Usage de psychotropes à Prangins: «Oui, la situation était catastrophique. Mais c'est du passé»

PsychogériatrieL'hôpital psychiatrique fait un mauvais usage de ce type de médicaments, dénonce un rapport récent. La nouvelle direction veut rassurer.

Le Dr Julien Elowe, médecin chef du secteur psychiatrique Ouest et la Dre Estelle Gillès de Pélichy, responsable du service de psychiatrie de la personne âgée de l'hôpital de Prangins. Ils sont en poste depuis 2017.

Le Dr Julien Elowe, médecin chef du secteur psychiatrique Ouest et la Dre Estelle Gillès de Pélichy, responsable du service de psychiatrie de la personne âgée de l'hôpital de Prangins. Ils sont en poste depuis 2017. Image: PATRICK MARTIN

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Les hôpitaux psychiatriques vaudois se trompent fréquemment en matière de prescriptions de psychotropes aux seniors (notre édition du 27 mars). Posologie ou indications inadaptées, interactions dangereuses… Les résultats des investigations menées en 2015 sont inquiétants. Prangins détient la palme (voir chiffres ci-dessous). «Les choses ont changé», assure la nouvelle direction du secteur psychiatrique Ouest, en poste depuis 2017. Les explications du Dr Julien Elowe, médecin-chef, et de la Dre Estelle Gillès de Pélichy, responsable du Service de psychiatrie de la personne âgée.

Vos réactions à ces très mauvais résultats?
Estelle Gillès de Pélichy(E.G.P.): Oui, la situation en 2015 était catastrophique. Mais c’est du passé; elle ne l’est plus. Nous nous sommes remis en question et avons amélioré les choses. L’équipe a changé à 100% et s’est rajeunie.
Julien Elowe (J.E.): Nous sommes en train de corriger ces problèmes. La question de la prescription me préoccupe beaucoup. Je veux m’assurer que l’on utilise correctement ces médicaments.

En 2015, chaque patient âgé prenait en moyenne 4,7 psychotropes. Qu’est-ce que ce chiffre vous inspire?
E.G.P.: C’est choquant. Cela ne correspond pas à ma vision de la psychogériatrie.

Les erreurs de médication touchaient plus de la moitié des patients. C’est énorme.
J.E.: Il est absolument anormal d’avoir un pourcentage si important de traitements inadéquats. Il ne faut plus voir ces chiffres dans un service de psychogériatrie. La question de la prescription n’était pas réfléchie en amont, notamment pour une raison de dotation trop faible en personnel. Nous avons renforcé l’équipe médicale. Un deuxième médecin assistant va la rejoindre le 1er mai.
E.G.P.: Un médecin assistant est présent tous les jours dans le service. Ce n’était pas le cas avant. Un nouveau chef de clinique est en poste depuis novembre. Nous avons aussi engagé deux somaticiens (à 20% chacun). Cela manquait vraiment. Par ailleurs, les liens avec nos partenaires (EMS, CMS, généralistes) ont été renforcés, de même que l’encadrement à la sortie.

Comment contrôlez-vous les prescriptions?
J.E.: Nous avons institué en septembre une visite hebdomadaire au lit de chaque malade. L’équipe au complet (moi compris) réfléchit à la pertinence du séjour et du traitement. L’équipe de la Pharmacie inter­hospitalière de La Côte participe à cette visite toutes les quatre à six semaines. Ils vérifient les ordonnances, questionnent les prescriptions et participent à la formation des médecins assistants.
E.G.P.: Mon rôle est de les encadrer au quotidien. Je les pousse à s’interroger. Qu’est-ce qui justifie tel traitement? Qu’est-ce qu’on en attend? La visite permet ainsi de se demander si – et quand – on peut réduire un médicament. Elle donne aussi aux patients l’occasion de poser des questions.

Les médecins assistants suivent-ils des cours de psychopharmacologie, désormais obligatoires?
J.E.: Nos dotations étant faibles, il est difficile de les libérer une demi-journée. Nous venons d’aménager une salle multimédia pour la formation à distance. Je participe moi-même, dès le 28 mars, à la formation en pharmacologie pour le Centre d’enseignement postuniversitaire pour la spécialisation en psychiatrie et psychothérapie. Je donnerai ces mêmes cours aux médecins assistants et aux chefs de clinique à Prangins.

Songez-vous à des alternatives aux médicaments?
J.E.: Un projet de parcours santé sur le site arrive à bout touchant. L’activité physique a une influence sur l’humeur. Améliorer l’humeur des patients aura un effet, a priori, sur la médication.
E.G.P.: En vue de prescrire moins d’anxiolytiques, nous songeons aussi à proposer de la signalétique permettant au patient de mieux s’orienter et d’être moins angoissé.

Actuellement, combien de psychotropes sont prescrits en moyenne par patient?
J.E.: Nous n’avons pas fait cette analyse. Il serait en effet intéressant de le savoir.

Quel est le seuil que vous ne voulez pas dépasser?
E.G.P.: Au-delà de trois psychotropes, il faut s’interroger. Pareil quand je vois un doublon, par exemple deux antidépresseurs. Il faut savoir qu’au-delà de trois molécules actives, les interactions nous échappent.

Sur quoi vous basez-vous pour affirmer que les choses se sont améliorées?
E.G.P.: La durée de séjour a baissé (de 42 à 37 jours); c’est un bon indicateur.
J.E.: Les différents projets évoqués avancent bien. Il y a eu un changement d’équipe, mais aussi d’état d’esprit. Nous avons encore beaucoup de choses à améliorer. Il faut poursuivre la réflexion globale sur la prise en charge de la personne âgée. (24 heures)

Créé: 01.04.2018, 11h58

Les chiffres

20

lits au Service de psychiatrie de la personne âgée de l’Hôpital de Prangins.

2015

Année de l’analyse d’un échantillon de prescriptions de psychotropes (neuroleptiques, antidépresseurs, tranquillisants, anxiolytiques…) par des experts mandatés par l’État de Vaud.

17%

des prescriptions analysées sont jugées inadéquates.

58%

des patients sont concernés.

4,7

psychotropes prescrits en moyenne à chaque patient.

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