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La féra se fait toujours plus rare dans le Léman

Les captures de corégones sont en baisse pour la quatrième année consécutive. Le rendement a reculé de 66% depuis 2015.

Les pêcheurs du Léman tirent la sonnette d'alarme depuis des années: la population de corégones continue de s’effondrer. Ici, un professionnel en action à Allaman.
Les pêcheurs du Léman tirent la sonnette d'alarme depuis des années: la population de corégones continue de s’effondrer. Ici, un professionnel en action à Allaman.
VALENTIN FLAURAUD/KEYSTONE

Les filets des pêcheurs se vident, année après année. La capture de poissons en 2018 est en baisse de 19% par rapport à 2017 et la chute est de 40% depuis 2015, annonce la Commission internationale de la pêche dans le Léman. La féra – qui constitue la majeure partie des revenus des pêcheurs – devient une denrée rare. Les captures ont baissé significativement pour la quatrième année consécutive (–66% depuis 2015).

«Les pêcheurs sont très préoccupés et nous aussi, commente Frédéric Hofmann, inspecteur cantonal de la pêche. Cette diminution répétée des captures de féras est assez inédite et on peine à l’expliquer. Quelque chose d’atypique se passe et l’on peine à établir un lien de cause à effet avec les facteurs susceptibles d’influencer à la baisse ces captures… Il n’est pas exclu que la présence de perturbateurs endocriniens puisse jouer un rôle dans la baisse de la fertilité des poissons par exemple.»

Cormorans et climat

La responsabilité du cormoran, elle, n’est plus à prouver. Une interpellation signée Philippe Cornamusaz (PLR) demande au Conseil d’État vaudois d’envisager des mesures de régulation de cette population, ennemie jurée des pêcheurs. «Le cormoran est une cause parmi d’autres, commente Jean-François Rubin, biologiste et directeur de la Maison de la Rivière, à Tolochenaz. Ce n’est pas en tirant quelques oiseaux que l’on croulera sous les poissons…» Frédéric Hofmann abonde: «Bien qu’il s’agisse d’un facteur non négligeable, la diminution des captures n’est pas directement proportionnelle à l’augmentation de la population de cormorans.»

Les changements climatiques jouent aussi un rôle important. «Ils provoquent un déséquilibre dans le lac, explique Jean-François Rubin. L’eau en surface devient de plus en plus chaude, modifiant le plancton qui est à la base de la chaîne alimentaire. Cela bouleverse les cycles biologiques.» Et décale, du coup, la période de reproduction.

Certains pêcheurs incriminent aussi les autorités, qui ont prolongé l’ouverture de la pêche dans les années fastes, de 2011 à 2016. Surpêche? «Il est probable que l’effort de pêche de la féra était trop élevé», convient Frédéric Hofmann.

Il indique que des mesures ont été prises pour préserver le peuplement, parmi lesquelles l’élargissement de la période de protection des féras. Certains filets seront interdits dans le Léman jusqu’à fin janvier pour épargner les géniteurs. Plus généralement, la taille des mailles de certains filets a été augmentée. Et les pêcheurs de loisirs – soumis à une limite de tonnage – ont désormais l’obligation de conserver tous les ombles chevaliers qu’ils attrapent.

Les captures d’ombles chevaliers, justement, restent stables par rapport à 2017. Pareil pour le brochet. La truite recule de 30%. La perche suit la tendance inverse (+39% depuis 2015). Une hausse vraisemblablement liée en partie au report de l’effort de pêche sur cette espèce. «Les perches se reproduisent au mois de mai, là où il y a des algues, ajoute Jean-François Rubin. Grâce à l’amélioration de la qualité de l’eau, elles ont une surface de reproduction plus grande qu’avant.» Se rabattre sur l’écrevisse Les pêcheurs s’intéressent de plus en plus à l’écrevisse signal (+67% de captures par rapport à 2015). Cette espèce invasive importée d’Amérique a fait disparaître l’écrevisse indigène. «C’est une bonne chose qu’ils valorisent cette nouvelle ressource», relève Frédéric Hofmann.

Pour remplir leurs filets, les professionnels cherchent en effet à diversifier leurs sources de revenus. Dans le cadre d’un programme Interreg, certains proposent aux consommateurs de faire une place dans leur assiette à trois occupants oubliés du Léman: l’écrevisse, le gardon et la tanche. «Ils seront vendus avant Noël sur les marchés avec un livret de recettes», annonce Jean-François Rubin.

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