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Le supermunicipal prend la vie comme elle vient

Jacques Ansermet, ancien syndic de Chéserex, a aussi siégé dans les Exécutifs en crise de Bassins et Vevey.

Jacques Ansermet devant la maison à Nyon où il a vécu l'ensemble de sa vie professionnelle, d'abord comme collaborateur du bureau d'ingénieurs civils, puis comme associé et enfin comme seul patron.
Jacques Ansermet devant la maison à Nyon où il a vécu l'ensemble de sa vie professionnelle, d'abord comme collaborateur du bureau d'ingénieurs civils, puis comme associé et enfin comme seul patron.
Olivier Vogelsang

Si vous cherchez un homme capable de raconter la diversité du travail de municipal en terres vaudoises, demandez à Jacques Ansermet. Cet ingénieur civil plutôt discret est sans aucun doute le meilleur expert en la matière. Car il l’a pratiqué dans trois communes différentes. Et à la satisfaction générale. Après treize ans de syndicature dans son village aisé de Chéserex, le sexagénaire a été placé par le Conseil d’État dans les communes en crise de Bassins en 2018, pour dix-huit jours, et surtout de Vevey, où il a siégé pendant huit mois et demi en 2019 pendant la suspension des municipaux de Vevey Libre. «Je n’ai jamais fait de calculs et je ne suis pas carriériste, assure-t-il. J’ai simplement toujours accepté ce qu’on me proposait.»

Sans regret, Jacques Ansermet se félicite en tout cas d’avoir repris aujourd’hui une vie normale. Il admet quand même que la fin de son mandat à Vevey a été brutale, s’arrêtant d’un jour à l’autre quand Michel Agnant et Jérôme Christen ont été réintégrés. «Je ne suis pas fier de ce que j’ai réalisé là-bas, mais plutôt soulagé d’avoir réussi», reconnaît-il avec toute l’humilité qui le caractérise. Car s’il a accepté la mission dans un contexte extrêmement tendu, c’est pour défendre les valeurs radicales qui lui sont chères.

L’ancien député PLR est très attaché au bon fonctionnement du système démocratique et au respect des institutions. Il ne manque pas non plus de critiquer avec virulence les élus, qu’il estime coupables de mettre en péril les institutions. Il n’avait ainsi pas hésité à juger «inadmissible» le comportement des trois municipaux qui avaient démissionné séance tenante à Bassins, faisant sombrer la Commune dans une crise institutionnelle. Une franchise rare dans la politique locale.

«Jacques m’est apparu comme un type très intelligent et très méthodique, qui va au fond des choses. Il est tout sauf un instinctif»

Il n’empêche, cette vocation à défendre les institutions est suffisamment forte pour prendre des risques, comme dans le cas de Vevey. «Je me dis que c’était une folie d’avoir accepté le job dans une ville à 70 kilomètres de chez moi. Cet engagement ne résiste à aucune analyse. Si on y réfléchit, on n’y va pas.»

On peine quand même à le croire, lui l’ingénieur pragmatique et réaliste. Son collègue Michel Renaud, qui avait aussi été nommé à Vevey par le Conseil d’État, décrit un collègue qui ne laisse jamais aucun détail au hasard. «Jacques m’est apparu comme un type très intelligent et très méthodique, qui va au fond des choses. Il arrivait toujours avec des réflexions fouillées sur les dossiers en cours pour justifier ses positions. Il est tout sauf un instinctif.» Bourreau de travail, Jacques Ansermet a besoin de prendre connaissance de son environnement dans les détails. Quand il débarque à Vevey et prend la charge des Écoles, il va visiter avec son chef de service l’ensemble des bâtiments scolaires pour savoir de quoi il cause.

La force du municipal hors sol est sa capacité à transformer ses doutes en énergie positive. Car l’homme a une confiance limitée en lui. «Les autorités qui m’ont nommé à Vevey devaient mieux me connaître que moi, car je pensais que la montagne était trop grande. Mais puisqu’elles pensaient que j’en étais capable, je devais l’être. Le Conseil d’État ne fait rien à la légère.»

En allant sur le terrain miné sur la Riviera vaudoise, il a surtout relativisé en se rappelant avoir vécu bien pire dans des régions bien moins hospitalières. Au début des années 1980, il a passé avec sa femme treize mois en Amérique latine, notamment au Pérou à l’époque du conflit armé avec le Sentier lumineux. Un périple qui, selon son aveu, a forgé son esprit d’initiative et sa résistance aux risques.

La Fête des Vignerons en cadeau

De l’Est vaudois, ce n’est dans tous les cas pas les conflits qu’il gardera en mémoire. Mais plutôt la Fête des Vignerons. «J’avais assisté aux deux précédentes éditions. Je sais avoir été un privilégié d’avoir pu vivre celle-là de l’intérieur en étant totalement immergé dans la manifestation en la qualité de municipal. C’était une occasion qui n’aurait jamais dû arriver, mais elle s’est présentée.» Un magnifique cadeau pour ce fils d’agriculteur.

La manifestation a fait vibrer sa fibre terrienne, qui ne l’a jamais vraiment abandonné même s’il n’a pas souhaité reprendre le domaine. Très rapidement dans sa jeunesse, il a été clair qu’il ne le disputerait pas à son frère jumeau. Il s’est ainsi tourné vers une autre voie professionnelle «par défi personnel». Jacques Ansermet se lance dans une carrière dans la construction, avec un CFC de dessinateur géomètre et puis un diplôme d’ingénieur civil. Une profession dans laquelle il a exprimé son plaisir à réaliser des choses concrètes tout en restant indépendant et libre. «J’aime décider et aller de l’avant. C’est ce que j’ai trouvé palpitant dans la gestion communale. L’expérience de la construction de la piscine à Chéserex en est un exemple.» Il a mené le projet jusqu’à son terme, mais ne l’a pas inauguré, puisqu’il avait quitté ses fonctions communales entre-temps. Les flonflons, ce n’est pas son truc.

Dans la soixantaine, Jacques Ansermet veut maintenant profiter d’avoir un peu plus de temps pour lui et pour ses proches, pour partir en randonnées dans les Alpes. Grand-père depuis quatre ans, il est heureux d’avoir vu son fils reprendre le domaine agricole familial. Un joli clin d’œil, reconnaît-il. Comme quand on lui propose de prendre la présidence de la Caisse d’Épargne de Nyon en 2019. Forcément, il a accepté, succédant ainsi, plusieurs années après, à son grand-oncle John Ansermet. «La vie est pleine de surprises. Mais pour que les bonnes arrivent, encore faut-il être prêt à les accueillir», reconnaît l’hyperactif, maître en la matière.

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