Les universités limitent leurs voyages en avion pour la planète

Climat Les étudiants bâlois sont interdits de vol dans certains cas. Les Vaudois ne vont pas aussi loin, mais ont des solutions pour polluer moins.

«L’initiative bâloise a le grand mérite de mettre le sujet en lumière», a réagi l'Université de Lausanne.

«L’initiative bâloise a le grand mérite de mettre le sujet en lumière», a réagi l'Université de Lausanne. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Voler moins pour polluer moins. Pour faire baisser leur empreinte carbone et leur impact sur l’environnement, de nombreuses entreprises ont entamé des réflexions autour du trafic aérien, particulièrement polluant.

Le monde académique n’est pas en reste. À l’initiative d’un petit groupe d’étudiants, l’Université de Bâle vient ainsi de faire l’annonce la plus spectaculaire en ce sens: les trajets en avion pour des distances de moins de 1000 kilomètres y sont désormais proscrits. Doivent dorénavant être préférés les moyens de transport avec moins d’impact sur l’environnement, le train en tête.

Inédite dans le paysage académique suisse, la mesure ne concerne pas encore les chercheurs de la cité rhénane: «Elle n’est destinée qu’aux étudiants qui voyagent dans le cadre de leur cursus», précise Julien Meillard, adjoint à la Direction Durabilité et Campus de l’Université de Lausanne (UNIL). «Sa portée n’est par conséquent pas énorme, mais l’initiative bâloise a le grand mérite de mettre le sujet en lumière», poursuit le responsable, qui l’indique d’emblée: l’Université de Lausanne n’a pas édicté de règle contraignante en la matière.

Et s’il n’y a pas obligation, mais «encouragement», c’est que les trajets en avion sont souvent moins chers – et plus courts – que ceux en train. L’institution en appelle plutôt aux pesées d’intérêts. «Nous demandons aux collaborateurs de réfléchir à la véritable pertinence d’un voyage. Il n’est pas nécessaire de se déplacer partout tout le temps. À Lausanne, nous avons par exemple équipé des salles dotées de systèmes de vidéoconférence de qualité. Récemment, un de nos chercheurs a été invité à donner une conférence aux États-Unis. Plutôt que d’y aller, il s’est adressé à l’assistance par écrans interposés.»

Faire baisser le prix du train

Si le voyage s’avère toutefois nécessaire, en particulier pour les jeunes chercheurs qui ont davantage besoin de se montrer, notamment pour rencontrer du monde et «réseauter», que ceux plus installés, l’alma mater encourage ses collaborateurs à ne pas se baser uniquement sur le critère économique qui aurait tendance à faire opter pour la voie des airs.

«Nous comptons des instituts, comme celui de la science des sports, par exemple, qui encouragent expressément à prendre le train, même si cela occasionne plus de frais.» D’autres, au contraire, auront tendance à préférer l’avion pour courir le plus de conférences possible. «C’est au bon vouloir des directions d’instituts», poursuit Julien Meillard.

Souvent évoqué comme frein à ce genre d’initiatives, le prix des voyages en train fait également l’objet de réflexions. Pour faire baisser la facture des billets de train, l’UNIL envisage un portail unique qui réunirait toutes les entités de l’université pour la commande de tickets. Être un client unique conséquent, plutôt qu’une multitude de petits clients disparates, permettrait de négocier des rabais. Travaux et discussions en ce sens sont en cours.

Études édifiantes à l’EPFL

Toujours à Lausanne, l’EPFL, qui affiche l’ambitieuse volonté d’être neutre en carbone à l’horizon 2020, multiplie les efforts. Parmi plusieurs mesures, Martin Vetterli, président de l’école, évoquait dans nos colonnes la possibilité de moins prendre l’avion («24 heures» du 24 janvier 2018). «J’ai demandé à mes services de faire une analyse comparant l’impact scientifique des chercheurs de l’EPFL à leur impact écologique», indiquait-il à l’époque.

C’est aujourd’hui chose faite. L’EPFL a réalisé des études dont les résultats sont édifiants. Un tiers de ses émissions de CO2 est produit par ses bâtiments, un tiers par les déplacements de ses collaborateurs et étudiants pour se rendre au travail et… le dernier tiers par les vols en avion. «Beaucoup de nos chercheurs doivent voyager pour présenter des conférences ou participer à des séminaires», explique Luca Fontana, spécialiste en mobilités durables à l’EPFL.

L’école fédérale peut toutefois faire beaucoup mieux. Selon ses calculs, elle pourrait réduire ses émissions aériennes de 17% en volant uniquement en classe économique (la pollution est plus importante en classe business car l’avion est moins rempli). Elle pourrait encore les abaisser de 15% si les vols continentaux étaient remplacés par le train.

Mais pas question d’agir à la légère. «Nous avons mené deux autres études, poursuit Luca Fontana. L’une pour mieux comprendre les raisons des voyages et les besoins des chercheurs, et l’autre pour savoir s’il existe une corrélation entre les voyages en avion et les performances académiques des chercheurs.»

En clair, un prof est-il meilleur s’il voyage beaucoup? Question sensible, on s’en doute. Les résultats seront communiqués très prochainement à la direction, «qui choisira ensuite le plan d’action le plus efficace possible».

À Genève

Du côté des autres universités romandes, celle de Genève réfléchit. Elle va d’abord s’atteler à faire un bilan de ses émissions. Elle sait déjà que ses collaborateurs ont pris l’avion 2700 fois en 2017.

«Nous allons étayer ces données pour mieux évaluer notre impact, puis nous proposerons des mesures», explique Jörg Balsiger, directeur de l’Institut gouvernance de l’environnement et développement territorial. À Neuchâtel, on planche sur une mesure incitative qui devrait être dévoilée prochainement.

Créé: 27.01.2019, 18h15

1000

En kilomètres, il s’agit des trajets en dessous desquels l’avion est banni par l’Université de Bâle.

«Nous demandons aux collaborateurs de réfléchir à la véritable pertinence d’un voyage. Il n’est pas nécessaire de se déplacer partout tout le temps»

Julien Meillard, adjoint à la Direction Durabilité et Campus de l’UNIL

Articles en relation

16 millions pour aider l’UNIL à consommer moins

Environnement Le Canton demande une enveloppe conséquente au parlement pour rendre le parc immobilier de l’UNIL moins énergivore Plus...

«Nous ouvrons l’EPFL à ceux qui n’ont pas fait d’études»

Formation À la tête de l’école depuis un an, Martin Vetterli revient sur ces douze mois riches en nouveautés. Plus...

Paid Post

CallDoc, assuré malin et flexible
Bénéficiez de consultations médicales 24h/24, 7j/7 et faites des économies! Profitez du rabais de prime sur l’assurance-maladie de base. Demandez une offre maintenant.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.