«Traiter les Compagnons d’affairistes, ça c’est un comble!»

EmmaüsIls s’étaient engagés à débarrasser un appartement gratuitement à Lausanne, mais les héritiers de l’abbé Pierre ont présenté une facture salée.

A la fin de l’année dernière, les Compagnons ont visité un appartement et ont estimé la valeur des objets. Le jour du déménagement des meubles manquaient. Emmaüs a donc facturé le débarras du contenu de l’appartement.

A la fin de l’année dernière, les Compagnons ont visité un appartement et ont estimé la valeur des objets. Le jour du déménagement des meubles manquaient. Emmaüs a donc facturé le débarras du contenu de l’appartement. Image: FLORIAN CELLA

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«Je suis traumatisée. J’ai vu de mes yeux ce qui arriverait à mes affaires quand je décéderai à mon tour, comme ma mère. Les bonnes actions, c’est terminé pour moi!» Gisèle* en a gros sur le cœur. D’autant qu’elle n’imaginait pas un jour accabler des personnes parmi les plus démunies, en l’occurrence les Compagnons d’Emmaüs de la communauté d’Etagnières. Elle avait fait appel à leurs services pour débarrasser gratuitement l’appartement de sa défunte parente. Mais rien ne s’est déroulé comme prévu. «Le contrat que nous avions passé avec cette dame a été rompu. Elle a fait preuve d’un total manque de respect à notre égard», se défend Gérard Corpataux, le responsable de la communauté.

Histoire de confiance

C’est un service proposé par Emmaüs et auquel de nombreux Vaudois font appel: débarrasser les appartements de tout leur contenu, et cela gratuitement. «Nous n’avons jamais fait de publicité là autour. Nous nous déplaçons aussi pour une seule armoire, pour un matelas, de la vaisselle ou des habits. En moyenne, nous effectuons une dizaine de déplacements par jour dans le canton», explique Joao Lemos, un autre responsable de la communauté. Un service où tout le monde est gagnant: le particulier, qui s’évite des frais et des tours de reins, et Emmaüs qui, une fois les meubles et autres objets triés, peut escompter un léger bénéfice en revendant ce qui peut l’être dans son magasin aux allures de caverne d’Ali Baba. Aucun contrat n’est signé entre les parties. «Tout repose sur la confiance», ajoute Joao Lemos. Mais quand elle est écornée, rien ne va plus.

C’était le 24 décembre dernier. Gisèle attend les Compagnons dans l’appartement de sa mère décédée. Elle doit le libérer au plus tôt. L’aide d’Emmaüs tombe à pic. «Comme à chaque fois, nous avions effectué une visite préalable pour savoir ce que contenait cet appartement. On regarde globalement. Nous ne sommes pas des brocanteurs, mais, avec le temps, nous avons l’œil. Nous estimons les meubles et les objets à vue de nez. Dans ce cas, nous avons évalué qu’il y en avait pour 600 francs. Entre les camions, le déménagement, le tri et le recyclage, nous entrerions dans nos frais.»

Sauf qu’entre la première visite et le jour du débarras, des meubles manquaient. «Mon frère est en effet venu prendre quelques meubles, dont une commode, une bibliothèque vitrée, une table ronde et quatre chaises. Les gens d’Emmaüs m’ont dit que j’avais triché, qu’ils n’étaient plus d’accord pour emporter le reste. Ils m’ont alors demandé de payer 2000 francs, sinon ils me laissaient en plan en ce jour de Noël. C’est un procédé scandaleux», estime Gisèle. Son frère effectue un virement par internet. Le débarras peut enfin commencer. «Un jeu de massacre, selon Gisèle. Ils cassaient les meubles à coups de pied s’ils étaient trop volumineux ou s’il y avait trop de vis à enlever. C’est ce qui m’a le plus traumatisée.»

«C’était du racket!»

Entre la gratuité d’un service et une facture de 2000 francs, à régler tout de suite, l’écart peut sembler énorme pour trois meubles manquants. Pour Joao Lemos c’est le prix de la prestation: «Nous avons eu pitié pour cette dame, mais là, tout ce qui restait était à jeter! Nous avons ensuite découvert qu’il fallait également vider la cave et le grenier. Il nous a fallu mobiliser six personnes et remplir cinq camions, et encore, nous n’avons pas pu tout faire en un jour. Et on vient encore nous traiter d’affairistes! C’est un comble!» Gisèle pourtant n’en démord pas: «C’est du racket pur et simple!»

* Nom connu de la rédaction (24 heures)

Créé: 09.02.2013, 09h03

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C’est le nombre moyen de débarras, petits ou grands, que les Compagnons effectuent en camion tous les jours dans le canton

Les exigences de qualité des Galetas

S’ils desservent l’ensemble du canton de Vaud, les Compagnons d’Emmaüs ne sont pas les seuls à faire du débarras de meubles gratuitement chez les gens. Le Centre social protestant le fait également, par le biais de ses quatre Galetas situés à Lausanne, Payerne, Montreux et Yverdon. Les conditions sont sensiblement les mêmes: une visite préalable, une estimation des meubles, un accord entre les deux parties, et la fixation d’une date. Comptez environ trois semaines entre le coup de fil et le débarras. «C’est toujours une transaction délicate. Nous sommes très heureux de la générosité des gens, mais leurs dons doivent être en très bon état, et nous sommes particulièrement exigeants sur ce point. Nous ne pouvons revendre que des choses impeccables dans nos Galetas. C’est l’une des conditions du débarras gratuit. Vous comprenez, nous devons faire tourner nos magasins», explique Evelyne Vaucher Guignard, responsable de communication du CSP Vaud.

A-t-elle en mémoire le cas d’un contrat qui n’aurait pas été respecté? «C’est rare. Il arrive que nos gens ne trouvent rien d’intéressant chez une personne. Le responsable peut alors faire une offre de débarras total, mais contre paiement.»

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