Un surcoût annoncé trop tard

EPFLL’EPFL se fait taper sur les doigts pour ne pas avoir informé correctement sur un dépassement de budget de construction. Pas de sanction, mais des changements dans l’organisation

Les ex-halles de mécanique accueilleront un centre de travaux pratiques.

Les ex-halles de mécanique accueilleront un centre de travaux pratiques. Image: Patrick Martin

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Le bâtiment n’est pas encore inauguré, mais il fait déjà beaucoup parler de lui. La transformation des anciennes halles de mécanique (bâtiment ME) de l’EPFL a fait l’objet de pas moins de quatre rapports d’enquête de la part du CEPF (Conseil des EPF), soit l’organe de tutelle de la haute école fédérale. En cause, un surcoût de 23,76 millions de francs, par rapport à un budget initial de 66,25 millions. Ce dépassement provient selon l’EPFL d’un changement intervenu dans le programme de transformation, décidé en 2013. Il n’a été annoncé au CEPF qu’en mars 2015. Les rapports publiés jeudi sont précisément là pour faire la lumière sur les raisons d’un tel retard.

Si la légitimité du surcoût n’est nulle part remise en cause, le retard pris dans l’annonce est qualifié d’inacceptable. Il apparaît de plus que les coûts du chantier n’ont pas été correctement distribués entre différents budgets. Une étude des responsabilités juridiques fait même apparaître que l’on pourrait, techniquement parlant, faire état de «faux dans les titres». Tant le CEPF que le Contrôle fédéral des finances et le Département fédéral de la formation et de la recherche se bornent cependant à réclamer des mesures pour éviter qu’un tel cas ne se reproduise. Aucune sanction disciplinaire n’est prononcée, aucune action pénale n’est réclamée.

Des recommandations sont par contre formulées. Dont celle d’avoir au sein de la direction de l’EFPL un CFO (chief financial officer), autrement dit un responsable des finances. Celles-ci sont aujourd’hui confiées à la vice-présidence des ressources et des infrastructures (ce qui inclut aussi les ressources humaines, les bâtiments et la logistique), poste occupé par André Schneider. Le changement sera effectué lors de la mise en place de l’équipe du futur nouveau président, Martin Vetterli, remplaçant dès janvier prochain de l’actuel, Patrick Aebischer. Une équipe dont ne fera plus partie André Schneider – il s’en va diriger l’aéroport de Genève à la fin de l’année.

«Il y a effectivement eu un dépassement sur ce projet précis, commente le vice-président. Mais au final, grâce à ce changement de programme, des économies ont pu être réalisées dans le contexte plus large de la transformation et de l’évolution de nos infrastructures. Je les chiffre à 40-50 millions.» Une analyse que partage le CEPF.

Des prothèses aux TP

A la base, le ME devait accueillir un centre de neuroprothèses, qui a été installé à Genève. Au final, il servira de centre de travaux pratiques pour les étudiants et accueillera les labos de plusieurs chercheurs de la Faculté STI (Sciences et techniques des ingénieurs).

«Il y a aussi un problème que l’on pourrait qualifier de comptable, continue le responsable. Lors de la construction de nouveaux bâtiments ou de grosses transformations de l’existant, la Confédération alloue un budget d’investissement spécifique seulement pour ce que l’on appelle le gros œuvre. Le reste, soit l’aménagement des laboratoires, et de nombreuses autres dépenses pas anodines, doit provenir de notre budget ordinaire pour les infrastructures, en moyenne 50 millions par an. Pour le ME, des investissements que l’Ecole considérait comme en dehors du gros œuvre auraient dû s’y trouver.»

Il explique en partie le retard dans la communication du surcoût au CEPF par «des confusions pouvant exister entre gros œuvre, que l’on appelle techniquement le CFC 2, et second œuvre, ou CFC 3 et 9, notamment.» «Il est vrai qu’il n’est pas toujours évident de savoir ce qui fait partie du CFC 2 ou 3, confirme Jean Locher, architecte à Lausanne. Il peut y avoir de la maçonnerie dans le 3, par exemple. Chacun dans la profession a une définition un peu différente.»

André Schneider ajoute qu’il a fallu du temps pour définir avec exactitude comment allait évoluer l’occupation précise du bâtiment en question. «Il n’y a pas eu une décision à un point donné qui réglait tout, conclut-il. Ce qui fait qu’il a fallu plus d’une année pour avoir les données exactes de ce surcoût.»

Fin de règne difficile

Cette «affaire» survient dans un contexte plus général de fin de règne difficile du président actuel, Patrick Aebischer, et de son équipe. L’an dernier, un cas de détournement d’argent – pour un peu plus de 200 000 francs – a par exemple été mis au jour dans le département du vice-président Schneider.

Et certaines instances fédérales ont critiqué ces dernières années la gestion «impulsive» – ou «innovante», c’est selon – de Patrick Aebischer, notamment dans le domaine immobilier. (24 heures)

Créé: 28.04.2016, 22h47

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