Le Tribunal criminel explique l’acquittement de Laurent Ségalat

Procès SégalatTrois semaines après avoir libéré le scientifique français de l’accusation de meurtre, la cour livre le raisonnement qui l’a conduite à cette décision

La salle d'audience, au premier jour du procès, avec Laurent Ségalat debout à gauche.

La salle d'audience, au premier jour du procès, avec Laurent Ségalat debout à gauche. Image: VIJEM

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À peine plus de trois pages, sur un écrit qui en comporte cent, ont suffi au Tribunal criminel de l’arrondissement de la Côte pour expliquer l’acquittement de Laurent Ségalat. Les autres retracent le cheminement de l’enquête et rappellent le principe de la présomption d’innocence.

«La preuve de la culpabilité n’a pas été apportée, ni par l’accusation, ni par les parties civiles». Plus précisément: «Il existe d’un point de vue objectif un doute sérieux sur le déroulement des faits ainsi que sur l’implication de Laurent Ségalat dans le décès, doute qui doit profiter à l’accusé». Et de rappeler que c’est à l’accusation qu’incombe le fardeau de la preuve, non au prévenu de démontrer son innocence.

Le procureur général, les avocats du scientifique français libéré de l’accusation du meurtre de sa belle-mère ainsi que l’avocat des proches de la défunte ont reçu ce vendredi le détail tant attendu du jugement. Celui-ci avait été communiqué de manière très sommaire le 1er juin, quelques heures seulement après la fin d’un procès tendu qui dura sept jours. 24?heures a pu consulter ce document par lequel les cinq juges contredisent le ministère public qui avait requis 16?ans de prison.

Se basant sur les rapports des légistes du Centre universitaire romand de médecine légale (CURML) ainsi que du professeur Vieira, la Cour est convaincue que Catherine Ségalat a été agressée. Elle estime que la thèse du professeur Lecomte mandatée par la défense, prônant une chute isolée sur le crâne, n’est pas crédible: «elle répond manifestement à ce qu’attendaient les avocats». Les griffures que portait Laurent Ségalat, le temps passé avant d’appeler les secours, le nettoyage des lieux et de deux chemises? Ces éléments «ne sont de loin pas suffisants pour établir la façon dont l’agression a eu lieu et être considérés comme un faisceau d’indices pouvant emporter l’intime conviction». Pour ce qui est du changement de vêtements, les juges se demandent pourquoi Laurent Ségalat n’a changé ni pantalon ni chaussettes.

Le jugement n’exclut pas le fait d’une tierce personne. Petite pique à l’endroit de la police qui n’avait pas jugé utile de procéder à d’autres contrôles ADN sur des objets dans le lave-vaisselle, posés dans la cuisine ou sur l’évier. «Il en résulte qu’aucun ADN de tiers, ni même de la femme de ménage présente le matin de l’agression, n’a été analysé».

Le rapport du professeur Fried, éminent gastro-entérologue mandaté par la défense, a lui aussi pesé sur la balance. Rappelons que ce spécialiste a raisonné sur la base du contenu de l’estomac de la victime. Il estime extrêmement invraisemblable que l’arrêt de la vidange gastrique soit intervenu après 18?heures. Or le dernier contact de Laurent Ségalat avec sa belle-mère, par téléphone depuis la librairie, a eu lieu à 16?h?56.

En plus de l’absence d’arme du crime, le jugement considère que le mobile «est inexistant.» Sur la base des témoignages, il observe que Laurent Ségalat était plutôt heureux aux alentours de ce 9 janvier 2010, tant en raison de la présence de ses filles, de son installation à Thonon que du succès de son livre. «Ni les témoins, ni les explications des parties civiles n’amènent d’éléments probants suffisants pour dire qu’une éventuelle dispute aurait eu pour origine les conditions de la reprise de la librairie.»

Enfin, se référant aux déclarations du psychiatre cité par la défense, le tribunal retient que «pour commettre un tel matricide, il faudrait des circonstances absolument extraordinaires».

Tant le procureur général Eric Cottier que Me Jacques Barillon au côté des proches de Catherine Ségalat vont maintenant décider si le jugement désormais connu dans son intégralité les incite à formaliser leur recours

(24 heures)

Créé: 22.06.2012, 18h04

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