Le soutien d’une championne pour lutter contre l’homophobie

CombatAnita Protti veut faire en sorte que le coureur camerounais Thierry Essamba participe à des épreuves internationales.

Anita Protti loue le courage de Thierry Essamba. Image: Chantal Dervey

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«Thierry Essamba doit être libéré des contraintes et de la pression psychologique pour se concentrer sur son travail d’athlète.» C’est ce qu’a déclaré Anita Protti lors d’une rencontre avec le sportif camerounais, dimanche à Vidy. La détentrice du record de Suisse du 400 mètres haies s’est dite «émue» par les difficultés que rencontre Thierry Essamba en raison de son exclusion par la Fédération camerounaise d'athlétisme pour suspicion d'homosexualité. Celui-ci a pu participer au meeting d’AtletiCAGenève, samedi. L’ancienne championne s’engagera pour qu’il puisse s’inscrire à d’autres compétitions.

Depuis cinq ans, Thierry Essamba ne bénéficie plus du statut d’athlète professionnel, car l’homosexualité est passible de poursuites judiciaires au Cameroun. Le gouvernement, qui a demandé des comptes à la Fédération, n'a pas abouti à la réintégration de l'athlète. Lâché par sa famille, par ses amis et par sa fédération, il est désormais obligé de s’entraîner seul, loin des projecteurs, et ne peut plus participer à des compétitions internationales.

L’association Avocats sans frontières et sa présidente, la Genevoise Saskia Ditisheim, s’engagent depuis 2014 aux côtés de Thierry Essamba afin de lutter contre les répressions dont fait l’objet la communauté homosexuelle au Cameroun. Mais, malgré toute sa bonne volonté, Me Ditisheim doit reconnaître ses «limites d’action» dans un monde qui n’est pas le sien. Elle n’a d’ailleurs rien pu faire face au refus de la France, l’été dernier, d’octroyer un visa à l’athlète, pourtant ambassadeur des Gay Games à Paris.

«Le temps est compté», affirme l’avocate genevoise. Thierry Essamba (38 ans) a besoin de participer à des compétitions de haut niveau pour rester performant. Actuellement, il ne peut participer qu’à des championnats interclubs. Anita Protti souligne la nécessité pour l’athlète d’avoir «un bloc de compétitions consécutives afin qu’il puisse se remettre vraiment dans le mouvement». Pour l’instant «Thierry Essamba subit, il n’est pas maître de la situation. Mais je suis sûre que ça peut changer», estime Anita Protti.

«Ma carrière n’est pas finie»

Un soutien qui redonne de l’espoir à l’intéressé. «Le fait d’avoir pu courir samedi à Genève lors d’une vraie compétition internationale, cela me pousse à poursuivre ma lutte, à voyager pour pratiquer mon sport à haut niveau, dit-il. Je n’ai plus vraiment d’attaches ni de soutiens au Cameroun.»

Il aimerait être le porteur d’un message d’espoir pour les jeunes africains. «Si je reste sur les pistes de course aujourd’hui, c’est pour que de telles discriminations ne se perpétuent pas avec les générations futures. Il faut bien qu’il y ait des martyrs… J’en suis un, mais je veux que ma cause serve, et qu’elle me serve aussi: ma carrière n’est pas finie et je veux avoir la chance de repartir à l’étranger pour prouver au Cameroun et au monde entier que tu peux être ce que tu es et être un très grand sportif.»

Créé: 16.06.2019, 20h02

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