La syndique de Payerne résiste à la Grève du climat

ÉlectionChristelle Luisier est élue au Conseil d'État vaudois au 1er tour. Mais son score est plus faible que prévu.

Christelle Luisier, 46 ans, intègre le Conseil d'État vaudois.

Christelle Luisier, 46 ans, intègre le Conseil d'État vaudois. Image: Jean-Bernard Sieber

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Le canton de Vaud a vécu une journée électorale sans grande surprise, mais avec une petite sensation. Comme attendu, Christelle Luisier est élue au premier tour au Conseil d’État avec 55,9% (plus de 77500 suffrages). La libérale-radicale de Payerne succède ainsi à sa collègue de parti, Jacqueline de Quattro. Les partis de gauche gouvernementale (PS et Verts) n’ont pas souhaité attaquer le siège du PLR. La marche de Christelle Luisier sur le Château cantonal n’a donc été contestée que par des candidatures hors du sérail de la politique vaudoise.

Parmi eux, la «candidate anonyme de Grève du climat», Juliette Vernier, fait beaucoup mieux que de la figuration, avec 23% des suffrages (31876 voix). Un score supérieur aux résultats cumulés aux élections fédérales des formations (21,6%) qui ont appelé à voter pour elle. Soit: les Verts, les Jeunes Verts, la Jeunesse socialiste, le POP et SolidaritéS. «Cette candidature exprime une préoccupation pour le climat et il faut en tenir compte, estime Mathieu Blanc, président du comité de campagne de Christelle Luisier. C’est un message pour tous les partis politiques.»

Quasi-égalité à Lausanne

Christelle Luisier a devancé ses adversaires partout, et de loin. Sauf à Romainmôtier, où Juliette Vernier est première pour 11 voix. La PLR n’obtient pas la majorité absolue dans 27 autres communes. C’est notamment le cas à Lausanne, où elle devance sa concurrente de 38 voix seulement (37,9% et 37,7%). Les deux femmes sont donc à quasi-égalité dans la capitale vaudoise, que beaucoup qualifiaient hier de «berceau de la Grève du climat». Seule autre ville où la Payernoise et la climato-gréviste sont à moins de 10% d’écart, Vevey se fait aussi remarquer, avec un différentiel de 6%.

L’entrepreneur lausannois Guillaume «Toto» Morand (11,7%) fait son meilleur score après ses tentatives de 2012 et 2017. Jean-Marc Vandel, du Parti Pirate, thésaurise 5,2%, soit quatre fois plus que les Pirates aux fédérales. Les taux de bulletins blancs (3,7%) et de voix éparses (0,47%) n’ont pas explosé.

La gagnante dit s’être attendue à être élue en un seul tour et considère le score de la Grève du climat comme «un signal à l’ensemble des élus» (lire son entretien ci-contre). «Son score de 55,9% peut avoir l’air bas, mais il y a eu plusieurs facteurs de démobilisation, la norme antihomophobie était évidente et l’initiative Asloca est devenue trop technique, estime le président du PLR Marc-Olivier Buffat. De plus, Mme Luisier avait un statut d’hyperfavorite. Pour le ministre des Finances Pascal Broulis, «le résultat aurait été meilleur s’il y avait véritablement eu une campagne, avec un vrai débat, mais elle n’a pas eu l’occasion de dire quoi que ce soit». L’alliance PLR-UDC semble avoir fonctionné. Au total, 75 861 électeurs ont glissé un bulletin PLR dans les urnes, c’est environ 10 000 de plus que les scores cumulés du PLR et de l’UDC aux premiers tours des fédérales de 2019 et des cantonales en 2017.

Le score de Juliette Vernier impressionne. «Il faut prendre la mesure des attentes exprimées, estime la socialiste Nuria Gorrite, présidente du Conseil d’État. Les gens donnent un signal. Ce score, important, s’explique par le fait qu’il y avait de l’espace à prendre, car il n’y avait aucun candidat de gauche. La candidate de la Grève du climat incarnait le plus les valeurs progressistes et climatiques.» À l’UDC, qui soutenait Christelle Luisier, le chef du groupe Philippe Jobin parle de «coup de pied aux fesses de l’establishment» et le président Kevin Grangier estime que «ces 23% doivent inquiéter les états-majors rose et verts».

Juliette Vernier et ses camarades n’ont pas montré le bout de leur nez au Château cantonal, point de rencontre du microcosme politico-médiatique ce dimanche. «Ce n’est pas du tout notre manière de concevoir les choses, venir sourire à côté d’une candidate dont le parti contribue à détruire la planète, en attendant qu’on nous tende un micro», glisse un militant rencontré à l’Espace Saint-Martin, au Flon (voir ci-contre).

Toto se désole

Avec seulement 11,7% des voix, Toto Morand fait deux fois moins que la jeune gréviste du climat. «Mais mon score progresse de 2 points par rapport à la dernière fois, note le commerçant. Je suis comme le 5e parti du canton, même si je ne sais pas si je vais encore me porter candidat à l’avenir. Je regrette que la Grève du climat ne m’ait pas soutenu. Nous avions eu des premiers contacts, mais ils n’ont pas abouti.»

