Le statut du personnel de Plateforme 10 fait débat

VaudLe Conseil d’État veut faciliter les licenciements à Plateforme 10. Mais les députés s’y opposent.

Le nouveau musée sera chapeauté par une fondation dont les modalités seront discutées mardi au Grand Conseil.

Le nouveau musée sera chapeauté par une fondation dont les modalités seront discutées mardi au Grand Conseil. Image: PATRICK MARTIN

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C’est l’histoire d’une commission parlementaire à majorité de droite qui défend le statut des employés contre un Conseil d’État à majorité de gauche. Lors de sa séance de mardi, le plénum du Grand Conseil devrait se saisir de l’exposé des motifs et projet de loi sur la fondation de droit public Plateforme 10. Ce texte concocté par l’Exécutif cantonal vise à créer une entité pour chapeauter les trois musées (Musée cantonal des beaux-arts, Musée de l’Élysée et Musée de design et d’arts appliqués contemporain) qui seront, à terme, regroupés sur le site qui jouxte la gare de Lausanne.

Cette nouvelle fondation reprendra les employés des trois institutions. «La loi sur le personnel de l’État de Vaud (LPers) s’appliquera à l’ensemble du personnel de la fondation, à l’exception des dispositions relatives à la suppression de poste», peut-on lire dans l’exposé des motifs du Conseil d’État. Il convient de préciser que cette exception ne concerne pas les anciens collaborateurs afin de préserver leur droit acquis.

«Flexibilité»

L’article 27 du projet gouvernemental stipule qu’il «convient de permettre à la fondation d’être soustraite aux exigences de la procédure d’avertissement préalable et d’appliquer les délais ordinaires de résiliation prévue dans la LPers si elle devait être amenée à devoir réduire son effectif».

L’Exécutif veut ainsi donner de la «flexibilité» à la nouvelle fondation pour gérer son personnel en fonction des enveloppes financières qui seront mises à sa disposition. «Le Conseil d’État a l’ambition de faire un pôle culturel qui rayonne sur la scène internationale et en coulisses il rogne sur les conditions du personnel», constate David Gygax. Le secrétaire syndical au SSP rappelle que le gouvernement avait déjà tenté de déroger à la LPers lors de la création de la précédente fondation pour le MCBA.

Une nouvelle fois, le Conseil d’État se fait retoquer avec ses desseins pour le personnel des musées. La commission du Grand Conseil chargée de traiter le projet de loi sur la fondation Plateforme 10 a biffé les dispositions visant à assouplir les conditions de licenciement. Aussi bien dans le rapport de majorité que dans celui de minorité. Les commissaires estiment que l’usage de contrats de durée déterminée est tout à fait suffisant et permet une certaine flexibilité, notamment lors d’expositions temporaires.

«C’est un comble qu’un Conseil d’État à majorité de gauche propose une flexibilité accrue pour des licenciements», lâche Hadrien Buclin. Sa position n’est pas surprenante pour un député de la gauche radicale. C’est à droite que la question divise. Pour la PLR Florence Bettschart-Narbel: «Les dispositions sur le personnel reposent sur un consensus entre les institutions concernées. Il nous a été expliqué qu’un musée ne correspond pas à une administration classique, avec un certain nombre de postes parfois liés à une exposition en particulier, d’où un besoin de flexibilité.»

À l’inverse, sa collègue Vert’libérale Graziella Schaller ne comprend pas pourquoi les musées devraient souffrir d’un régime d’exception: «Je ne vois pas pourquoi la pratique serait différente spécialement pour ce personnel-là. On peut changer la loi sur le personnel, effectivement, mais il n’y a pas de raison que ce petit groupe puisse être traité différemment du reste des employés de l’État.»

Le gouvernement a fini par bâcher sur cette histoire de personnel, selon la cheffe du Service de la culture, Nicole Minder: «En effet, au terme des travaux de la commission, l’article 27 a été amendé et le Conseil d’État se rallie à cet amendement.» Néanmoins, le plénum du Grand Conseil peut encore revenir à la version originale du texte du Conseil d’État.


Le soutien de Philip Morris fait tousser

La Fondation Plateforme 10 et le MCBA peuvent-ils recevoir de l’argent d’un cigarettier? C’est non, pour une partie de la gauche et du centre. Pointant les 390'000 francs versés par Philip Morris pour la construction du MCBA, ils proposeront mardi au Grand Conseil d’interdire ce type de dons. Ils ont dans leur viseur les sociétés dont les activités sont «contraires aux objectifs de santé publique, de réponse à l’urgence climatique, de droits humains ou de développement durable promus par l’État».

Au total, le MCBA a coûté 84 millions de francs, dont 34 millions viennent du privé. «Nous ne sommes pas opposés à tout mécénat, explique le député Hadrien Buclin (SolidaritéS), mais il est toujours intéressé lorsqu’il vient de grandes entreprises, qui en attendent des retombées publicitaires. L’exemple du Musée Jenisch, à Vevey, dont Nestlé s’est désengagée, montre comment ces sociétés agissent.» Déjà critique face au soutien de Philip Morris à Lausanne Jardins cet été, la députée Vert’libérale Graziella Schaller est sur la même longueur d’onde: «Il n’est plus admissible que des cigarettiers redorent leur image en sponsorisant des activités culturelles. Même si ce soutien est marginal pour le MCBA, c’est choquant.»

Charte éthique

Le Canton tient à rassurer: le MCBA n’accepte pas les dons en fermant les yeux. Le musée se réfère au code de déontologie de l’International Council of Museums, selon Nicole Minder, cheffe du Service des affaires culturelles. Il refuse ainsi tout don qui nuirait à son image et à son fonctionnement, ou s’il existe des doutes sur son origine ou sa légalité. «À ce stade, le conseil de fondation et la direction du MCBA ne se sont pas trouvés dans une telle situation», ajoute Nicole Minder.

Quant à Philip Morris, la société dit «ne pas comprendre» les critiques. Avec près de 2000 employés dans le canton, elle annonce un soutien global de 440'000 francs au MCBA et un partenariat avec d’autres institutions, dont l’Hermitage. «C’est en tant qu’entreprise établie depuis cinquante-cinq ans dans ce canton et employeur important que Philip Morris a répondu aux demandes de soutien», ajoute son porte-parole, Julian Pidoux.

Le débat sera vif mardi au parlement, la droite combattant l’idée d’une interdiction. «La culture a besoin du mécénat privé, estime la PLR Florence Bettschart-Narbel. Philip Morris fait vivre beaucoup de personnes dans notre région et rapporte des impôts comme société, mais aussi indirectement via l’impôt sur les personnes physiques. Certes, elle vend des cigarettes, mais il ne s’agit pas d’une activité illicite.»

Créé: 08.11.2019, 20h43

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