'était pas interdit à Lausanne.

Les taxis ont menacé de faire la grève générale si UberPop n'était pas interdit à Lausanne. Image: Florian Cella

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Quatre mois. C’est le temps qu’il aura fallu à l’Association de communes de la région lausannoise pour la réglementation du service des taxis – c’est son nom – pour réagir à la colère des taxis traditionnels, après l’arrivée du service UberPop dans la capitale vaudoise.

Son président, Marc Vuilleumier, par ailleurs municipal de la Police du commerce à Lausanne, a annoncé mardi que son règlement s’appliquerait désormais aux employés de la société Uber. Résultat: ils devront répondre aux mêmes exigences que les chauffeurs lausannois pour prétendre offrir des courses, comme disposer d’un permis professionnel.

Dans un deuxième temps, c’est carrément l’application UberPop, qui permet de réserver les voitures depuis son téléphone portable, qui sera interdite. «Il en va aussi de la protection des usagers», affirme Marc Vuilleumier. Uber se réserve le droit de recourir contre cette décision.

C’est fort d’un avis de droit, rendu par Me Pierre-Yves Brandt, que l’autorité réglementant les taxis dans onze communes de l’agglomération lausannoise engage donc le bras de fer avec Uber. L’homme de loi a tout d’abord assuré que, contrairement à ce qui avait été annoncé, UberPop n’était pas un service de covoiturage puisque les courses effectuées l’étaient en fonction de la destination du passager.

Il est ensuite arrivé à la conclusion que les conducteurs d’UberPop, même si leurs tarifs sont bien inférieurs à ceux des taxis lausannois, exercent bel et bien une activité professionnelle. Par conséquent, leurs voitures privées sont apparentées à des taxis. Ils doivent donc remplir les mêmes exigences que les autres.

«Nous savons qui ils sont»

Un permis professionnel, l’obtention d’un carnet de conducteur, un véhicule agréé… telles sont quelques-unes des conditions que devront respecter les conducteurs pour rouler pour UberPop. Des conditions dont le coût devrait en dissuader plus d’un de poursuivre l’aventure.

La réglementation entrera en vigueur dans dix jours. Après quoi, les conducteurs UberPop seront dénoncés et amendés. «On s’attend bien entendu à ce que les amendes soient contestées», confie Marc Vuilleumier. Puis d’ici à l’été, l’Association des taxis portera ce qui pourrait être le coup de grâce: elle demandera l’interdiction de l’application UberPop, arguant du fait qu’elle s’apparente à une centrale proposant des courses, mais que sans son autorisation, elle ne peut pas le faire.

Comment la police fera-t-elle la traque aux conducteurs UberPop? «Nous savons qui ils sont. Et grâce à leur application, nous savons aussi où les trouver.»

Du côté des chauffeurs de taxi, on affiche une grande satisfaction. «Nous sommes soulagés! Il s’agissait de totale déloyauté de la part de ces nouveaux concurrents», réagit Cédric Delorme, chez Taxis Royal, membre de la société faîtière Taxisuisse.

"Se remettre en question"

Il est conscient que le cas Uber devra faire réfléchir sa profession. «Nous devons en profiter pour nous renouveler, pour faire de nouvelles propositions en matière de services à nos clients, pour nous remettre en question. Uber nous a montré que nous ne pourrons être protégés à vie.»

Cédric Delorme entend pourtant maintenir la pression au niveau cantonal. «Ce qui sera valable dans l’agglomération lausannoise ne le sera pas dans le reste du canton. Qu’est-ce qui pourra empêcher Uber de venir à Paléo en juillet, par exemple?»

Chez Uber enfin, on assure avoir mis les juristes au travail dès mardi. «Nous attendons une décision plus étayée pour réagir. Il est encore un peu tôt, mais nous prendrons toutes les mesures possibles dès que nous aurons compris d’où vient cette interdiction, et pourquoi elle tombe maintenant. Nous ne faisons jamais de procès à personne, mais nous savons nous montrer très très pugnaces quand nous sommes attaqués.

Il n’est pas exclu que nous utilisions toutes les voies de recours existantes», annonce Thomas Meister, chargé de communication de la société Uber dans toute l’Europe de l’Ouest.

(24 heures)

Créé: 09.06.2015, 10h12

Bientôt une nouvelle loi sur les taxis

A Genève, c’est un service différent de celui qui fonctionne à Lausanne que la société Uber propose: UberX, qui met en relation des particuliers avec des chauffeurs cette fois-ci professionnels, toujours via une application.

Présente au bout du lac depuis dix mois, Uber a reçu une lettre du Service du commerce du canton en mars dernier, lui ordonnant de stopper ses activités à Genève. Raison invoquée: la société violerait la loi cantonale sur les taxis.

Uber a annoncé qu’il ferait recours et a lancé une pétition auprès des Genevois pour être soutenu. Plus de trois mois plus tard, la grogne des taxis traditionnels n’a pas disparu pour autant. Cette semaine, le «Collectif des 637 taxis» a manifesté sa colère contre Uber et contre les autorités.

Il s’étonne que, malgré son interdiction, l’application UberX continue d’exister à Genève. Le collectif a également demandé à être représenté dans les discussions qui doivent aboutir à une nouvelle loi sur les taxis, dont le projet sera proposé aux députés à la rentrée. Cette loi, plus libérale, pourrait permettre à Uber d’exercer dans le canton.

UberPop malmenée aussi en France

L’implantation d’UberPop est également sujette à tensions en France. Le préfet du département du Nord vient de l’interdire car ce service représente une «concurrence déloyale vis-à-vis des taxis et véhicules de transport avec chauffeur».

Il explique sa décision en rappelant que les chauffeurs chargés du transport de personne doivent obligatoirement être enregistrés au Registre du commerce et de l’artisanat, déclarer leurs revenus fiscaux et sociaux et disposer d’un contrat d’assurance couvrant l’intégralité des risques inhérents à cette activité.

Pour le préfet, les conducteurs d’UberPop se trouvaient «en situation de travail dissimulé». L’arrêt de la préfecture est valable pour une durée de quatre mois. Là encore, la société américaine se réserve le droit de contester la décision du préfet.

UberPop avait déjà valu à Uber une condamnation à une amende de 100 000 euros à Paris fin 2014. La société a fait appel.

Lundi dernier, UberPop a fait son apparition mouvementée à Nantes, Strasbourg et Marseille provoquant une levée de boucliers des taxis traditionnels. Dès le lendemain, la préfecture des Bouches-du-Rhône a tenu à rappeler que les activités telles UberPop étaient bel et bien illégales.

UberPop est encore présente à Lyon, à Lille,
à Toulouse, à Bordeaux et à Nice.

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