Les systèmes d’alarme gratuits risquent de coûter très cher

SécuritéSûre de son bon droit, la société Dialarme poursuit son offensive publicitaire. La Fédération romande des consommateurs tempête.

En Suisse, le marché de la sécurité représente un volume d’affaires de près de 800 millions de francs.

En Suisse, le marché de la sécurité représente un volume d’affaires de près de 800 millions de francs. Image: DR

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Grégoire Junod avait piqué une colère à la fin de l’an dernier. Le municipal de Police lausannois avait été indigné par les arguments publicitaires d’une société spécialisée dans la vente de systèmes d’alar­me qui, pour appâter les clients auxquels elle propose d’installer «gratuitement des équipements complets de sécurité», prétendait que les cambriolages et les dégradations de biens étaient en hausse constante. Dans une lettre datée du 18 septembre, citée par Le Matin , Grégoire Junod sommait Dialarme, dont le siège social est à Genève, de mettre fin à des allégations mensongères et de cesser la diffusion de son texte.

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Un mois plus tard, pourtant, rien n’a changé. Dialarme, qui, avec 60 collaborateurs et cinq agences, affirme être le leader suisse dans le domaine de la sécurité des biens et des personnes, continue à distribuer, dans les boîtes aux lettres romandes, des flyers de même nature.

La contre-attaque, elle, a en revanche gagné en intensité. D’une part, Grégoire Junod nous a fait savoir que le Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO), l’organe compétent pour l’application de la loi sur la concurrence déloyale, a été saisi du cas. D’autre part, la Fédération romande des consommateurs (FRC), devant le nombre de dénonciations provenant de particuliers, envisage désormais de déposer une plainte pénale pour concurrence déloyale.

«Argument trompeur»

En cause, cette fois, la proposition de Dialarme, dans ses flyers, de fournir et d’installer gratuitement des équipements complets de sécurité dans les logements des personnes qu’elle démarche. «Il s’agit d’un argument parfaitement trompeur, martèle Diana Francey, juriste à la FRC. On parle de gratuité mais on oublie de dire qu’il y a, à la clé de l’installation, un contrat particulièrement onéreux – de 4000 à 5000 francs en quatre ans – dont les signataires ne parviendront pas à se défaire.»

Une mise en garde que la police cantonale vaudoise, dans un marché de la sécurité en pleine expansion, a déjà fait sienne dans un communiqué consacré à «certains vendeurs d’alarmes»: «Concernant la soi-disant gratuité de la mise à disposition du dispositif d’alarme, il sied de relever qu’en réalité, quand bien même l’installation n’est pas facturée en tant que telle, le contrat prévoit des redevances mensuelles de raccordement relativement élevées, sur une longue période. Le libellé (…) masque l’ampleur et la durée de l’engagement financier demandé au client. L’argument de la gratuité n’est ainsi qu’un leurre», conclut la police cantonale, qui a également dénoncé l’entreprise au SECO.

Infractions à la loi

En principe, ces pratiques constituent des infractions à la loi fédérale du 19 décembre 1986 contre la concurrence déloyale (LCD), laquelle déclare «déloyal et illicite tout comportement ou pratique commerciale qui est trompeur ou qui contrevient de toute autre manière aux règles de la bonne foi et qui influe sur les rapports entre concurrents ou entre fournisseurs et clients.»

Des infractions que Dialarme, par la voix de Maxime Panosetti, directeur du marketing et de la communication, conteste avec véhémence: «Notre tous-ménages offrant l’installation gratuite d’une solution de sécurité complète bien que basique fait l’objet de reproches que nous estimons largement infondés. Nous sommes ainsi déçus qu’une organisation respectable comme la FRC se soit limitée à une enquête de surface, sans prendre la peine de répondre positivement à notre invitation de visiter nos locaux et de rencontrer nos responsables. Cela étant, notre porte leur reste ouverte et nous serions heureux de discuter avec eux des efforts que nous avons consentis pour répercuter leurs remarques», dit-il.

S’agissant de Grégoire Junod, le directeur du marketing ne mâche pas ses mots: «Nous sommes d’avis que sa réaction outrancière, à quelques mois de la campagne pour la syndicature de Lausanne, s’apparente à une forme de gesticulation politique. Nous estimons que sa demande de ne plus utiliser les flyers est une forme inacceptable de censure. Notre avocat, Me Nicolas Capt, l’a d’ailleurs interpellé en ce sens, sans qu’une réponse n’ait été reçue à ce jour, ce que nous regrettons.»

«Réclamations sporadiques»

Au SECO, Guido Sutter, chef du secteur Droit, se borne à préciser avoir bien reçu des «réclamations sporadiques» contre Dialarme. Il se souvient, en revanche, que le Secrétariat d’Etat à l’économie avait dû demander à l’entreprise, il y a trois ans, de cesser de prétendre qu’elle démarchait les clients à la demande de la police cantonale vaudoise. Une pratique qui, à l’épo­que, avait suscité un débat au Grand Conseil.

Quoi qu’il en soit, les choses n’en resteront pas là. Notamment parce que la FRC, selon nos informations, entend donner la priorité, en 2016, à son combat contre la prolifération des contrats de longue durée que les signataires, qui peuvent changer de vie, connaître des déboires financiers, déménager ou divorcer, ne parviennent pratiquement jamais à résilier.

Créé: 21.01.2016, 06h47

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