Le vaccin est conseillé aux garçons, mais pas payé

PapillomavirusLa vaccination contre le virus est recommandée aux jeunes hommes depuis un an. Elle sera remboursée dès le mois de juillet

Le programme de vaccination scolaire s’est focalisé jusqu’ici sur les jeunes filles de 11 à 14?ans.

Le programme de vaccination scolaire s’est focalisé jusqu’ici sur les jeunes filles de 11 à 14?ans. Image: B. BOISSONNET/BSIP

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L’Office fédéral de la santé publique recommande depuis mars 2015 la vaccination contre les papillomavirus humains (HPV) non seulement aux jeunes filles, mais aussi aux garçons de 11 à 26 ans, idéalement entre 11 et 14 ans. Côté factures, les deux sexes ne sont pourtant pas logés à la même enseigne. L’école vaudoise, qui vaccine les élèves volontaires en 9e année, a fait savoir aux parents que la piqûre était remboursée uniquement pour les demoiselles.

Sexiste, la Santé scolaire? La réalité est plus prosaïque. Ce n’est pas le Canton mais les assureurs qui paient les vaccins contre ce virus transmissible sexuellement pouvant être à l’origine du cancer du col de l’utérus. Le remboursement pour les garçons vient tout juste d’être négocié. Il sera effectif dès le mois de juillet. Les familles vaudoises devront donc attendre la rentrée scolaire prochaine pour bénéficier d’une prise en charge LAMal. Le vaccin HPV sera proposé en 9e année, moyennant l’accord écrit des parents.

Verrues unisexes

«Nous aurions intégré les garçons dans le programme de vaccination scolaire sans attendre le remboursement s’il s’agissait d’un problème urgent de santé publique, explique Eric Masserey, médecin cantonal adjoint. Ce n’est pas le cas. Nous avons tout de même choisi de communiquer sur le fait qu’il était désormais recommandé. Les familles ont le droit de savoir.»

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Responsable de l’Unité cantonale de promotion de la santé et de prévention en milieu scolaire, le Dr Olivier Duperrex confirme que «l’on n’est pas à six mois près. C’est important, il faut le faire mais il ne s’agit pas d’une «hyperépidémie.»

Le vaccin HPV est proposé depuis 2008 aux adolescentes de 11 à 14 ans dans le cadre du programme cantonal de vaccination. Pourquoi inclure les garçons, jusqu’ici ignorés dans les campagnes de prévention?

Rappelons tout d’abord que les HPV constituent la cause la plus fréquente d’infection sexuellement transmissible en Suisse. La plupart du temps, le virus disparaît sans symptôme, de lui-même. Cependant, il peut arriver qu’il provoque des verrues ou des lésions précancéreuses. Comme le papillomavirus se transmet par des rapports sexuels vaginaux, oraux ou anaux, il est logiquement impliqué dans d’autres cancers que celui du col de l’utérus (anus, pénis, vagin, gorge). Et si les hommes ne développent que rarement un cancer dû à ces virus, ils sont tout aussi concernés par les verrues génitales que les femmes.

Sur les nouveaux cas de cancer, l’OFSP estime que 79 à 183 cas par année pourraient être évités chez les hommes grâce au vaccin, et 285 à 320 cas pour les femmes.

Faute de données disponibles, personne ne peut encore déterminer le rapport coût-efficacité de la vaccination masculine. On ignore aussi si elle peut avoir un impact sur le développement des cancers du col de l’utérus. «Le fait que les garçons se protègent va probablement contribuer à la protection des femmes», avance le Dr Olivier Duperrex.

«Eviter la transmission»

Pour la Drsse Martine Jacot-Guillarmod, médecin associée au Département de gynécologie-obstétrique du CHUV, vacciner les garçons a tout son sens. «L’objectif premier est d’éviter la transmission. C’est une question de bon sens: si l’on veut être efficace, on ne peut pas vacciner que la moitié de la population. Autre élément: les verrues génitales sont bénignes mais ont un impact très négatif sur la qualité de vie et l’image de soi, et sont hautement transmissibles. Il y a aussi de plus en plus de cancers de l’anus induits par les HPV.»

Eric Masserey est un peu moins enthousiaste. «Je trouve tout à fait juste de mettre à disposition de la population une réponse à un problème, même s’il ne concerne qu’une minorité. Après, il est vrai que cela reste un problème de santé publique très secondaire. L’impact est beaucoup plus important pour les filles.»

L’objectif premier est d’éviter la transmission. C’est une question de bon sens: si l’on veut être efficace, on ne peut pas vacciner que la moitié de la population.

Pour les autorités sanitaires, l’utilité de la vaccination – jusqu’ici mesurée chez les adolescentes – n’est plus à prouver. Des voix s’élèvent pourtant régulièrement pour la mettre en doute, voire dénoncer des effets secondaires. Accusé d’augmenter les risques de pathologies du système nerveux, notamment, le vaccin HPV a fait l’objet de vives polémiques ces dernières années (lire ci-contre).

Une chose est certaine: il ne couvre pas l’ensemble des virus HPV. Un dépistage régulier reste donc obligatoire.

Créé: 01.02.2016, 21h11

Les Vaudoises deviennent méfiantes

L’Unité vaudoise de promotion de la santé et de prévention en milieu scolaire suit attentivement le recul du nombre de jeunes filles vaccinées contre le papillomavirus. Pour son responsable, le Dr Olivier Duperrex, cette baisse est probablement liée aux polémiques dont le vaccin Gardasil fait régulièrement l’objet. «Au début du programme de vaccination, nous touchions les deux tiers des filles. Aujourd’hui, on est au-dessous des 50%. Cette diminution progressive n’est pas étonnante. C’est probablement le résultat des débats polémiques qui ont eu lieu en France en 2014. L’effet de ces polémiques est dramatique et engendre une baisse des vaccins demandés à l’école.»

Eric Masserey formule les mêmes regrets. «Des informations de qualité parfois très contestable circulent. Elles ont évidemment un effet. Les études sérieuses internationales montrent un impact favorable et une sécurité très importante du vaccin pour les filles. Il n’y a pas d’hésitation à avoir.»

L’an dernier, le Parquet de Paris a rejeté les plaintes groupées d’une cinquantaine de patientes qui accusaient le Gardasil d’avoir provoqué la sclérose en plaques, le lupus et d’autres pathologies.

En chiffres

5% environ des tumeurs chez les hommes et les femmes seraient associées aux papillomavirus humains (HPV).

70% Le vaccin protège contre les types de HPV qui causent 70% des cancers de l’utérus, 80% des cancers de l’anus et 90% des verrues génitales.

250 nouveaux cas de cancer du col de l’utérus sont diagnostiqués chaque année en Suisse. Huitante femmes en décèdent.


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