Pour un soutien clair du Canton à Lavaux Unesco

PatrimoineDès 2016, l’association qui gère le site inscrit de Lavaux ne bénéficiera plus du soutien financier de l’Etat, qui refuse aussi de siéger au sein de son comité.

Inscrit depuis 2007 au Patrimoine mondial de l'Unesco, le site de Lavaux est un des seuls en Suisse qui ne bénéficiera pas d'aide cantonale dès 2016.

Inscrit depuis 2007 au Patrimoine mondial de l'Unesco, le site de Lavaux est un des seuls en Suisse qui ne bénéficiera pas d'aide cantonale dès 2016. Image: Chantal Dervey

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Irresponsable! C’est ainsi que l’interpellation déposée hier au Grand Conseil par Marc-Olivier Buffat (PLR) considère le Conseil d’Etat dans son engagement en faveur de Lavaux, seul site vaudois inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco.

En cause, le refus du Conseil d’Etat de faire siéger un délégué cantonal au sein du comité de l’Association Lavaux Patrimoine mondial (LPm), responsable de la gestion du site, mais aussi l’absence d’un financement cantonal pérenne. En effet, dès janvier 2016, le soutien LADE (loi sur l’appui au développement économique) sera caduc, réduisant de 30% le budget de LPm (500 000 fr.).

«Si le soutien financier s’arrête, cela réduira à tel point notre activité que cela pourrait mettre en péril la conservation du site, prévient Jean-Jacques Gauer, président de LPm. Nous n’avons pas encore finalisé le budget 2016, tant on ne sait pas où on va!» Pourtant, une demande de soutien pérenne est pendante depuis l’inscription du site en 2007.

Une subvention LADE a été octroyée pour trois ans en 2009 pour l’engagement d’un gestionnaire de site, puis prolongée de deux ans. Aujourd’hui, l’association demande au Canton de participer au budget à hauteur de la participation des communes du périmètre (soit 210 000 fr. par an).

«Politique de la chaise vide»

Outre le soutien financier, c’est le manque d’implication de l’Etat que déplore le dépositaire de l’interpellation. «Avec sa politique de la chaise vide, le Conseil d’Etat est en train de laisser complètement tomber Lavaux Patrimoine mondial», s’enflamme le député Marc-Olivier Buffat.

Il fait référence aux statuts de l’association, qui prévoient que son comité de direction soit composé de quinze membres, dont «un délégué de l’Etat de Vaud». Or depuis sa création, en 2013, le siège cantonal de l’association est désespérément vacant.

«A l’Unesco, ils ne comprendront pas pourquoi l’acteur principal sur lequel repose la protection de Lavaux refuse de travailler avec nous»

Maurice Neyroud, président de la Commission intercommunale de Lavaux (CIL), responsable de la gestion du site avant 2013, admet que «le Canton n’a pas été consulté lors de la rédaction de ces statuts».

Mais l’Office fédéral de la culture (OFC), responsable auprès de l’Unesco de tous les sites suisses inscrits, a exigé en 2008 déjà que l’Etat s’implique. Il a confirmé, lors de la création de LPm, qu’«une telle association doit impérativement être portée par le Canton».

Dans une lettre écrite à la CIL en 2013, l’OFC considère l’Etat de Vaud comme «premier responsable» de la conservation de la valeur exceptionnelle universelle du site. «Dès lors, le service cantonal compétent (SIPAL) (ndlr: Service immeubles, patrimoine et logistique) doit être partie prenante de la nouvelle association et être représenté dans son comité.»

Signataire de la lettre, le chef de la section Patrimoine culturel à l’OFC, Olivier Martin, prévient: le Canton étant formellement le premier partenaire de l’OFC, l’association ne sera pas reconnue comme interlocuteur valable sans sa participation «active».

Un audit de l’Unesco est prévu à Lavaux en 2018, qui devra définir si la pérennité des valeurs patrimoniales du site est garantie. Or les éléments-clés de la conservation du site – la loi LLavaux, la Constitution et l’inventaire des monuments et sites – sont cantonaux.

«A Paris (ndlr: siège de l’Unesco), ils ne comprendront pas pourquoi l’acteur principal sur lequel repose la protection de Lavaux refuse de travailler avec nous», prévient Emmanuel Estoppey, gestionnaire du site vaudois. Ce qui pourrait, au pire, mener à l’inscription de Lavaux sur la liste des sites en péril, voire à sa désinscription, préviennent les intéressés.

Mais ce qui étonne le plus ceux qui œuvrent à la valorisation de Lavaux, c’est le fait que le Canton n’a pas compris la responsabilité qu’il a envers la communauté internationale, et encore moins le bénéfice qu’il peut retirer de la notoriété grandissante et rayonnante du site vaudois, alors que les autres cantons suisses dans son cas s’impliquent dans la gestion de «leur» site.

«Lavaux est un site de référence dans le monde entier, je le constate à chaque fois que je me déplace à l’étranger et que l’on me parle du «plus beau site du monde» ou de «vignoble exemplaire», témoigne Emmanuel Estoppey. Cette notoriété rejaillit forcément sur celle du canton.»

Créé: 18.11.2015, 06h55

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Problème de gouvernance

L’aspect transversal de la gestion d’un site comme Lavaux explique en partie le manque d’implication du Canton, selon Marc-Olivier Buffat. «Il y a au moins quatre départements concernés et chacun se refile la patate chaude! Il y a clairement un problème de gouvernance, pour lequel la présidence doit trancher.» C’est d’ailleurs le président Pierre-Yves Maillard qui a répondu à la dernière sollicitation de LPm (juin 2015), dont l’objet est repris dans l’interpellation d’hier. Selon lui, le rôle de l’Etat est d’«assumer un rôle d’appui», «non d’intervenir dans le processus décisionnel». Son engagement financier, il le prouve via le soutien à la viticulture intégré à la révision de la LLavaux, notamment pour la réfection des murs de vigne. Le paysage et la viticulture ne sont qu’un des trois axes de gestion du site de Lavaux, répond LPm. Les autres sont la culture, l’éducation et le tourisme, ainsi que la communication.

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