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«Le temps partiel féminin perpétue les inégalités»

Découvrez les chiffres vaudois des discriminations liées au genre et l'analyse de la cheffe du Bureau vaudois de l’égalité, Maribel Rodriguez.

Maribel Rodriguez pointe un déséquilibre: la répartition entre le travail domestique et professionnel reste très inégalitaire au sein des couples. Elle regrette que le temps partiel reste assumé en grande partie par des femmes, avec de sérieuses conséquences au moment de la retraite ou d'un divorce.
Maribel Rodriguez pointe un déséquilibre: la répartition entre le travail domestique et professionnel reste très inégalitaire au sein des couples. Elle regrette que le temps partiel reste assumé en grande partie par des femmes, avec de sérieuses conséquences au moment de la retraite ou d'un divorce.
ODILE MEYLAN

Voilà deux ans que Maribel Rodriguez dirige le Bureau cantonal de l’égalité entre les femmes et les hommes. La sociologue dresse un état des lieux des discriminations liées au genre et pointe un déséquilibre: la répartition entre le travail domestique et professionnel reste très inégalitaire au sein des couples.

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Où se situe le Canton de Vaud en matière d’inégalités entre femmes et hommes?

Nous sommes à peu de chose près dans la même situation que le reste de la Suisse, ce qui veut dire que nous avons la même marge de progression, par exemple en ce qui concerne le taux d’activité professionnelle ou l’égalité salariale (voir chiffres). Au niveau de l’outillage légal, en revanche, Vaud est plutôt à l’avant-garde. Je pense à la loi contre les violences domestiques et au dispositif légal sur l’égalité salariale dans les entreprises et entités qui collaborent avec l’État par le biais de marchés publics ou de subventions. Ces contrôles commencent l’année prochaine.

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Un motif particulier de satisfaction?

Quand je suis arrivée à mon poste, en 2017, la loi contre la violence domestique était à bout touchant. Cueillir ces fruits était gratifiant. Il s’est agi de mettre en place les mesures concrètes. La loi astreint notamment les auteurs de violences expulsés de leur domicile à un entretien au Centre Prévention de l’Ale. Une étape importante dans la prise de conscience de la gravité de l’acte et dans la prévention des risques. Jusqu’ici, 20 à 30% de ces hommes se rendaient à ces entretiens. On espère atteindre les 100%.

Et un motif d’inquiétude?

Depuis cinquante ans, les femmes ont occupé toutes les sphères professionnelles, alors que les hommes ont toujours de la peine à s’impliquer dans la sphère privée. La progression de la participation masculine au travail domestique est très lente. Il faut que les choses se rééquilibrent!

Que répondez-vous à ceux qui pensent que l’égalité est atteinte?

Que c’est en se confrontant aux chiffres qu’on se rend compte du fossé à combler entre la loi et la réalité.

Comment expliquer qu’un écart de salaire moyen de 12% subsiste?

Une entreprise ne décide pas, un beau jour, de payer moins les femmes pour économiser de l’argent. La discrimination est quelque chose de plus subtil. Elle intervient par exemple quand un employeur décide de promouvoir quelqu’un, d’offrir un bonus, un avancement… Ce sont des processus inconscients. Les causes des inégalités les plus difficiles à éradiquer ont trait aux stéréotypes hommes-femmes, aux injonctions sociales, à ce que l’on considère comme être la responsabilité du père ou de la mère.

Est-ce pour cela que le temps partiel reste majoritairement féminin?

En effet. Ce qu’on pense être des choix de vie individuels sont influencés par les modèles sociaux en vigueur, par exemple l’association de la femme avec la vie familiale. À cela s’ajoute que le temps partiel est souvent subi (ndlr: une femme sur quatre se dit insatisfaite de son temps partiel). Réduire son temps de travail avec l’arrivée d’un enfant n’est pas un choix anodin. On fonde ses calculs sur les impôts, le coût de l’accueil de jour… Mais on est moins conscients des répercussions à long terme.

Quelles répercussions?

Le temps partiel pèse lourd sur les gains des femmes, leur progression professionnelle et leur prévoyance (2e et 3e piliers) (voir chiffres). Il est difficile d’aspirer à une promotion quand on travaille à 50%… Les chiffres montrent que la parentalité a un effet boostant sur la carrière des pères et un effet de «retrait» pour les mères. Il est tout à fait honorable de se consacrer à l’éducation de ses enfants, mais il faut au minimum être consciente des impacts de ce choix. Quarante pour cent des mariages finissent par un divorce… Les femmes doivent se demander si elles sont prêtes à assumer une éventuelle situation de précarité. Je suis d’avis qu’elles décrochent le moins possible de la vie professionnelle.

La solution passe donc par un temps partiel partagé au sein du couple?

Certainement. Deux parents qui baissent leur taux de travail à 80%, par exemple. La progression du temps partiel chez les hommes est très lente… Le fait que ce temps partiel soit assumé surtout par des femmes perpétue les inégalités. Mais j’ai bon espoir pour l’avenir. Je suis convaincue que la jeune génération a envie d’autre chose.

Que fait l’État de Vaud pour lutter contre les discriminations?

Il faut sensibiliser les gens en mettant en lumière les processus et forger l’égalité dès les premières années de vie. Le programme École de l’égalité promeut des postures égalitaires entre filles et garçons, par exemple. On propose aussi aux écoles le programme Sortir ensemble et se respecter, qui travaille sur la prévention de la violence dans le couple dès les premières relations affectives, entre 13 et 16 ans. Et nous proposons aux entreprises des conseils pour l’organisation du travail, la prévention du harcèlement et l’égalité salariale. C’est de plus en plus demandé, surtout depuis que l’État a annoncé des contrôles au sein des entités avec lesquelles il traite.

L’égalité salariale n’est pas acquise dans l’administration vaudoise non plus…

On est dans les marges de tolérance méthodologique (moins de 5% d’écart). L’objectif est de tendre vers 0%. La loi dit bien qu’à travail de valeur égale, le salaire doit être égal. L’État de Vaud y travaille avec une série de mesures. Mais corriger cette inégalité ne peut se faire en une année.

Les places manquent cruellement dans les crèches, notamment à Lausanne. Un sérieux motif d’insatisfaction.

On n’atteint pas les 100% de couverture des besoins, c’est clair. Mais la situation progresse, et c’est déjà une bonne nouvelle. L’État prend sérieusement en compte ce besoin; Vaud est plutôt bon élève dans ce domaine. On devrait être dans la cible ces prochaines années.

Que ferez-vous le 14 juin?

C’est une décision personnelle.

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