Les touristes chinois interdits de restaurant

LausanneEntre clients refusés, mise en quarantaine volontaire et salles vides, petit tour des restaurants asiatiques face au coronavirus.

La patronne du Tang Roulou placarde son affichette interdisant l’accès de son restaurant aux touristes chinois. (Photo: Florian Cella)

La patronne du Tang Roulou placarde son affichette interdisant l’accès de son restaurant aux touristes chinois. (Photo: Florian Cella) Image: Florian Cella

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«Notre spécialité, c’est la fondue. Nous sommes pratiquement complets tous les jours, même avec ce qui se passe en Chine», assure M. Hu tout sourire. Il est le père de la patronne du restaurant Tang Roulou. Depuis une semaine toutefois, il est des clients qui ne peuvent plus se régaler de ses bouillons. Ce sont les touristes… chinois. Une affichette placardée sur la porte d’entrée leur interdit l’accès aux tables. À Lausanne, d’autres établissements se désolent au contraire de ne plus voir les cars déverser leurs flots d’Asiatiques devant leurs portes.

M. Hu en convient volontiers: sa clientèle chinoise a chuté de 70% depuis qu’il a affiché la couleur sur la porte d’entrée. Que dit l’avis précisément? Que par ces temps sensibles, le restaurant n’accueille plus les touristes en provenance de Chine depuis moins de 20 jours, qu’ils soient là pour le business ou pour les loisirs. «Nous avons notamment pris cette initiative pour les Chinois d’ici. Ils sont rassurés de savoir que nous n’acceptons pas les touristes», explique M. Hu. Et il veille au grain: pas plus tard que la semaine dernière, il a surpris trois touristes chinois attablés au Tang Roulou, et qui étaient passés entre les mailles de ses filets. Il les a priés de quitter les lieux.

Le patron en quarantaine

À Lausanne, le Canard Pékinois à Chauderon est au restaurant chinois ce que le Café Romand est à la fondue au fromage: un incontournable. Ici, peu de touristes venus de l’Empire du Milieu, hormis ceux envoyés de temps à autre par les grands hôtels. La plupart des convives sont des Européens. «Depuis les événements en Chine, notre fréquentation a même légèrement augmenté. Cela est dû à notre nouvelle carte végétarienne», explique le patron Gordon Tung Kan Kwok. Jamais il ne lui viendrait à l’idée de placarder le même type d’avis que M. Hu sur sa porte. «Il ne faut pas faire peur aux gens.» Son frère sort de la cuisine. Il est aussi le patron de l’établissement, et Glenn Leung Kan Kwok ne partage pas son avis. «Ce geste est explicable. Il faut aussi penser à protéger tous ceux qui fréquentent notre établissement.» L’épouse de Gordon Tung Kan Kwok rentrera d’ailleurs ces tous prochains jours de Pékin où elle est allée célébrer le Nouvel-An. «J’ai décidé que dès son retour, je me mettrai volontairement en quarantaine à la maison. Il en va de ma responsabilité.»

Annulations en cascade

À mille lieues des préoccupations de M. Hu, voire même à leur total opposé, Jennifer Zhang Yuan se désole sur la place du Tunnel. Elle est la patronne du plus vieux restaurant chinois de Lausanne, Le Shanghaï, ouvert en 1954. Des clients chinois, elle en accueillerait bien. Ils sont d’ailleurs son fonds de commerce depuis des années, amenés aux portes de son restaurant par cars entiers qui stationnent d’ordinaire sur la place voisine. «Depuis cette semaine, ils ont tous disparu. À 100%! Les frontières et les ambassades sont fermées. Les tours opérateurs annulent réservation sur réservation», se lamente-t-elle.

Au moment où nous parlons, Mme Zhang Yuan reçoit justement l’annulation d’un groupe de 34 asiatiques pour la fin du mois. «Le Nouvel-An, c’est l’une des meilleures périodes pour nous. Quotidiennement, nous accueillons jusqu’à 100 clients par jour. Et là, rien!» Sur les 120 places du Shanghaï, seule une vingtaine sont occupées ces jours. En attendant des services meilleurs, la patronne met son temps libre à profit pour «arranger» son restaurant en ce début d’année du rat, animal considéré comme «prudent en matière de finance».

Créé: 08.02.2020, 08h08

L’hôtellerie touchée

La Suisse est dans le top trois des destinations favorites des Chinois. Entre 2012 et 2018, le nombre de nuitées des touristes chinois a augmenté de 83%, selon les chiffres d’HôtellerieSuisse. Ils ne représentent encore cependant que 4% des clients, avec un million de nuitées l’été et 500’000 l’hiver sur un total de 35 millions. «Les dommages directs au tourisme suisse du coronavirus sont actuellement limités, car les voyageurs du Nouvel An chinois, fin Janvier, sont déjà venus et repartis, explique Karin Sieber, responsable communication de HôtellerieSuisse. Toutefois, Suisse Tourisme s'attend à une baisse de 30 à 50 % du nombre de touristes chinois pour les semaines et les mois à venir.» Etant donné que les villes préférées des grand groupes de touristes venus de l’Empire du Milieu sont Lucerne, Interlaken et Zermatt, le canton de Vaud est moins impacté. «On accueille surtout la deuxième vague des touristes chinois, c’est-à-dire les familles et les petits groupes», explique Philippe Thuner, président de l’association Romande des hôteliers.

A l'Hôtel Lavaux, la directrice donne une réponse plus nuancée. Cet établissement quatre-étoiles situé à Cully, propriété du groupe Sidin Hotels (qui compte aussi, dans le canton, l'Hôtel Victoria à Lausanne, le Prealpina à Chexbres et le Bon Port à Montreux) est plus préoccupé par l’absence des touristes chinois. «Nos statistiques 2019 sont formelles: derrière la Suisse et la France, la clientèle chinoise constitue notre troisième source de revenus, précise Isabelle Braga. Nous travaillons beaucoup avec des individus ou des familles, mais surtout avec des groupes qui se déplacent en car. Cette manne asiatique représente, en moyenne sur l'année, 7 % d'occupation, un chiffre en constante progression au fil des années. La clientèle chinoise nous permet par ailleurs d’occuper des cases, si j’ose dire, plus calmes comme les mois de janvier et février par exemple, et donc intéressantes pour nous.»

Du côté de Lausanne, le tourisme chinois occupe 20% du marché du groupe. «Actuellement, nous sommes dans la basse saison, l’influence du coronavirus est moindre, détaille Stefano Brunetti, Directeur de l’Hôtel de la Paix à Lausanne.» Il ajoute par ailleurs n’avoir pas noté de méfiance ou envers les touristes chinois. «Nous ne sommes pas tombés dans une psychose», ajout-t-il.

A noter que le personnel hôtelier n’a pas reçu de consignes particulières à adopter de la part de l’OMS. Pour le nettoyage des chambres, les mesures d’hygiène habituelles suffisent. B.CR. / A.HO.

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