Le travail en Suisse, ce n'est pas la santé

SociétéL’Institut universitaire romand de santé au travail, basé au Biopôle à Epalinges, fête ses 20 ans. Il regrette le peu d’intérêt des patrons pour le sujet.

Le professeur David Vernez prend la direction de l'Institut universitaire romand de santé au travail le mois prochain.

Le professeur David Vernez prend la direction de l'Institut universitaire romand de santé au travail le mois prochain. Image: GERALD BOSSHARD

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La santé au travail, un sujet boudé en Suisse? Le pays figure régulièrement en queue de peloton dans les classements, affichant notamment le pourcentage le plus faible d’entreprises recourant à des médecins du travail (13% contre 97% en Hongrie), selon une enquête publiée entre 2010 par l’Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail.

La Suisse est aussi l’un des pays où l’évocation régulière des questions de santé et de sécurité est la plus rare dans les réunions de direction, indique cette même étude. «C’est typique. Les entreprises ne prennent pas ce sujet au sérieux. Nous sommes vraiment en retard», regrette la professeure Brigitta Danuser, directrice de l’Institut universitaire romand de santé au travail (IST).

Affilié aux Universités de Lausanne et de Genève, et basé au Biopôle d’Epalinges, l’IST fête ses 20 ans d’existence. Seule structure spécialisée de cette envergure en Suisse, elle s’est lancée dans une promotion plus active de la gestion de la santé au travail. «Des questions comme l’absentéisme, le vieillissement de la population et l’augmentation de l’âge de la retraite sont liées à la santé au travail. Cela devient un sujet inévitable», relève Eric Joye, directeur administratif de l’IST.

Du pain sur la planche
Parmi les pathologies les plus fréquentes: les troubles psychosociaux (stress, mobbing, burnout, anxiété, mise sous pression épuisement) et musculo-squelettiques (mal de dos, tendinite…). «Véritable problème national, ces maladies coûtent des milliards, et pourtant on ne les gère pas, s’étonne Brigitta Danuser. Les entreprises ferment les yeux, par exemple, sur les questions du stress au travail».

Pire: les fameux risques psychosociaux sont mal reconnus, relève-t-elle: «Il n’existe pas de véritable cadre pour les traiter. On se contente de médicaliser la personne, par exemple en donnant des antidépresseurs à quelqu’un de stressé, au lieu d’y voir un signe d’alerte indiquant que quelque chose ne fonctionne pas au niveau du travail et qu’il faudrait peut-être adapter l’environnement ou les conditions. On laisse ces gens seuls, on ne fait rien pour eux, à part au niveau médical, alors que le but devrait être de leur faire regagner une capacité de travail. C’est inquiétant, d’autant que la population vieillit et souffre de plus en plus de maladies chroniques».

Sensibiliser les entreprises
Pour rallier entreprises et institutions à sa cause, l’IST prospecte désormais très activement. Elle leur propose des services de sensibilisation, d’investigations et d’actions sur mesure. «Nous voulons être incontournables, explique Eric Joye. Développer notre présence en entreprise, sur demande, pour améliorer les conditions de travail des employés et assurer une productivité optimale pour l’employeur. Notre rêve est d’avoir, d’ici à quelques années, des sociétés qui puissent servir d’exemple».

En 2013, l’institut a facturé 148 mandats en Suisse (dont une majorité dans le canton de Vaud) pour un total de 671 000 francs. Le motif principal concerne l’hygiène, puis la médecine du travail, l’ergonomie et enfin la psychologie.

Parallèlement, au niveau des soins, les médecins du travail sont débordés. Les docteurs de l’IST ont assuré 200 consultations spécialisées en 2014, contre une trentaine il y a dix ans. Une unité pilote pluridisciplinaire de souffrance au travail a été ouverte en 2011 pour faire face à la demande. Elle va être pérennisée. «Il faudrait même l’agrandir, relève la professeure Danuser. Il y a une liste d’attente.»

Fondation de droit privé, l’IST compte obtenir, d’ici à 2016, le soutien de l’ensemble des Cantons romands afin d’étendre son influence. Elle assume aussi des fonctions d’enseignement et de recherche (lire ci-contre). (24 heures)

Créé: 12.12.2014, 15h08

L’avenir: la surveillance biologique

Le prof. David Vernez succède à la prof. Brigitta Danuser le mois prochain à la tête de l’IST. Il mène des recherches en «surveillance biologique»: le développement de biomarqueurs permettant de mesurer plus précisément l’exposition d’une personne aux produits chimiques. «On a du mal à évaluer le cumul des expositions, l’effet cocktail. Un exemple typique: le nettoyeur qui utilise 5 ou 6 détergents différents. La diversification des sources de pollution est un enjeu majeur de santé au travail. Historiquement, la médecine du travail s’intéressait aux voies respiratoires. Aujourd’hui, nous nous intéressons beaucoup à la peau. Beaucoup de produits chimiques la traversent. Je pense par exemple à la coiffeuse qui manipule 15 produits cosmétiques par jour.»

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