Treize mesures contre le harcèlement à l’école

PréventionAnne-Catherine Lyon a révélé son «plan d’action» pour prévenir incivilités et harcèlement en milieu scolaire.

Anne-Catherine Lyon, cheffe du Département de la formation, de la jeunesse et de la culture, ne relâchera pas les efforts du Canton pour lutter contre la violence entre les jeunes.

Anne-Catherine Lyon, cheffe du Département de la formation, de la jeunesse et de la culture, ne relâchera pas les efforts du Canton pour lutter contre la violence entre les jeunes. Image: Marius Affolter

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Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, aurait-on tendance à penser en découvrant le bilan de deux enquêtes menées depuis 2004 autour des comportements des jeunes en milieu scolaire. On y apprend que la plupart des établissements de la scolarité obligatoire trouvent le climat social bon (70%) voire très bon (17%), et que 72% d’entre eux ne s’estiment pas confrontés à des problèmes préoccupants de violence. Mais aussi que la plupart des comportements déviants ont diminué en dix ans.

Enfin, une étude internationale de l’OMS sur le même thème (Health Behaviour in School-aged Children, 2010) confirme ces tendances. Bref, à quelques exceptions près (lire ci-dessous), les écoliers se (com)portent bien, merci.

Vie scolaire, vie privée

La cheffe du Département de la formation et de la jeunesse Anne-Catherine Lyon n’est toutefois pas candide: «Nous aurions pu nous dire que les choses vont tellement mieux qu’il n’y a plus rien à faire. Mais nous pouvons toujours nous améliorer, et chaque année nous sommes face à de nouveaux élèves.» Et s’il y a eu diminution des actes de violence, «on n’a pas fait de progrès en dix ans concernant le harcèlement», rappelle Serge Loutan, chef du Service de l’enseignement spécialisé et de l’appui à la formation (SESAF).

Ensemble, ils ont présenté hier leur plan d’action en treize mesures (lire encadré) pour une prévention efficace contre les incivilités et le harcèlement en milieu scolaire. Et annoncé que d’autres études – notamment auprès d’élèves plus âgés – auraient lieu à intervalle régulier.

Les lignes directrices de ce plan sont d’abord une meilleure coordination de ce qui existe déjà – notamment en établissant des protocoles de collaboration entre l’école et la police –, sans perdre de vue l’évolution des tendances.

Il s’agit aussi de mettre à disposition des outils ad hoc pour une prévention plus efficace et harmonisée, de réfléchir aux sanctions en fonction de l’idée de «justice scolaire réparatrice» (sur le modèle de la conciliation extrajudiciaire, qui établit un contrat entre les partenaires) et de renforcer les liens école-famille. «La difficulté est que nous sommes ici à la frontière entre vie scolaire et vie privée», prévient Anne-Catherine Lyon.

Pour s’assurer de la mise en place de ces mesures, l’Etat a nommé un chef de projet en lieu et place de treizième mesure. Basile Perret, engagé à 40%, gérera le suivi sur le terrain, en lien avec les équipes de promotion de la santé et de prévention en milieu scolaire (PSPS).

Soutenir les établissements

Pour lui, deux éléments sont primordiaux dans la lutte contre le harcèlement: le décloisonnement et le travail en réseau, qui permettent de mieux le détecter, et le fait d’en parler. «Le harcèlement profite du silence, dit-il. En parler, c’est d’abord légitimer les souffrances de la victime, mais cela aide aussi l’auteur à prendre conscience de ce qu’il fait. Enfin, cela permet de rappeler aux témoins qu’ils ont un rôle à jouer.»

Encourager et soutenir les établissements dans la mise en place d’une réelle prise en charge des élèves en souffrance est le défi qui se cache derrière ce plan d’action, qui ne comporte pas d’obligation pour les directeurs. «La prévention doit être humble et modeste, prévient Anne-Catherine Lyon. Des professionnels sont déjà au front, il ne s’agit en aucun cas de s’y substituer, mais de leur offrir des outils tant pour le suivi des élèves que pour (r)établir un bon climat d’établissement.»


Cyberharcèlement et jeunes couples violents

A y regarder de plus près, le «meilleur des mondes» décrit plus haut est terni par deux éléments: le harcèlement prend une tournure nouvelle à cause des réseaux sociaux, et la violence est érigée en dynamique de couple chez une partie des jeunes. Si le harcèlement entre pairs est resté stable entre 2004 et 2014, le cyberharcèlement s’est ajouté à sa forme traditionnelle (voir infographie). Sonia Lucia, auteure de l’étude comparative auprès de 2600 élèves vaudois pour l’Institut universitaire de médecine sociale et préventive, relève que cette nouvelle forme est un prolongement du harcèlement scolaire: les auteurs et les victimes sont les mêmes. D’autre part, le cyberharcèlement encourage à une réciprocité. La chercheuse indique toutefois qu’il est rarement intensif. Autre fait nouveau, la violence dans les jeunes couples a fait son apparition. Réciproque, elle comprend, d’une part, le monitoring (la surveillance et le contrôle du conjoint, forme la plus répandue au sein du couple) et la violence sexuelle, le plus souvent le fait des garçons, ainsi que, d’autre part, la cyberviolence (fait de répandre une rumeur, d’humilier sur Internet) et la violence physique, dont se rendent coupables davantage les filles.

Créé: 21.11.2015, 11h08

Treize mesures

Plan d'action

1 Mettre à disposition des protocoles de collaboration (entre école, police, préfets, communes).
2 Améliorer la visibilité et l’accessibilité des prestations, et mesures existantes.
3 Poursuivre la collecte de données à des fins de pilotage.
4 Fournir à court terme des appuis spécifiques dans le suivi et la prise en charge des élèves.
5 Continuer la collaboration et la coordination entre la Direction générale des écoles obligatoires (DGEO), le Service de l’enseignement spécialisé (SESAF) et le Service de la protection de la jeunesse (SPJ).
6 Evaluer les besoins, encourager la formation des enseignants, favoriser et soutenir les projets de coaching et de supervision dans les écoles.
7 Encourager les projets d’établissements en lien avec le climat scolaire.
8 Mettre à disposition du matériel d’information.
9 Etablir une liste de prestations externes à l’école en lien avec le harcèlement.
10 Améliorer la lisibilité des règles et des sanctions.
11 Encourager les établissements à travailler sur la notion de «justice scolaire
réparatrice»
.
12 Soutenir et encourager les projets visant à renforcer les liens école-famille.
13 Assurer un suivi sur le terrain, via un chef de projet.

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