Vaud, le canton riche aux 40'000 pauvres

SocialPierre-Yves Maillard chiffre la pauvreté dans le canton. Résultat: les plus modestes ont moins de 2000 francs pour payer le loyer, la nourriture et les autres frais.

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Sous les cieux cléments du canton de Vaud, près d’un vingtième de la population est en situation de pauvreté, malgré les aides des collectivités publiques. Conseiller d’Etat en charge du Social, le socialiste Pierre-Yves Maillard a présenté jeudi le deuxième Rapport social vaudois. Réclamé par le Grand Conseil, ce document devrait aujourd’hui jeter de nouvelles bases pour un débat mieux documenté. Depuis environ quatre ans, la majorité bourgeoise conteste avec force le bien-fondé de la politique sociale du gouvernement à majorité de gauche.

Que résulte-t-il de ce rapport de 152 pages qui se met au défi de décrire à la fois la situation financière des ménages vaudois et l’effet des aides des collectivités publiques? Un taux de 4,8% de pauvreté en 2014 ressort de l’étude, menée par le secrétariat général du Département de l’action sociale et par StatistiqueVaud. Cela représente environ 40'000 personnes. Ce pourcentage peut paraître petit si on le compare aux 7% que l’Office fédéral de la statistique calcule au niveau suisse. Mais le chiffre vaudois ne comprend pas les retraités, notoirement assez pauvres. Reste que sans les aides sociales, le taux de pauvreté vaudois monterait à 8,7%.

Les ménages exposés au risque de pauvreté, soit pas encore pauvres mais fragiles, s’élèvent à 14,1%. Le manque de formation de ces personnes est pointé en particulier, tandis que le fait d’être étranger ou dans un mauvais état de santé joue aussi un rôle important.

«La politique sociale ne doit pas se contenter de protéger. Elle doit aussi maintenir le pouvoir d’achat»

Pierre-Yves Maillard fait valoir qu’il est fondamental de soumettre les politiques sociales cantonales à une évaluation régulière. L’un des axes propres à se développer à l’avenir sera de regarder la situation financière de la population sous l’angle de son pouvoir d’achat: «La politique sociale ne doit pas se contenter de protéger, dit-il. Elle doit aussi maintenir le pouvoir d’achat.» Aux yeux du magistrat, le fait d’avoir permis jusque-là à bon nombre de gens de consommer a d’ailleurs contribué largement à la bonne santé financière du canton.

La richesse globale vaudoise est précisément mise en regard avec la pauvreté. Vaud affiche une croissance moyenne annuelle de 2,6% du produit intérieur brut (PIB) contre 1,9% en Suisse: «Ça n’a l’air de rien, poursuit le socialiste, mais c’est massif comme écart.» Dans ce canton très dynamique où la démographie croît de plus de 10'000 âmes chaque année, la richesse n’est pas répartie. A titre illustratif, il faut signaler qu’un quart des contribuables (ménages fiscaux) ne déclare aucune fortune tandis que plus de la moitié de l’argent est détenue par 4,7% d’entre eux.

Une première
Si ce rapport social est le deuxième après celui de 2011, il constitue une première dans son approche. L’objectif est de voir si les inégalités entre les ménages ont augmenté et combien de personnes sont touchées par la pauvreté. En complément, les auteurs de l’étude recherchent aussi quelles personnes sont les plus exposées au risque de pauvreté. Plusieurs bases de données ont été auscultées, comme le registre cantonal des personnes, le revenu d’insertion (RI), les subsides à l’assurance-maladie, les prestations complémentaires, les bourses d’études et les données fiscales, entre autres. Cet immense lot d’informations a été confronté à des enquêtes existantes sur les ménages vaudois. Le tout est établi dans une perspective historique depuis le milieu des années 2000 jusqu’à 2015.

