Vaud en pointe sur le marché de la lettre

TypographieLausanne s’est offert sa propre police d’écriture. D’autres créateurs avaient déjà utilisé son nom. Vaud fait sa place sur le marché mondial

Le graphiste Nizar Kazan-Grandchamp commercialise sa police d’écriture Lausanne depuis l’an dernier. La Ville utilise le même nom pour sa propre police depuis avril. Dans le monde, plusieurs créateurs ont déjà utilisé le nom de villes vaudoises.

Le graphiste Nizar Kazan-Grandchamp commercialise sa police d’écriture Lausanne depuis l’an dernier. La Ville utilise le même nom pour sa propre police depuis avril. Dans le monde, plusieurs créateurs ont déjà utilisé le nom de villes vaudoises. Image: Florian Cella

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Vous n’y pensez pas quand vos doigts glissent sur le clavier de votre ordinateur ou de votre téléphone portable. Ni quand vous lisez un bouquin, un journal ou une affiche. Mais chaque lettre que vous voyez a demandé des mois, voire des années de travail à ceux qui l’ont dessinée. À côté des polices de caractères les plus célèbres (on pense à Arial, Times ou Helvetica), il en existe des milliers d’autres, créations d’une foultitude de graphistes et type designers, ou créateurs de polices.

Le Canton de Vaud est de la partie. En avril, la Ville de Lausanne présentait sa nouvelle typographie officielle: Lausanne Regular, créée par Matthieu Cortat, enseignant à l’ECAL. Plusieurs autres professionnels vaudois (en majorité des graphistes) ont intégré le marché de la vente de fontes, c’est-à-dire de polices de caractères, sur Internet. En même temps, le nom des villes vaudoises inspire les créateurs en Suisse et dans le monde (lire l’encadré).

Plusieurs polices Lausanne

Le cas de Lausanne Regular est particulier. Avant que la Ville ne présente sa fonte, d’autres type designers utilisaient déjà ce nom. Parmi eux, il y a le Lausannois Nizar Kazan-Grandchamp, 20 ans, diplômé de l’ERACOM. «J’ai développé cette police durant mes études et je la commercialise depuis janvier 2017, explique-t-il. Même si la Ville a nommé la sienne ainsi, cela ne pose de problème. Il ne s’agit pas d’une copie de ma fonte et la Ville l’utilise pour son propre usage, sans intention de la commercialiser.» Difficile de dire combien de type designers travaillent dans le canton de Vaud en ce moment. La plupart sont indépendants et mêlent cette prestation à leur activité de graphistes. Mais une chose est sûre: leur nombre va augmenter, car la demande en nouvelles polices est croissante.

Si Lausanne est l’une des rares villes à s’y mettre, les grandes entreprises s’intéressent à ce marché. Et les graphistes sont eux-mêmes de plus en plus demandeurs pour les projets qu’ils réalisent.

D’un à trois ans de travail

Si Nizar Kazan-Grandchamp espère vivre de sa Lausanne, peu de professionnels y parviennent. À Vevey, la société Swiss Typefaces fait exception. Son chiffre d’affaires annuel atteint 1 million de francs et son patron, Ian Party, emploie huit personnes. «Le côté esthétique n’est pas le seul élément qui pousse de grandes sociétés à faire développer leur propre police, explique-t-il. Plus les fontes sont standard, plus elles se vendent. Mais les coûts de certaines licences pour des polices classiques deviennent exorbitants et il peut être plus avantageux d’avoir sa propre fonte.»

Un autre professionnel vaudois vit de sa passion: François Rappo, une référence dans le milieu. Il a créé la Renens, fonte officielle de l’ECAL, et la Theinhardt, mondialement utilisée, même par le New York Times. «La Theinhardt rapporte l’équivalent du salaire d’un cadre supérieur», explique-t-il. Mais une partie revient à la «fonderie numérique», sorte d’éditeur, qui la commercialise.

Car, mine de rien, le travail prend un sacré temps. Combien exactement? Entre un et trois ans pour une fonte classique, selon François Rappo. «Le travail se fait en deux phases. L’une, irrationnelle, tient de la création. Le reste est le développement, qui peut durer d’un à trois ans.»

Master à l’ECAL

Signe que la discipline prend de l’ampleur, il y a deux ans, l’ECAL a mis en place un master de deux ans en Type Design, avec une douzaine d’étudiants à chaque volée. «Deux ans de master, c’est tout de même court pour appréhender la matière, car il faut quelques années de pratique pour savoir créer une fonte», explique le responsable de ce master, Matthieu Cortat.

