Contre le terrorisme, la police étoffe son arsenal

VaudDans un contexte marqué par la montée en puissance de la violence armée, les forces de l’ordre lèvent un bout du voile sur leur équipement pour faire face à la menace.

L'équipement de la police cantonale en cas d'une attaque terroriste.

L'équipement de la police cantonale en cas d'une attaque terroriste.

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Des armes de guerre, une détermination à tuer en masse et une volonté jusqu’au-boutiste d’en découdre avec les forces de l’ordre dépêchées en renfort. Depuis quelques années, avec la montée en puissance du terrorisme, la menace, toujours plus meurtrière, a radicalement changé.

Quelques mois après les attentats de Paris ou de Bruxelles, et alors que l’Euro de foot approche à grands pas, avec à la clé ses stades noirs de monde et ses rassemblements populaires dans les fan zones notamment, la tension monte encore d’un cran. Dans ce contexte, le Conseil d’Etat vient d’annoncer que les forces de l’ordre sont prêtes, car elles s’adaptent en permanence, tant la menace, protéiforme, évolue. En réponse à un élu, l’Etat précise que la police et son unité d’élite ont ainsi musclé leur arsenal en conséquence.

Michaël Buffat inquiet

En terre vaudoise, la question de l’arsenal sécuritaire des forces de police a été soulevée il y a quelques mois par l’ancien député UDC Michaël Buffat (élu depuis au Conseil national). Evoquant l’affaire Merah, les tueries de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher de Vincennes, les attentats parisiens du 13 novembre dernier, les fusillades de Copenhague (février 2015) ou, sous nos latitudes, «l’évasion guerrière des Pink Panthers» de la prison du Bois-Mermet en 2013, l’élu UDC est inquiet. Il a donc demandé au Canton si ses forces de sécurité étaient prêtes à répondre à des menaces portées par un armement de guerre toujours plus lourd. Car il a des doutes à ce sujet.

«Les fonctionnaires de la police cantonale ne disposent que d’armes de calibre 9 mm et de gilets pare-balles n’offrant qu’une protection contre les munitions d’armes de poing. Pourtant, le calibre 9 mm est sans effet sur des gilets pare-balles en vente libre sur Internet et notoirement utilisés par ces criminels et terroristes. Pire, les gilets censés protéger les policiers sont eux vulnérables et inefficaces face aux fusils de type kalachnikov utilisés par ces individus», déplore Michaël Buffat.

Neutraliser le tireur

Côté forces de l’ordre, Jean-Christophe Sauterel, porte-parole de la police cantonale vaudoise, conteste cette vulnérabilité dénoncée. Présentation – d’une partie – de l’arsenal à l’appui, car il n’en dira pas trop. «Avec la montée en puissance du terrorisme, la menace a changé. Il ne s’agit pas de geler la situation pour négocier avec un forcené retranché durant plusieurs heures, mais d’affronter des tireurs actifs déterminés, dont l’objectif est de faire le maximum de victimes en un minimum de temps, souvent à l’arme de guerre. Face à de telles menaces, nous ne sommes pas restés les bras croisés», explique l’officier en préambule.

En Suisse, un tireur déterminé qui fait feu au hasard dans un lieu public, comme au parlement zougois, en 2001, est rarissime. Malgré le caractère exceptionnel du cas et dans le contexte actuel, les forces de l’ordre s’y préparent. En se basant sur une donne simple: neutraliser le tireur le plus rapidement possible. Une mission dévolue aux premiers intervenants de la police cantonale, dont la puissance de feu a été renforcée pour la relever.

A côté du fameux Glock 19 (9 mm) et d’un gilet pare-balles conçu pour arrêter les balles d’armes de poing – mais inefficace contre les armes de guerre –, ils peuvent désormais compter sur un matériel plus lourd. «Chaque patrouille motorisée dispose d’un pistolet-mitrailleur. En outre, tous nos véhicules embarquent deux gilets pare-balles permettant de stopper des tirs d’armes de guerre, à l’image des kalachnikovs», détaille Jean-Christophe Sauterel.

Actions coordonnées

L’armement, les techniques et les équipements sont également revus en fonction de l’apparition de nouvelles menaces, poursuit l’officier. «Quelques jours après l’attaque de Charlie Hebdo, nous avons équipé chaque agent d’un troisième magasin ( ndlr: chargeur de 15 cartouches ) pour son arme de service. Les «techniques d’action immédiate», qui doivent permettre aux agents de contrer des attaques terroristes, sont apparues à cette période. Peu après les attentats de Paris du 13 novembre, nous avons introduit le «tourniquet», qui nous vient des unités d’élite françaises. Il s’agit d’un dispositif conçu pour faire rapidement des garrots.»

