Vaud est champion suisse des internements forcés

PsychiatrieLes médecins vaudois ordonnent deux fois plus de PLAFA que la moyenne nationale. L'Etat prend de nouvelles mesures.

Infographie publiée par l'OBSAN (en intégralité dans le lien ci-dessous).

Infographie publiée par l'OBSAN (en intégralité dans le lien ci-dessous). Image: Morgane Rossetti

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Hospitaliser une personne en psychiatrie contre son gré. Les médecins vaudois sont friands de cette mesure de contrainte, les fameux placements en institution à des fins d’assistance (PLAFA). L’été dernier, «24 heures» révélait que leur nombre avait bondi de 20% entre 2013 et 2016.

Notre infographie: Taux de placement à des fins d’assistance (PAFA), selon le canton de domicile des personnes placées, en 2016

Un rapport de l’Observatoire suisse de la santé (Obsan) enfonce le clou en comparant les données de tous les cantons. En 2016, Vaud est celui qui a ordonné le plus de PLAFA: presque deux fois plus que la moyenne suisse. Et ce, malgré plusieurs mesures prises par les autorités depuis 2015 après des témoignages dénonçant des abus.

Faute de mieux

Comment expliquer ce taux élevé? L’Obsan écarte plusieurs hypothèses pouvant expliquer les importantes variations cantonales. Rien à voir avec la diversité de législations, le nombre d’hospitalisations ou de lits en psychiatrie par habitant. Le profil des Vaudois concernés (âge, sexe, maladie) est comparable au reste du pays.

Alors, quel est le problème? «Les médecins sont confrontés à un manque d’alternatives à l’hospitalisation en cas de crise psychique, relève le Dr Stéphane Morandi, médecin cantonal adjoint chargé de faire la lumière sur la hausse des cas. D’autre part, les médecins ressentent une pression morale et légale importante. Ils se demandent ce qui va arriver s’ils prennent le risque de laisser la personne à domicile et qu’elle commet un suicide, par exemple.»

Dans ces colonnes, l’été dernier, la présidente de l’association de défense des aînés AVIVO, Christiane Jaquet-Berger, qualifiait l’augmentation des placements vaudois d’«inquiétante». «La plupart des personnes âgées, regrette-t-elle, ignorent totalement leurs droits, notamment le fait qu’elles peuvent faire recours contre cette décision.» L’association Pro Mente Sana demande que seuls les psychiatres puissent prononcer cette restriction des libertés individuelles.

C’est prouvé: les professionnels vaudois habilités à prononcer les PLAFA ont une plus grande tendance que leurs confrères à recourir à cette mesure définie dans la loi comme un dernier recours. Stéphane Morandi se refuse pour autant à parler d’abus de la part du corps médical: «À de rares exceptions près, le PLAFA est justifié, faute d’alternatives.»

Abus ou pas, l’État est décidé à s’aligner sur la moyenne nationale dans un délai de deux ans. Les mesures prises en 2017 (formations spécialisées des médecins, commission de suivi) se poursuivront mais elles ne suffiront pas à infléchir la courbe.

Équipes mobiles d’urgence

L’État veut donc proposer des alternatives aux hospitalisations pour motifs psychiatriques. Des équipes mobiles d’intervention vont être créées pour intervenir au domicile des patients sujets à une crise. Elles seront composées d’infirmiers, d’assistants sociaux et si nécessaire de médecins ou de psychologues. Un renfort précieux pour le médecin de piquet (les PLAFA sont majoritairement prononcés dans le cadre de la garde médicale). «L’intervention en urgence aura lieu au domicile du patient pour y procéder à une évaluation et, lorsque cela sera possible, son suivi pourra se poursuivre à domicile sans recourir à une hospitalisation», indique l’État de Vaud.

En 2017, le nombre de PLAFA vaudois a diminué pour la première fois depuis cinq ans (–8%). «Cette baisse semble se poursuivre dans les premiers mois de 2018, relève le Dr Morandi. On peut penser qu’elle est liée aux mesures concrètes prises depuis un an. Il y a un gros travail de formation et d’informations à faire auprès des médecins. Mais il y a aussi une volonté forte de faire bouger les choses.»

Le psychiatre juge que pour comprendre en profondeur les raisons de l’exception vaudoise, il serait judicieux de regarder de plus près ce qui se fait dans les autres cantons. «Le nombre de PLAFA n’est qu’un des indicateurs de la contrainte exercée envers les personnes qui ont des problèmes psychiques.» (24 heures)

Créé: 06.06.2018, 21h19

En chiffres

3,3 PLAFA pour 1000 Vaudois en 2016, contre une moyenne suisse de 1,7. Le Valais a le taux le plus faible (0,38).
37% des patients en psychiatrie sont hospitalisés dans le cadre d’un PLAFA, contre 20% en moyenne en Suisse. Les troubles les plus représentés: schizophrénie, troubles affectifs, maladie liée à l’alcool.
23% d’augmentation de PLAFA ordonnés par les médecins vaudois entre 2013 et 2016. En 2017, ce taux a diminué de 8%.
95% des PLAFA vaudois sont prononcés par des médecins (5% par la justice).

Un PLAFA, c’est quoi?

Une mesure de placement à des fins d’assistance consiste à placer dans une institution «appropriée» (9 fois sur 10 en hôpital psychiatrique) une personne souffrant de troubles psychiques, d’une déficience mentale ou d’un grave état d’abandon. C’est une mesure de dernier recours, admise si l’individu présente un danger pour lui-même ou ses proches et si le traitement nécessaire ne peut être fourni d’une autre manière. Le PLAFA peut être prononcé par la justice ou par les médecins habilités (médecins de premier recours, médecins de garde, pédiatres, psychiatres et pédopsychiatres).

Articles en relation

Internée de force car sa fille critiquait trop l'EMS

Nyon La famille d’une nonagénaire, envoyée à l’Hôpital psychiatrique de Prangins contre son gré, a obtenu gain de cause devant la Justice de paix. Plus...

«Vous avez le droit de recourir contre un placement à des fins d'assistance»

Vaud Alors que l'association de défense des retraités répondait jeudi aux inquiétudes de 120 personnes à Renens, les députés ont obtenu qu'un débat sur les PLAFA ait lieu. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 6

Publié le 21 septembre 2018.
(Image: Valott) Plus...