Soutien risqué de l’État aux entreprises

Recherche & DéveloppementLa Cour des comptes a analysé deux projets de l’EPFL et de la HEIG. Le Canton a pris trop de risques en voulant booster l’économie

Roland Prélaz-Droux, Directeur général adjoint de la HEIG et Éliane Rey, Présidente de la Cour des comptes.

Roland Prélaz-Droux, Directeur général adjoint de la HEIG et Éliane Rey, Présidente de la Cour des comptes.

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Vouloir soutenir les entreprises vaudoises, c’est tout à fait légitime de la part du Conseil d’État. Mais attention à ne pas brider les chercheurs en les poussant vers des partenaires locaux qui, parfois, manqueraient d’expérience.

C’est l’un des messages qui ressortent du rapport publié mercredi par la Cour des comptes. Celle-ci a audité deux projets menés par des chercheurs vaudois et subventionnés par l’État de Vaud, l’un de l’EPFL et l’autre de la Haute École d’ingénierie et de gestion (HEIG) à Yverdon. Tous deux s’intègrent dans le programme cantonal «100 millions pour les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique», porté par la conseillère d’État libérale-radicale Jacqueline de Quattro.

Le premier projet, celui de la HEIG, c’est Torplant, subventionné à hauteur de 2,1 millions. L’objectif était de développer une machine pour torréfier de la biomasse issue du bois et fabriquer des pellets. La machine n’a finalement pas fonctionné comme prévu et le projet a pris du retard. Elle a été réalisée en collaboration avec GRT à Orbe et Ökozentrum, à Langenbruck, dans le canton de Bâle-Campagne. «Des partenaires qui n’avaient pas beaucoup d’expérience dans ce domaine», rapporte Éliane Rey, présidente de la Cour des comptes.

Les critiques de la Cour, vis-à-vis du projet Torplant, ne s’adressent pas directement aux chercheurs. Même si ceux-ci ont fait preuve d’un «excès d’optimisme», selon Éliane Rey. C’est au contraire le Conseil d’État qu’elle pointe du doigt, ainsi que les critères qu’il a mis en place pour décider des subventions.

En demandant aux ingénieurs de chercher à collaborer avec des entreprises vaudoises, le Conseil d’État a limité le nombre de partenaires potentiels. «Pour de tels projets à haute technicité, la volonté de soutenir l’économie vaudoise peut porter atteinte à l’objectif de développer des énergies renouvelables, note la magistrate. Il faut fixer des objectifs conciliables entre eux, voire les hiérarchiser.»

Projet pas assez avancé

L’un des autres critères n’a pas non plus été respecté par le Conseil d’État: celui de l’état d’avancement des recherches. L’idée était de donner un sérieux coup de pouce à des projets mûrement réfléchis, c’est-à-dire en phase de développement avancé ou de production de prototypes. «Or le projet de la HEIG était trop éloigné de la commercialisation pour répondre à ces critères», commente Éliane Rey. Et d’ajouter: «Il est même arrivé qu’un ingénieur dorme à côté de la machine de peur qu’elle n’explose. Les difficultés techniques ont été sous-estimées.»

Les chercheurs et le Conseil d’État savaient alors que la pénétration sur le marché serait difficile et que l’installation prévue risquait d’être trop petite pour devenir rentable. Sans compter que les combustibles (déchets verts, branchages, rebuts d’exploitation forestière et de menuiserie) n’avaient pas encore fait leurs preuves sur le marché.

Trois audits sur l’énergie

Quant au second projet, celui de l’EPFL, c’est une réussite, selon la Cour des comptes. Il s’agissait de l’amélioration d’une immense batterie (une technologie déjà existante) pour stocker l’énergie solaire et éolienne, capable d’alimenter 50 ménages. L’opération a été un succès, réalisée en collaboration avec Leclanché et Romande Énergie. «Des partenaires de grande expérience», souligne Éliane Rey.

Le rapport publié mercredi est en fait le deuxième audit que la Cour des comptes consacre au programme «100 millions pour les énergies renouvelables». Le premier, publié en mai, avait montré que les subsides cantonaux versés pour l’assainissement des bâtiments et le remplacement des chauffages électriques étaient efficaces. Éliane Rey promet un troisième rapport dans les mois qui viennent, mais sur encore un autre point du programme «100 millions», sans préciser lequel.

Créé: 29.11.2017, 21h36

Le Conseil d’État prend ses distances

Réagissant à l’audit, le Conseil d’État souligne dans un communiqué que la Cour des comptes met en lumière «les retombées de ces projets de recherche sur l’environnement économique vaudois». Par contre, il se «distancie» de son appréciation sur Torplant. «Il s’agit de domaines dans lesquels la garantie de résultat ne peut être assurée.» Torplant n’est donc pas un échec, mais «une étape intermédiaire». Directeur général adjoint de la HEIG, Roland Prélaz-Droux abonde: «La Cour des comptes reconnaît l’intérêt scientifique de notre projet.» Selon lui, ses chercheurs ont beaucoup appris de ce projet, pour préparer un nouveau prototype aux chances de commercialisation plus élevées. Quant au degré d’expérience des partenaires du projet, il s’interroge: «Je ne connais pas les critères de la Cour pour évaluer l’expérience d’une entreprise.»

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