«Dire que l’on souffre de troubles psy reste difficile»

Santé mentaleUn livre riche en témoignages retrace 30 ans de lutte pour plus de considération envers les patients psychiatriques.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Souffrir de troubles psychiques n’empêche pas de militer pour défendre ses droits. Pour les 30 ans du Groupe d’accueil et d’action psychiatrique (Graap), un livre retrace l’histoire de cette association vaudoise créée pour et avec des patients psychiatriques. Il rassemble des témoignages qui éclairent leur lutte pour être traités comme tous les autres citoyens. Rencontre avec Stéphanie Romanens-Pythoud, qui cosigne l’ouvrage.

– Comment est née cette association si particulière?
– L’initiative est venue de Madeleine Pont, alors assistante sociale auprès des personnes malades psychiques. Elle a senti qu’on ne pouvait pas se contenter d’un travail individuel auprès des patients, mais qu’il leur fallait aussi une dimension collective et qu’ils étaient les meilleurs experts de leurs problématiques. A la création de l’association, le premier besoin qu’ils ont exprimé était de pouvoir se réunir. A l’époque, les hospitalisations commençaient à se raccourcir et les patients se retrouvaient dans l’isolement à leur sortie d’hôpital. Le Graap a créé un cercle où ils étaient accueillis tels qu’ils étaient.

– Comment étaient traités les patients il y a trente ans?
– Ils étaient très peu entendus par les professionnels. L’usage des premiers neuroleptiques était assez récent, et la désillusion face à ces traitements commençait tout juste à s’installer. Pourtant, on accordait encore peu de crédit aux patients qui parlaient d’effets secondaires. Dans ce livre, plusieurs témoignages évoquent aussi les entraves qu’on utilisait à l’époque pour immobiliser les malades.

– Comment ont-ils combattu ces pratiques?
– Le Graap est l’héritier de mouvements beaucoup plus contestataires, et clairement antipsychiatriques, des années 1960-1970. Contrairement à eux, l’association a toujours travaillé avec les milieux médicaux, mais sans s’interdire d’aborder les sujets qui fâchent. Elle a contribué au débat sur les mesures de contention par exemple, grâce à la récolte et à la publication de témoignages de patients et en intégrant des groupes de travail. Lorsque la loi a strictement encadré cette pratique (ndlr: en 2013), celle-ci avait déjà quasi disparu grâce au simple fait d’en parler.

– Fallait-il une prise de conscience du milieu médical?
– Il faut se rappeler que dans les années 1950, le médecin était tout-puissant. Les mentalités ont mis du temps à changer et les associations de patients ont eu leur rôle à jouer. Mais le psychiatre a aussi été petit à petit entouré d’autres professionnels qui l’ont remis en question. Aujourd’hui, les soignants diront qu’il n’est pas possible de traiter une personne sans sa participation active, mais le manque d’écoute continue de revenir dans les témoignages des patients. Dans le livre, une femme explique bien que, même en plein délire, il faut continuer de lui parler et qu’une part d’elle-même reste toujours capable de comprendre et de se souvenir.

– Que dire du regard de la société? A-t-il aussi évolué?
– Il y a encore beaucoup à faire à ce niveau-là. Aujourd’hui encore, dire que l’on a des troubles psychiques reste très difficile. Les patients ressentent fortement le fait que la presse et le cinéma parlent surtout de maladie mentale lorsqu’il est question de fous furieux ou d’histoires torturées.

– A quels niveaux faut-il agir?
– La société valorise encore énormément le travail rémunéré comme seul moyen de s’intégrer, alors qu’il y a d’autres manières de contribuer à la société, comme le bénévolat. Je n’ai jamais entendu une personne atteinte de troubles psychiques me dire qu’elle ne veut pas travailler, mais dans de nombreux cas, les conditions du marché du travail de plus en plus exigeantes rendent illusoire la reprise d’une activité. La réinsertion professionnelle pèse encore trop souvent sur les seules épaules des personnes atteintes dans leur santé psychique. Les entreprises doivent aussi faire un pas plus important pour leur rendre accessibles des postes de travail.

Créé: 18.08.2017, 16h12

Stéphanie Romanens-Pythoud, coauteure de l'ouvrage sur l’histoire du Graap intitulé Folie à temps partiel. D’objet de soins à citoyen (Editions Médecine & Hygiène) (Image: NICOLAS CAVIEDES)

Articles en relation

Entendre des voix n’est pas aussi fou que l’on croit

Santé Les 14e Journées de la schizophrénie sont consacrées aux hallucinations auditives. Pourtant, 13% de la population entendrait des paroles résonner dans sa tête à un moment de sa vie. Plus...

La voix des malades psychiques fête ses 30 ans

Lausanne Militant assagi, le Groupe romand d’accueil et d’action psychiatrique défend les droits des patients et agit pour les ramener vers la société. Plus...

Schizophrène à 20 ans: «Je pensais que c’était Dieu qui me parlait»

Maladies psychiatriques Pablo Xavier raconte son combat contre la schizophrénie, une psychose qui frappe un jeune sur cent Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.