Enfin, les Pirates vaudois se réjouissent de ce qu’ils considèrent comme le meilleur score jamais atteint par un de leurs candidats en Suisse. «Ce résultat crédibilise notre mouvement, estime Jean-Marc Vandel. Les gens en ont marre de cet establishment, avec des partis qui s’arrangent entre eux en plaçant une fois l’un et une fois l’autre.» Pourtant, il illustre que les électeurs Vert’libéraux n’ont pas entièrement voté Pirates, alors qu’ils étaient alliés aux fédérales. «Seuls les Jeunes Vert’libéraux avaient appelé à voter pour nous», rappelle Fabian Rousseau, porte-parole des Pirates.


L'environnement en vert

Christelle Luisier reprendra-t-elle le Département du territoire et de l’environnement tel que Jacqueline de Quattro l’a dirigé depuis 2013, année où les domaines sécuritaires ont été tous repris par la Verte Béatrice Métraux? «J’en serais ravie, assène Jacqueline de Quattro. Elle a une fibre écolo et elle a beaucoup travaillé sur l’aménagement du territoire. Je serais fâchée de voir ce département être de nouveau scindé. J'ai dû lâcher la Sécurité, que j'aimais, pour l'Aménagement du territoire, que j'appréciais moyennement. Si le Conseil d'État scinde ce département, cela signifierait que ce n'était pas une question de cohérence qui prévalait pour le créer.» Les PLR ont beaucoup insisté, dimanche, pour que les choses ne bougent pas.

Le président du parti, Marc-Olivier Buffat, ne manque pas d’arguments: «Mme Métraux a voulu la Police, le Service de justice et de législation, ainsi que le Logement en 2013. Nous ne voyons pas très bien pourquoi ça bougerait à deux ans des élections cantonales générales. Dans un esprit de consensus, si l’on veut agir sur le climat, il est utile qu’une élue de droite soit à la tête de ce département.»

De leur côté, les Verts, confortés par le score de Juliette Vernier, insistent pour reprendre l’Environnement. «Nous espérons que Béatrice Métraux puisse reprendre en tout cas les dossiers environnementaux», dit leur président, Alberto Mocchi. Son homologue UDC, Kevin Grangier, y voit un risque: «C’est dangereux, il s’agit du thème principal des Verts et Béatrice Métraux ne pourrait que décevoir.»

Le nouveau collège gouvernemental est seul compétent pour la répartition des départements et des services. Il est peu probable que la majorité rose-verte brise la chaîne pénale qu’elle a voulue à l’issue des dernières élections. Théoriquement, d’autres échanges pourraient intervenir.

Créé: 09.02.2020, 22h39

Le marathon de la favorite

Il est 13 h au stamm PLR, au bar Le Treize àLausanne. «Les résultats de Lausanne et d’Yverdon viennent de tomber et elle a toujours 55%, ça devrait être bon», commente Franck Magnenat, président du PLR payernois. Quelques minutes plus tard, Christelle Luisier arrive avec son comité de campagne. La nouvelle conseillère d’État enfile sa nouvelle casquette et enchaîne interviews et félicitations au Château cantonal. Dans une campagne très particulière, lafavorite a accumulé les présences au contact de la population, dont encore samedi aux marchés de Prilly et de Lausanne.
Le marathon d’interviews qu’elle lance fait suite à une nuit déjà épuisante pour la syndique de Payerne, qui pensait plutôt se reposer. Mais après avoir accueilli les nouveaux citoyens payernois jusqu’à 23h30, les circonstances ont fait qu’elle a dû remettre son couvre-chef de patronne de l’Exécutif, étant alertée à 3h30 d’un important incendie au centre-ville.
Réconforter la population, ouvrir des locaux pour offrir un endroit chaud aux sinistrés ou un lieu de ravitaillement pour les secours: lasyndique n’a pas eu le temps de chômer. Tant pis pour le brunch prévu à Lausanne. «C’était pas la préparation rêvée de cette journée, mais au moins je n’ai pas eu trop letemps de stresser. J’ai juste pensé un moment à cette journée d’élection avant 6h le matin en partageant un thé avec l’officier de presse de la police cantonale.» Bien entendu l’un ou l’autre pompier du cru y sont allés d’un «bonne chance».
Quelques heures plus tard, elle pouvait retrouver ses collègues municipaux et savourer avec plusieurs sympathisants broyards. «À l’époque de la Constituante, j’étais déjà actif dans le comité d’arrondissement. On a passé des étapes en parallèle et je lui ai dit que c’est un bel aboutissement que chacun franchisse une marche aujourd’hui ensemble, même si moi, je ne fais que suivre», sourit Bernard Nicod, municipal de Valbroye qui reprendra son siège au Grand Conseil. La journée de la nouvelle conseillère d’État se terminera à la Grand-Rue de Payerne, à quelques pas de là où elle avait commencé, à la pinte communale La Vente, un bistrot voisin de la Croix-Blanche

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