Sur les traces du monstre du Léman

NatureEn cinq ans, les silures ont envahi l’entier du lac. A tel point que ce poisson exotique pour le bassin du Rhône devra être déclaré dans le carnet de pêche.

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Le soleil pointe à l’horizon, au large de Clarens. Christophe Liechti, pêcheur professionnel à Noville, est sur les traces des féras. Son filet est plus dur à relever. Il pense machinalement à un brochet pris dans les mailles. Mais quand la bête sort la tête de l’eau, la surprise est de mise. «C’est là que j’ai vu sa gueule. Grande. Plate. J’ai tout de suite pensé au silure glane.»

Le poisson est de taille modeste: 80 centimètres pour 4 kilos. Un bébé par rapport au plus gros silure jamais pêché! C’était en septembre dernier en France, dans la rivière Tarn. Un pêcheur amateur a sorti une bête de 2,74 m et plus de 120 kilos.

Depuis 2012, les prises se multiplient dans le Léman, essentiellement dans le petit lac vers Genève. En pêchant un silure au large de Montreux en août, Christophe Liechti a apporté une preuve: le silure glane est dés­ormais implanté dans l’ensemble du lac. Originaire des bassins du Rhin et du Danube, il est donc naturel d’en trouver dans le canton de Vaud… mais dans les lacs de Neuchâtel et de Morat. Par contre, dans le bassin du Rhône, il est «exotique», donc introduit par l’homme. Et l’animal s’y plaît depuis peu.

Le réchauffement climatique joue en sa faveur. Ce poisson aime les eaux tempérées et il commence à être à l’aise dans le Léman. Pour preuve, la température moyenne du lac a augmenté en surface de 2,5 degrés entre 1970 et 2015, selon le rapport de la Commission internationale pour la protection des eaux du Léman. Désormais, toutes les conditions sont réunies pour qu’il puisse se reproduire. La confirmation a été apportée cet été par des chercheurs. Ils ont trouvé un nid dans la rade de Genève. En pleine ville. Le plus gros poisson d’eau douce d’Europe vit dans le Léman. Et il est parti pour rester.

Est-il dangereux pour l’homme?

Avec sa gueule de carnassier et son look de créature du Mésozoïque, le silure traîne une sale réputation, notamment de mangeur d’enfant. Il s’agit là évidemment d’une légende.

«Il est vrai que le monstre peut avaler une proie représentant un tiers de sa taille. Mais rassurez-vous, l’être humain ne fait pas partie de son menu», affirme Frédéric Pittaval, responsable de l’aquariologie à Aquatis. Le nouvel aquarium accueillera deux spécimens.

Au pire, il pourrait vous attaquer pour protéger son nid. Et, dans ce cas, vous risquez une grosse morsure, comme cette femme en 2011 à Sion qui se baignait dans la gouille des Iles. Elle s’en est sortie avec une grosse frayeur et une partie de la peau du ventre râpée. Comme si on avait passé du papier de verre. On ne parle pas des Dents de la mer, mais plutôt des râpes du lac. Le silure n’a pas la mâchoire du requin, mais plusieurs rangées de petites dents (voir infographie).

cliquez ici pour voir l'infographie en grand

C’est également un poisson qui s’alimente plutôt la nuit. A moins de faire un bain de minuit, vous aurez peu de chance de nager dans son terrain de chasse. Par contre, le silure ne craint pas l’homme. Cet été, à Genève, plusieurs badauds ont vu la bête depuis le bord.

Comment est-il arrivé dans le Léman?

Une chose est certaine: c’est l’homme qui l’a introduit dans ce milieu. Pourquoi? L’hypothèse la plus probable est le plaisir qu’éprouvent les pêcheurs sportifs à relever le défi que propose la capture d’un gros trophée comme le silure.

«Il est certainement arrivé par le Rhône. Les premières captures ont été faites du côté de Verbois», selon David Grimardias. Ce chercheur à la Haute école du paysage, d’ingénierie et d’architecture de Genève (Hepia) suit les silures lémaniques pour comprendre leur comportement dans ce nouvel environnement.

Représente-t-il un risque pour la biodiversité?

Quand un nouveau prédateur débarque, c’est tout l’écosystème qui tremble. Et il y a de quoi. Si les juvéniles risquent de se faire croquer par un gros brochet, dès qu’ils atteignent la taille d’un mètre, les silures ne craignent qu’eux-mêmes. Le poisson est un opportuniste. Il dévore tout ce qui passe à proximité de sa gueule: poissons, œufs, petits oiseaux, cannetons et même ses congénères plus petits (oui, c’est un cannibale).

Déjà aux prises avec l’appétit insatiable des cormorans, les pêcheurs professionnels craignent également ce nouveau venu. «Ce qui m’inquiète, c’est que le silure que j’ai capturé était en profondeur dans le Haut-Lac.» Christophe Liechti craint désormais pour les omblières et les frayères à truite. Si le silure y passe, c’est l’hécatombe.

Son introduction étant récente, on ne connaît pas encore son impact exact sur la biodiversité du Léman, mais sa présence au sommet de la chaîne alimentaire va changer l’équilibre.

Dès lors que faire? Il n’y a pas de plan d’extermination du silure dans le Léman. Impossible d’éradiquer un poisson qui se balade dans les 89 milliards de m3 d’eau du Léman.

En cas de prise, le canton de Vaud demande aux pêcheurs de le mettre à mort correctement, comme pour une autre prise. Par contre, c’est une nouveauté, dès l’année prochaine il faudra le signaler dans le carnet de pêche. Et si vous tombez sur un silure de plus de 1,50 m ou sur un site de reproduction vous pouvez contacter le service cantonal.

Le silure est un indésirable qui se plaît dans le Léman. Sans prédateur, la bête grandit tous les jours. Tapie au fond. (24 heures)

Créé: 14.10.2017, 08h19

Le silure n’est pas un nouveau venu dans le lac

extraits de presse

La Feuille d’avis de Lausanne est formelle, il y a déjà eu des prises dans les années 60. Mais à l’époque, le lac était plus froid et le silure ne s’y reproduisait certainement pas. Pour preuve, il faut attendre 1999 pour trouver la trace d’un nouvel article.

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