Pourquoi Vaud fera partie des «cantons pauvres»

FinancesLe Canton touchera 61 millions de francs de la péréquation en 2018. Mais les détails du calcul ne réjouissent pas Pascal Broulis

«Le canton de Vaud connaît une augmentation de sa population, mais ne voit pas croître ses rentrées fiscales de la même manière, analyse Pascal Broulis. Les contribuables sont moins aisés que par le passé.»

«Le canton de Vaud connaît une augmentation de sa population, mais ne voit pas croître ses rentrées fiscales de la même manière, analyse Pascal Broulis. Les contribuables sont moins aisés que par le passé.» Image: Keystone

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La péréquation, c’est un pot commun alimenté par la Confédération et les cantons. Mais elle sert aussi d’indicateur de la santé financière des mêmes cantons. Le résultat 2018 – dévoilé mercredi par la Confédération – ne réjouit en tout cas pas Pascal Broulis, le conseiller d’Etat libéral-radical à la tête des Finances vaudoises.

A la base, l’annonce semble pourtant plaisante. L’an prochain, le Canton de Vaud touchera 61,1 millions de francs de la péréquation, contre 11,4 millions en 2016 et 38,9 millions en 2017.

D’où vient l’inquiétude? Du fonds de la péréquation des ressources, qui atteint 4 milliards de francs. Au lieu d’y verser 49 millions comme en 2016 ou 18 millions comme en 2017, le Canton en touchera 1,6 million en 2018. Il passe ainsi des cantons «contributeurs» comme Zurich ou Genève, souvent qualifiés de «riches», au camp des cantons «bénéficiaires», fréquemment labélisés «pauvres».

Economie péjorée

«Quand vous passez du statut de canton contributeur à celui de canton bénéficiaire, ce n’est pas une bonne nouvelle, commente Pascal Broulis. Cela confirme que le tissu économique vaudois se péjore. Nous vivons sur l’acquis dans un environnement qui se fragilise. Cela confirme ce que je dis depuis plusieurs années.» Dès lors il appelle de ses vœux la mise en place du projet fiscal 17 du Conseil fédéral, pour dissiper l’incertitude fiscale.

Pourquoi ce changement? Pour déterminer qui est contributeur et qui est bénéficiaire, il faut agréger les revenus des personnes physiques et les bénéfices des entreprises d’un canton. La moyenne des 26 cantons équivaut à 100 points. Le Canton de Vaud voit passer son résultat de 101,4 points à 99,6 et rejoint le camp des «pauvres».

Faut-il en déduire que le canton a accueilli de mauvais contribuables ces derniers temps? Non, selon Pascal Broulis. «Le canton de Vaud connaît une augmentation de sa population, mais ne voit pas croître ses rentrées fiscales de la même manière, analyse-t-il. Les contribuables sont moins aisés que par le passé.»

68 millions de la Confédération

Il y a tout de même des éléments positifs dans l’annonce de la Confédération. Ainsi Vaud touchera 68 millions de francs de la Confédération comme compensation pour les charges dites «excessives» à cause de la structure sociodémographique de sa population. Ce montant était de 66 millions pour 2017. A l’inverse, Vaud versera 8,7 millions au fonds de compensation des cas de rigueur.

Tout ça mis bout à bout, on obtient la somme nette de 61,1 millions que touchera le Canton. L’économiste Samuel Bendahan, député socialiste au Grand Conseil et conseiller national, ne s’alarme pas du fait que Vaud passe des cantons contributeurs aux bénéficiaires. «Ce résultat est logique dans un canton très diversifié, avec des régions moins dynamiques que d’autres, note-t-il. Il s’agit d’un petit tassement, même si nous restons très positifs. Si nous réduisons notre compétitivité, ce n’est pas une bonne nouvelle en soi. Mais dans un pays qui va très bien, nous sommes dans les cantons qui vont le mieux. On ne peut pas dire que le canton de Vaud est pauvre.»

«Notre Canton n’est pas en récession, ajoute Samuel Bendahan. La croissance est toujours là»

Pour illustrer son propos, il prend l’image d’une course. Certains concurrents – dont le Canton de Vaud – courent très vite. A un moment donné, Vaud réduit un peu sa vitesse. Même s’il court moins vite que les meilleurs, il n’empêche qu’il court toujours vite. «Notre Canton n’est pas en récession, ajoute Samuel Bendahan. La croissance est toujours là, même si elle n’est pas aussi élevée que celle d’autres cantons.» (24 heures)

Créé: 20.06.2017, 22h04

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