«Une œuvre de démolition de mon action et de ma personne»

PolémiqueJacqueline de Quattro explique pourquoi elle a saisi la justice contre le livre à charge de Fabien Dunand. Et répond à son auteur.

La ministre Jacqueline de Quattro «laisse les électeurs se faire leur propre opinion».

La ministre Jacqueline de Quattro «laisse les électeurs se faire leur propre opinion». Image: PATRICK MARTIN

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Sitôt publié, sitôt interdit. Le livre à charge contre Jacqueline de Quattro, intitulé «Une conseillère d’État ne devrait pas dire ça», a été retiré de la vente le 27 mars dernier. La ministre PLR a demandé des mesures provisionnelles à la justice, laquelle devrait statuer le 17 avril. Jacqueline de Quattro s’exprime pour la première fois sur cet ouvrage, écrit par Fabien Dunand, ex-rédacteur en chef de «24 heures» et corbeau dans l’affaire Nicod et Orllati.

Pourquoi avez-vous demandé des mesures pour faire interdire ce livre?
Ce n’est pas le livre d’un simple citoyen. Il s’agit d’un pamphlet à charge écrit par une personne avec laquelle je suis en procédure pénale. J’ai déposé une plainte contre X en 2016, dans l’histoire des lettres anonymes et des dénonciations calomnieuses concernant des pollutions non avérées. J’avais décidé d’agir après la cinquième lettre, qui était vraiment virulente et me visait personnellement. L’enquête pénale ouverte par le procureur a permis de remonter jusqu’à Fabien Dunand, identifié comme le corbeau. Venant de cette personne, il ne s’agit donc pas d’une critique politique mais bien d’une œuvre de démolition de mon action et de ma personne.

Pourquoi vous attaque-t-il? Je ne sais pas et je ne le connais pas. Je ne me souviens pas d’avoir eu un quelconque conflit avec M. Dunand. Peut-être me le dira-t-il un jour.

Pourquoi ne pas laisser le public juger lui-même?
Ce que j’ai voulu interdire, ce n’est pas tant le livre que sa couverture, qui utilise une de mes photos sans mon autorisation. Beaucoup de gens ont cru que c’était moi qui l’avais écrit, ou du moins coécrit ou cautionné. Le titre s’adosse à celui d’un ouvrage sur François Hollande, «Un président ne devrait pas dire ça», écrit après des entretiens autorisés avec des journalistes. Il y a là une volonté de confusion.

Ne peut-on pas utiliser l’image d’une personnalité publique?
Si on ne peut pas se défendre sous prétexte qu’on est une personnalité publique, alors on devient une sorte de punching-ball. Je sais qu’en tant qu’élue je dois assumer beaucoup de choses, mais il y a des limites. La dignité et le fait de pouvoir se défendre font partie des droits fondamentaux. Ce n’est pas parce qu’on est connu qu’on doit accepter de devenir une sorte de gibier. J’attends que la justice se prononce et je souhaite qu’il n’y ait plus de confusion. J’aimerais que la couverture montre clairement qu’il s’agit d’un pamphlet de M. Dunand contre moi.

Votre réaction sur le contenu?
Je ne l’ai pas lu et je ne le lirai pas. Je n’ai pas envie de me laisser polluer mon action politique. En tant que conseillère d’État, je dois prendre tous les jours des décisions lourdes de conséquences et je n’ai pas d’énergie à perdre. En revanche, je me suis renseignée sur son contenu. Si des personnes veulent le lire, cela ne me dérange pas, mais avec une couverture qui soit correcte.

Ce livre critique sans nuance toute votre action politique. Quelque chose à répondre?
On juge une personne sur son bilan. J’ai mené des dossiers difficiles, que je ne vais pas rappeler ici. Sur l’aménagement du territoire par exemple, nous avons réussi à sortir du moratoire en un temps record. M. Dunand me reproche d’avoir fait traîner le dossier, cela contredit tous les articles qui me reprochaient d’aller trop vite. On voit qu’il tord la réalité.

Il écrit que le retrait de la police de votre portefeuille en 2013 était un désaveu. Vrai?
Vous avez eu l’impression que le travail n’était pas fait? Ce n’est pas ce qu’a pensé le peuple vaudois, en me réélisant avec un très beau score, juste derrière MM. Broulis et Maillard. La réforme policière était adoptée, le hooliganisme freiné, les effectifs policiers renforcés. J’ai repris ensuite un dossier très chaud, l’aménagement du territoire et le domaine des énergies qui prend du temps. Mais on voit que je suis une des rares à ne pas lâcher son os. S’il y a un jour de nouvelles éoliennes en Suisse, ce sera peut-être le mérite du Canton de Vaud de n’avoir pas lâché ce volet non négligeable de la stratégie énergétique. On peut bien juger quelqu’un sur quelques mots malheureux. En douze ans, vous prenez forcément des décisions qui ne plaisent pas à tout le monde. J’assume ce que j’ai fait et dit à chaque étape. Si une personne sous le coup d’une plainte pénale déposée par mes soins n’est pas d’accord avec ma politique, c’est normal. Je laisse les électeurs se faire leur propre opinion.

En somme, vous nous dites qu’un corbeau ne devrait pas écrire ça?
Exactement.

Quand même, en le lisant on a l’impression que le dossier des porcheries a peu évolué sous votre férule.
C’est normal, j’avais le vétérinaire cantonal dans mon Département, mais pas l’agriculture. Le vétérinaire a fait son travail: il a dénoncé la situation et demandé des mesures que seule l’agriculture pouvait prendre. D’où la décision du Conseil d’État de joindre les deux services, ce qui a débloqué le problème.

Vos réflexions sur Facebook ne sont-elles pas trop personnelles, comme vous le reproche le livre?
Mais ma page Facebook n’est pas politique, elle est personnelle. Je revendique le droit de m’y exprimer, parfois spontanément. J’adore échanger en direct avec les gens, quitte à enlever après-coup des dialogues trop polémiques. Je ne vais pas arrêter parce que cela ne plaît pas à M. Dunand.

Craignez-vous que ce livre ne nuise à votre campagne pour le Conseil national?
C’est clairement son but, mais je ne le crains pas. (24 heures)

Créé: 09.04.2019, 23h03

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