En plus de protéger les agents et de contrer les assaillants, cet arsenal renforcé doit également permettre d’aider l’intervention de l’unité d’élite de la police cantonale: le DARD. Dont la puissance de feu se situe encore un cran au-dessus. «Du Taser au fusil d’assaut en passant par les boucliers et les casques balistiques, le DARD est particulièrement bien équipé. Grâce à ces mesures, la police est suffisamment armée pour répondre à la menace terroriste. Mais l’évolution de notre équipement est constante», poursuit Jean-Christophe Sauterel.

Et le porte-parole de rappeler que, dans ce dossier, le Canton ne manœuvre pas seul de son côté. Depuis les attentats de Paris, les polices romandes, de Berne et du Tessin ainsi que les services de la Confédération coordonnent en effet leurs actions dans le cadre de VIGIPOL ( lire ci-dessous ). Sans oublier la veille tactique et stratégique mise sur pied par la Conférence des commandants des polices cantonales de Suisse romande, de Berne et du Tessin. Une entité qui envisage d’ailleurs de faire passer la formation des policiers d’un à deux ans, comme l’a révélé la RTS.


«La police n’est pas formée pour tuer»

Rédacteur en chef de la Revue militaire suisse, Alexandre Vautravers connaît bien l’équipement dont dispose la police. Et ses limites. Interview.

Que pensez-vous du pistolet-mitrailleur et des gilets pare-balles «lourds» qui doivent servir aux forces de l’ordre en cas d’attaque?

Ces équipements sont bons, mais ce n’est pas non plus la panacée. Le calibre des pistolets-mitrailleurs est le même que celui des pistolets qui équipent les polices cantonales: du 9 mm. Or ce calibre, dont la portée efficace ne dépasse pas 30 mètres, a une efficacité limitée et connue. Au-delà de cette distance, la probabilité de toucher, a fortiori de neutraliser un tireur, est extrêmement faible. A titre de comparaison, une kalachnikov est efficace et précise à plus de 200 mètres. Face à une telle arme, seuls un équipement ou un calibre militaires – tels que ceux des groupes d’intervention – sont efficaces. Quant aux gilets pare-balles, ils sont très efficaces contre des armes de petit calibre. Contre des armes de guerre, il faut effectivement des équipements très lourds, qui limitent la mobilité. Il est question, dans certains cantons, d’équiper les policiers d’armes de calibres plus lourds. A ce titre, j’observe que l’accent est davantage mis sur les moyens de protection que sur le renforcement de l’armement des agents.

A quoi attribuez-vous ce décalage?

Il y a des résistances, au sein même de la police mais également de la société civile et des politiques, à surarmer les agents de police. On peut le comprendre, les policiers ne sont pas formés ni entraînés pour tuer des assaillants.

Les polices cantonales ne seraient donc pas suffisamment formées pour riposter en cas d’attaque?

En Suisse, les corps de police de Genève et de Zurich sont à la pointe. Depuis une quinzaine d’années, la police genevoise a mis en place des dispositifs contre les attaques à l’arme de guerre, pour raccourcir le temps de réaction. En cas d’attentat, on n’a pas le temps d’attendre les unités d’élite. Il faut pouvoir réagir en cas de forcenés ou de terroristes. Mais même la meilleure police cantonale du pays, seule, serait vite dépassée si une situation d’urgence dure au-delà de quelques jours ou si deux événements sécuritaires surviennent à la fois.

En quel sens?

L’échelle cantonale est trop petite pour gérer une attaque terroriste de grande ampleur. La collaboration intercantonale existe déjà, mais elle doit encore être renforcée. Il reste beaucoup à faire. N’attendons pas un événement horrible pour se préparer. Les mentalités évoluent vers plus de collaboration. Il faut entraîner ces collaborations dans des cas concrets, créer ou simplifier les structures où cela est nécessaire. La stratégie de lutte contre le terrorisme est une réponse globale, qui devient de plus en plus concrète avec la création de structures et d’entraînements communs.

Créé: 29.05.2016, 22h55

La situation dans les autres cantons romands

Le troisième chargeur dont disposent désormais les agents de police vaudois a fait école. «Nos agents en seront également dotés dès le mois de septembre», confirme Gallus Risse, chef presse de la police fribourgeoise, dont les patrouilles peuvent, elles aussi, compter sur des pistolets-mitrailleurs et des gilets pare-balles efficaces contre les armes de guerre. Les unités d’élite fribourgeoises possèdent, à l’image du DARD, des fusils d’assaut. A Genève, «raisons de sécurité» à l’appui, on ne donne aucune information sur l’équipement et les acquisitions prévus. Même mutisme et même argument à Neuchâtel, où l’on évoque «des informations confidentielles». Porte-parole de la police neuchâteloise, Pierre-Louis Rochaix renvoie vers Jean-Christophe Sauterel, seul autorisé à s’exprimer dans le cadre du concept intercantonal VIGIPOL. Enfin, en Valais, Jean-Marie Bornet, chef information de
la police cantonale, évoque – en plus du traditionnel Glock 19 – des pistolets-mitrailleurs HK, «ainsi que des armes plus lourdes pour les groupes d’intervention», mais il n’en dira pas davantage.

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