Ce qui reste pour vivre
Le rapport social vaudois mesure le niveau de vie de la population en exposant notamment le «revenu disponible» des ménages, soit l’argent à disposition après payement des impôts, des primes maladie et des éventuelles pensions alimentaires. Pour la plus grande partie de la population, ce revenu a augmenté depuis 2006, de 6% environ. Pour les plus pauvres, il a diminué de 0,8%. En 2014, il est calculé à moins de 2000 francs par mois pour payer le loyer, la nourriture et les autres frais pour une personne seule. Le revenu disponible médian est de 4000 francs…

Sans surprise, les dépenses pour le logement et l’énergie sont les plus importantes, avant les transports, la nourriture, les loisirs, la culture et les sorties. S’ajoutent à cela d’autres postes comme le téléphone, les meubles, les vêtements, les assurances de tous ordres et enfin l’épargne. On peut bien l’imaginer: dans les catégories pauvres, le loyer pèse plus lourd que dans les catégories standard. L’écart est spectaculaire avec 43,3% du revenu disponible consacré au logement dans les ménages à bas revenus, contre 14,9% chez les hauts revenus. Une tendance qui ne va pas changer demain, compte tenu du marché du logement.

Les mères seules très touchées
L’étude identifie que 4,8% de la population vaudoise se trouve «en situation de pauvreté» (soit avec un revenu disponible de moins de 2000 francs par mois). Parmi ces personnes, la catégorie la plus touchée est la famille monoparentale. Et dans cette catégorie, les femmes seules avec enfants sont les plus exposées. Les auteurs de l’étude pointent que les femmes ont en moyenne des revenus moins élevés que les hommes tout en ayant à assumer la même charge financière. Une question se pose sur l’avenir des enfants nés dans ces foyers pauvres: maintes études nationales et internationales démontrent que la pauvreté sur le long terme peut notamment mettre en péril les cursus scolaires.

Ce qui a été entrepris
Vaud n’a pas économisé ses efforts pour lutter contre la pauvreté, à tel point d’ailleurs que les charges du social ont dépassé celles de la formation pour la première fois cette année (lire l'infographie ci-dessous). Pierre-Yves Maillard fait valoir que plus de 600 millions supplémentaires ont été investis dans le social entre 2005 et 2015. L’étude calcule que sans les aides, les ménages les plus pauvres auraient perdu 10% de leur pouvoir d’achat.

Pour voir l'infographie en grand, cliquez ici.

Pierre-Yves Maillard cite les différents points forts de la dernière législature, où les prestations complémentaires pour les familles sont entrées en vigueur (PC-Familles). Les programmes de formation pour les jeunes adultes et pour les adultes FORJAD et FORMAD (voir la vidéo ci-dessous) ont en outre été déployés. Un fonds de lutte contre le surendettement a été mis à disposition. Enfin, les subsides à l’assurance-maladie ont crû considérablement, passant de 21,8% de personnes aidées en 2006 à 27,3% en 2015. A cet égard, le patron du social et célèbre pourfendeur du système des primes estime que ça n’est pas un «mince exploit» que d’avoir amélioré le pouvoir d’achat des ménages malgré l’augmentation constante de l’assurance-maladie.

Les nouveaux instruments statistiques développés dans ce Rapport social vaudois de 2017 devraient, à l’avenir, permettre de mieux se focaliser sur le pouvoir d’achat des plus vulnérables. «Il s’agit, espère le conseiller d’Etat, de mener le débat sur la réalité de notre politique.»

L’élu bat en brèche la vision de la droite qui soupçonne le système d’être attrayant. Or la vérité, selon lui, est que le marché du travail a changé, qu’il s’est élargi avec la libre circulation des personnes et que l’économie est devenue sélective. Enfin, l’assurance chômage a réduit ses prestations depuis 2011, déversant des lots de personnes au revenu d’insertion. Et encore, certaines ne font même pas appel aux services sociaux, préférant se débrouiller avec leurs proches plutôt que de faire appel à des dispositifs qu’elles trouvent trop contraignants et trop compliqués.

Créé: 31.08.2017, 20h56

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