Le standard à dessiner est de 256 signes: majuscules, minuscules, lettres avec accents, chiffres, ponctuation, espaces, etc. En français, on table sur 84 signes minimum. Mais la Lausanne de la Ville en compte bien plus pour pouvoir être utilisée dans une centaine de langues, dont le groenlandais, le kikuyu, le norvégien ou le zoulou. (24 heures)

Créé: 06.08.2018, 06h58

La police municipale



Cette police, baptisée Lausanne, fait partie de la nouvelle identité visuelle de la Ville de Lausanne, dévoilée en avril avec son nouveau logo. Cette fonte est la propriété exclusive de la Ville et n’est utilisée que par elle. Elle est l’œuvre du type designer lyonnais Matthieu Cortat, responsable du master en Type Design de l’ECAL. «Le blason de la ville contient un tiers de blanc et deux tiers de rouge, explique-t-il. J’ai repris ces proportions pour créer cette fonte. La hauteur des minuscules correspond par exemple aux deux tiers de la hauteur des majuscules.»

www.nonpareille.net

L’artisanale



Cette police, également nommée Lausanne, est plus ancienne que celle de la Ville. En vente à partir de 70 francs depuis janvier 2017, elle a été créée par le type designer et graphiste lausannois Nizar Kazan-Grandchamp. Avec 80 licences vendues, on la retrouve sur des publications du Ministère italien de la culture, du Museum of Modern Art (MoMA) de New York ou l’Union syndicale suisse (USS). «Avec ses pleins et ses déliés, sa particularité est d’être très dense, avec peu de blanc sur la page. J’ai voulu quelque chose d’institutionnel, formel et élégant.»

www.nizarkazan.ch

La création bulgare



Cette fonte – oui, elle aussi baptisée Lausanne – est l’œuvre du graphiste bulgare Ivan Filipov. Basé à Plovdiv, il a travaillé sur cette police en 2014 et en 2015. Il s’est inspiré des logos des grandes marques suisses, tout en s’éloignant des noms utilisés pour nommer des polices (Helvetica, Swiss, Zurich) et se démarquer de la Geneva d’Apple. «Lausanne sonnait bien, avec une certaine qualité féminine», explique-t-il. Ivan Filipov ne vend pas cette fonte, mais autorise son utilisation pour un usage privé (plus de 20 000 téléchargements) et, parfois, professionnel.

www.neogrey.com

L’officielle de l’ECAL



La fonte Renens est la police officielle de l’ECAL, l’école d’art et de design. Cette police a été dessinée en 2006, à l’occasion du regroupement de l’école à Renens. Elle est l’œuvre du graphiste et type designer François Rappo. Il parle de sa fonte comme d’une «digitalisation de l’Helvetica medium». «Aujourd’hui, elle est un peu anonyme à mon goût, commente-t-il. Ce style est devenu populaire, alors qu’il l’était beaucoup moins il y a 10 ou 15 ans. C’est comme pour la musique ou les vêtements, où des tendances oubliées ressurgissent.»

www.optimo.ch

Made in New York City



Ce n’est pas un hasard si la designer new-yorkaise Vanessa Lam a nommé sa fonte Vevey. Elle a vécu sur la Riviera en 2010. «J’ai posé les bases de cette police à partir d’un poster de voyage vintage que j’ai trouvé quand je voyageais en Suisse, raconte-t-elle. Je l’ai nommée ainsi en hommage.» Servant principalement pour des titres et de petits textes, cette fonte a été utilisée dans des domaines très variés: dans l’hôtellerie, sur des emballages, dans des commerces de vin ou des boutiques Starbucks. Elle est disponible à partir de 30 dollars.

www.vanessalam.net

From California



Cette fonte intitulée Montreux a été créée par l’équipe de FontSite, basée à San Diego, en Californie. La société est gérée par le développeur informatique Sean Cavanaugh et la designer Joyce Lukaczer. Elle est en vente à partir de 9,95 dollars. D’autres type designers, peu nombreux, ont utilisé le nom de Montreux, comme le bureau UFHO à Singapour. «Mais notre projet, pour un bistrot, est plutôt l’adaptation d’une autre police, baptisée Chalet Comprimé», précise Jun, membre du staff d’UFHO.

www.fontsite.com
www.ufho.com

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